‹ Théâtre de C. DelavigneChapitre 47 sur 156 · ACTE IV, SCENE · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE

AMÉLIE

Mes yeux s'ouvrent enfin", la raison m'est rendue, Pour mesurer l'abîme où je suis descendue. Accablez-moi , seigneur, je l'ai trop mérité. Mes coupables transports, mes feux ont éclaté. Montfort...

LORÉDAIV.

Perfide amante , épouse criminelle , Quel nom laisse échapper votre bouche infidèle? Lui seul il vous accuse ! Ah ! cette trahison Est horrible, inouïe, indigne de pardon. Pâle, vous attendez l'arrêt qui va la suivre... Ne craignez point... vivez... je vous condamne à vivre, A traîner dans les pleurs des jours empoisonnés Par tous les noirs chagrins que vous m'avez donnés. Puisse le digne objet d'une flamme si pure , Volage comme vous et comme vous parjure. Eveiller dans vos sens , de terreur dévorés , Les jalouses fureurs dont vous me déchirez ! Puisse-t-il, méprisant vos larmes vengeresses. Repousser d'un sourire et glacer vos tendresses ! Vous gémirez trop tard sur le sort d'un époux , Si lâchement trompé, proscrit, chassé par vous... O fatale beauté que j'aimai sans partage. Qui t'honora jamais d'un plus constant hommage?

î)2 LES VÊPRES SICILIENNES.

Mon dévoûment pour toi te fut-il bien connu? Quel ordre, quel désir n'ai-jë pas prévenu ? Que ne me dois-tu pas, trop ingrate Amélie? Et tu m'as tout r;ivi : biens , honneur et patrie !

AMÉLIE

Non, vous ne mourrez pas sur quelque bord lointain; Montfort va révoquer ce décret inhumain ; Montfort contre mes pleurs ne pourra se défendre... Non, je cours à ses pieds...

LORÉDAN

Eh! qu'oses-tu prétendre?

Tu peux en m'exilant payer tous mes bienfaits, Me perdre, m'immoler, mais m'avilir, jamais. Mes maux sont ton ouvrage, ils seront ma vengeance ; Toi, qui fus sans pitié, souffre sans espérance. Je puis l'abandonner; oui, je mourrai content, J'ai corrompu ta joie, et te laisse en partant Ces remords assidus , cruels , inexorables , Que l'Eternel attache au bonheur des coupables. A mes yeux plus long-temps tremble de te montrer ; J'ignore où la fureur me pourrait égarer !

AMÉLIE

Réservée aux douleurs dont ma faute est suivie , Je ne méritais pas qu'il m'arrachât la vie.

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