‹ Théâtre de C. DelavigneChapitre 81 sur 156 · ACTE I, SCENE VJ · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VJ

N'est pas inaccessible aux humaines faiblesses.

BLINVAL

Quand elle débuta , ce fut la pauvreté

Qui réduisit Bernard à cette extrémité.

Le début fut brillant; mais, chose assez commune,

Sans enrichir l'actrice il fit notre fortune.

Victor la vit, l'aima, parut ; et, s'il vous plaît,

Lucile en raffola, tout sauvage qu'il est.

En vain nos céladons lui peignaient leur martyre ,

Sa conduite jamais n'éveilla la satire;

Et ce couple amoureux habite innocemment

Les hautes régions du plus pur sentiment.

Bernard , importuné de leur longue tendresse ,

N'a pu contre leurs vœux défendre sa faiblesse ;

Mais à nos deux amans, qu'il a promis d'unir,

11 veut qu'un beau succès assure un avenir.

Voici le jour fatal; dressé chez le notaire.

Le contrat n'attend plus que l'aveu du parterre.

Ce soir, chute complète; et comme je rirai

De voir par le public le contrat déchiré !

Quel plaisir!... Mais bonjour, Clytemnestre m'appelle;

Je suis dans un accès de bouté paternelle;

J'arrange pour demain mes tragiques douleurs;

Je vois, j'entends ma fille, et sens couler mes pleurs.

Page 1