‹ Théâtre de C. DelavigneChapitre 13 sur 156 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

C'est à vous qu'il consacre et son glaive et sa lyre;

S'il vous chante , ses vers ont un charme plus doux;

Qu'il combatte à vos yeux, et tout cède à ses coups.

Je n'en puis plus douter, je sais qu'il vous adore;

Je le sais... Est-il vrai? l'ignorez-vous encore?

En proie à la fureur de mes soupçons jaloux ,

Je tremblais que Montfort... Madame , qu'avez - vous ?

AMÉLIE

Moi , seigneur !

LORÉDAN

A ce nom vous changez de visage !

AMÉLIE

Ah! c'est trop m'abaisser à souffrir un outrage; J'ai honte du reproche où vous vous emportez , Je dois me l'épargner, et je veux...

LORÉDAN

Arrêtez ..

Qu'aujourd'hui, qu'àl'instant, si mon malheur vous touche L'arrêt de mon rival sorte de votre bouche ! Il le faut; c'est de vous qu'il doit le recevoir, Vous seule vous pouvez lui ravir tout espoir. Blessez , pour le guérir , sa fierté trop sensible : Un amour dédaigné cesse d'être invincible. Madame, dites-lui qu'il prétendrait en vain S'armer contre mes droits du pouvoir souverain,

M'arracher votre niaiii à la mienne enchaînée; Nommez-lui votre époux, hâtez notre hyménée.

Qu'ordonnez-vous, grand Dieu ! Moi lui dire... Ah, seigneur ! Qu'attendez-vouf. de moi?

LORÉDAN

Mon repos, mon bonheur.

Vous détournez les yeux, vous gardez le silence.... Et vous voyez Montfort avec indifférence? Je n'examine plus pourquoi vous hésitez, Je n'exige phis rien ; je vous laisse... Ecoutez : Vous savez quel empire il a pris sur mon ame ; A l'ardente amitié qui tous deux nous enflamme Je puis tout immoler sans regret, sans effort, Tout, hors ce bien suprême où j'attache mon sort. Je le chéris lui seul après vous etmoii père ; C'est l'ami de mon choix, c'est mon hôte et mon frère; Mais si dans mon ami je dois craindre un rival , Tremblez qu'à l'un de nous ce jour ne soit fatal.

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