‹ Théâtre de C. DelavigneChapitre 9 sur 156 · SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL

PROCIDA, LOREDAN, AMELIE.

PROCIDA

Mes bras vous sont ouverts; venez, chère Amélie...

AMÉLIE

Ail, seigneur! ah, mon père!

PROCIDA

Où suis-je? ces accens D'un transport douloureux font tressaillir mes sens... Est-ce toi, Conradin, ou ta vivante image? Oui , voilà son regard ! c'est son touchant langage ; Cette grâce éclatait sur ses traits imposans. Quand je l'ai vu mourir à la fleur de ses ans.

AMÉLIE

Hélas!

LORÉDAN

Vous irritez les tourmens qu'elle endure.

PROCIDA

C'est toi qui m'as forcé de rouvrir sa blessure.

Je le dois pour guérir ton esprit aveuglé

Des soupçons offensans dont l'amour l'a troublé.

AMÉLIE

Il me soupçonne , 6 Dieu !

PROCIDA

Par iiii récit fidèle Puissé-je raffermir ta haine qui chancelle! Puisse une juste horreur te saisir comme moi, Au nom cki meurtrier que tu nommes ton roi ! Ecoutez-moi tous deux ; à son heure dernière , Conradin m'adressa cette courte prière : « Parmi des inhumains j'abandonne ma sœur; « Vivez f qu'à sa jeunesse il reste un défenseur; « Qu'elle soit votre fille, et qu'un jour l'hyménée « Au sort de Lorédan joigife sa destinée. » Je promis d'obéir; mais j'enviai la mort Du jeune Frédéric qui partagea son sort. Il s'exilait , mon fils , d'un illustre héritage , Pour combattre à seize ans sous un roi de son âge; L'échafaud l'attendait, il y monte, et soudain Je vois rouler sa tête aux pieds de Conradin. Votre frère.... Ah ! combien sa douleur fut touchante! Pressant de son ami la dépouille sanglante , Il lui parlait encor, l'arrosait de ses pleurs : Tu n'es plus, criait-il, c'est pour moi que tu meurs ! Nos vainqueurs attendris l'admiraient en silence; Mais Charles d'un coup d'œil enchaîna leur clémence. Cet enfant qui pleurait redevint un héros. Et son dernier regard fit pâlir les bourreaux.

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