‹ Théâtre de C. DelavigneChapitre 155 sur 156 · ACTE V, SCENE XI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE XI

GRANVILLE

Je suis, puisque personne ici ne le devine, Ce qu'il faut que je sois pour doter ma cousine, Et l'embrasser.

LUCILE , à Bernard.

Comment?

BERNARD

Ne t'ai-je pas parlé...?

LUCILE

Ah! d'un mauvais sujet qui s'était exilé?...

GRANVILLE

( à Lucile. ) (à Victor. )

C'est moi !... Je t'ai prédit, cher nourrisson du Pinde, Quelque succession de l'Afrique ou de l'Inde,

(lui présentant un portefeuille.)

Je te l'apporte, tiens...

VICTOR , le refusant.

Eh! de grâce, un moment.

BERNARD

Prenez, vous saurez tout, j'ai vu le testament. Il se fera prier pour être légataire !

BELROSE.

Me voilà, moi : voyons, je me laisserai faire.

(Bernard prend Je portefeuille.)

FLORIDORE , avec dépit.

Que n'ai-je su plus tôt... !

GRANVILLE

Veuillez me pardonner; Tout n'est que fiction, honnis le déjeûner. Pour réparer mes torts j'entends qu'il soit splendide, Qu'à trois actes pompeux l'allégresse y préside, Qu'on y verse à grands flots et Champagne et Médoc , Et que madame Estelle y trinque avec Pemhrock.

(à Victor.)

Toi, retiens bien ceci : le talent d'un poète Avorte dans le monde, et croît dans la retraite. Que d'oisifs du bon ton , ardens à t'inviter, De frivoles devoirs viendront t'inquiéter! Ne va pas, amoureux d'un brillant esclavage. Jouer d'homme amusant le triste personnage , Te travailler sans fruit à saisir l'à-propos , Et consumer ta verve en stériles bons mots. Crains les salons bruyans, c'est l'écueil à ton âg^e; Nous avons trop d'auteurs qui n'ont fait qu'un ouvrage. Poursuis , soutiens l'honneur de tes premiers essais ; Qu'en mer, sous l'équateur, j'apprenne tes succès, Et qu'un jour, comme moi, courant la terre et l'onde, Ea gloire de ton nom fasse le tour du monde.

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