LORÉDAN, AMÉLIE
LORÉDAN
Vous daignez, par égard au mallieur qui l'accable, Accorder l'entretien que demande un coupable ! Un banni !
AMÉLIE
Quels regards! ab! vous m'épouvantez.
Laissez-moi m'éloigner, laissez-moi fiiir...
LORÉDAN
Restez.
Contraint d'abandonner les lieux qui m'ont vu naître. Je vous quitte, Amélie, et pour toujours peut-être ; Sans cesse importuné de témoins odieux, Faudra-t-il vous forcer d'entendre mes adieux? L'n borrible soupçon me tourmente et me ronge; Délivrez-moi du trouble oii ce doute me plonge:
90 LES VEPRES SICILIENNES.
Gardez de me tromper, songez que je vous vois, Que je vais vous parler pour la dernière fois.
( à part. )
Expliquez-vous , seigneur. Ah ! je frémis d'avance.
LORÉDAN
Je veux savoir de vous si la reconnaissance ,
Si l'amour, les sermens reçus par l'Eternel,
La ferveur qu'on étale au pied de son autel ,
Si le respect profond des droits de la nature ,
Ne sont qu'un jeu cruel, un piège, une imposture.
AMÉLIE
Vos étranges discours redoublent mon efïVoi.
LORÉDAN
Vous pouvez sans remords lever les yeux sur moi ! Une lettre en secret tantôt vous fut remise...
11 est vrai.
AMELIE.
LORÉDAN
Dans VOS mains on ne l'a pas surprise?
AMÉLIE
Non.
LORÉDAN
Qu'en avez-vous fait?... Cïontiens-toi, malheureux. Montrez-moi cet écrit... il le faut... je le veux !...