‹ Théâtre de C. DelavigneChapitre 145 sur 156 · SCENE lY · texte numérisé non relu

SCENE lY

VICTOR , seul.

Un éloge est charmant, Il enivre un auteur qui l'obtient justement; Son talent s'en accroît, tout lui semble possible.

La critique d'un sot est encor plus sensible ! Eh quoi! mon dcnoûment qu'on a trouvé si bon... Il a tort... très grand tort... Dieu ! s'il avait raison!... J'ai plaint cent fois Damis dans la Métromanie ; Mais, au fond d'un château quand son mauvais génie L'abandonne à l'horreur d'un noir pressentiment, Il est seul , nul fâcheux n'irrite son tourment ; Il n'a dans ses terreurs d'ennemi que lui-même. Si son malheur est grand, ma misère est extrême , Horrible, insupportable: accablé d'embarras, Pressant l'un, soufflant l'autre, arrêté par le bras. Pour qu'un indifférent me flatte ou me censure. Je vois tous les regards poursuivre ma figure. Comment cacher mon trouble? où fuir les curieux ? Eh bien! regardez-moi, traîtres, de tous vos yeux... Un pauvre auteur qui tombe est-il une merveille? Qu'entends-je? un bruit sinistre a frappe mon oreille... Non... ma tête se perd... O toi que ton destin Pousse pour ton malheur dans ce fatal chemin, Qui crois le voir semé de lauriers et de roses , Tiens, contemple mon sort, et poursuis si tu l'oses.

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