‹ Théâtre de C. DelavigneChapitre 76 sur 156 · ACTE 1, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCENE V

BELROSE , avec effasion.

Je le revoi , Cet excellent ami; va, je pensais à toi. En lisant ton billet j'ai pleuré de tendresse.

GRA.NVILLE.

Je te crois ; sois prudent.

BELROSE , bas.

J'approuve ton adresse.

Je puis te découvrir d'effroyables abus , Si tu veux à Paris protéger mes débuts.

GRANVILLE

Soit ; mais tu vas tout dire.

BELROSE.

Ah ! qu'à cela ne tienne !

GRANVILLE , à part.

Voyons s'il pousse loin la charité chrétienne.

BELROSE.

Tous les emplois sont nuls, hors celui des valets.

GRANVILLE

Que tu tiens ?

BELROSE.

J'ose dire avec quelque succès.

Nos affaires vont mal; parmi nous, comme à Rome^ Alors pour dictateur on choisit un grand homme , Et Floridore, élu dans ce besoin urgent,

Est chef d'un comité qu'on nomme dirigeant. De ce Conseil des Cinq ton serviteur est membre, Et gouverne l'état d'avril jusqu'en septembre. Fioridore a du sens, des lumières, du goût ; Il a tout, il sait tout, il se vante de tout. Fièrement retranché dans sa froide importance , 11 vous parle toujoiu's à dix pieds de distance , Arrange son maintien, calcule un geste, un mot : Voilà son beau côté ; du reste, c'est un sot.

GRANVILLE

Ce. déhul-là promcl.

BELllOSF.

Oh! pour madame Estelle...

GRANVILT.E.

Je ne la cormais pus.

BFLROSE.

Ea chose est naturelle; Elle obtint par faveur un congé de deux mois, Qu'un arrêt du conseil prorogea jusqu'à trois. Elle rentre ce soir; soubrette du théâtre, Elle aspire aux bravos du parterre idolâtre. C'est peu : vive en intrigue et coquette à l'excès, Elle aime tous les arts, poursuit tous les succès, Protège les auteurs, arrange les querelles, Rend visite aux journaux pour les pièces nouvelles.

Page 1