SCÈNE m
Vn talon dans la bmIioii de Lidoro à Milan. — On entend des mii^qaes oui chantent
dans le lointain.
MASQUES, ehantan^.
Rions, chantons et dansons; le carnaval est un temps de folies.
Entrent DORA SERAFINA el FLORA.
DOfÏA. SBRAFINA.
Ferme cette fenêtre, Flora, et qu'aucune de vous ne se mette à
la jalousie.
FLORA
Poar Dieu, madame, permettez-moi seulement de regarder cette troupe de masques qui passe devant le palais en chantant. LES MUSiciEPfS, du dehoTS, pendant gua Eîora damse. Rions, chantons et dansons, etc., etc.
DO^A SERAFINA
Ne m'ennuie pas, je te prie, puisque tu vois que cela me déplatt.
FLORA
N'entendez-vous pas que les musiciens çl^^tei^t.^^
LES MUSICIENS, du dehors, en v^w temps que Flora. Le carnaval e&t v^ t^ps dç fpUes*
DOf^A SERAFINA.
C'est pour cela justement que je veux, moi, être raisonnable.
' Le papier, aomaie on sait, le fabrique «ree des chiffons, et l'encre ayeo de la noix «egaUe.
S4 BONHEUR ET MALHElTR DU NOM.
FLORA
Est-il possible que dans an jour de réjouissance générale , vous se Touliei ni tous faire voir ni voir les autres !
DONA SBRAFINA.
S*il n'y arait à eela aucun inconvénient, je n^ suis pas encore as^ sez Tîeille que je ne pusse m'amuser de ces fêtes qui égaient Milan en ce jour ; et surtout à cette heure que les illuminations au milieu ' de la nuit ijoutent je ne sais quel charme aux danses et à la mursique.
FLORA
C'est que tous êtes d'humeur mélancolique, sans quoi tous n'y Terriei pas d'inconvénient.
nO^JL SERAFINA.
Tu sais bien le contraire; mais tu fais semblant de ne pas le sa« ▼oir. Je dois donc te le rappeler. 11 y a dans ma rue, déguisé, uti cavalier qui est arrivé ces jours-ci à Milan, à la suite du prince d'Urbin ; et comme il s'est déclaré avec moi, je ne yeux pas qu'il s'imagine que c'est pour lui que je me mets à la fenêtre, car il m'ennuie avec ses prétentions.
FLORA
C'est peut-être un autre cavalier, également déguise , que vous aurez pris pour lui.
DOftA SERAFINA.
Cela n'est guère possible.
FLORA
Un comte étranger rendait des soins à une dame du palais, et quand le soleil disparaissait de l'horizon, il allait se coucher, laissant sur la terrasse un sien esclave qui avait son manteau et ses plumes. Or, un jour qu'il pleuvait et neigeait, la dame, voulant lui accorder une faveur, souleva la jalousie, et lui dit d'une petite voix de fausset : « Allez -yous-en, comte!» A quoi le More répondit : «Ce n'être pas le comte, moi être Hamet^» Et ainsi, madame, il peut bien se faire que l'individu masqué que vous avez yu, soitHamet et non le comte.
DOf^A SERAFINA. i
Tu as toujours quelque histoire sous la main. '
(Selle-là est assez vieille.
DOiÏA SERAFINA.
Enfin ce eayalier est cause que je me priye pour lui de tous Icf plaisirs.
* Nom avons tndait littéralement :
Aqwel Moro mpondié :
No utar conde, ettar HamtU,
FLORA
RiMi ne le prouTe mieux que vos rigaeara, qu'il est sans cesse à
déplorer.
DONA SRRAFIIVA.
Fais attention à ne me parler jamais de son amour.
FLORA
Eh bien! pour parler d'autre ctiose, si tous ne idplei pas tous nettre à la fenêtre, je yous indiquerai le moyen de voir toute la fête nos que ni lui ni personne ne vous voie.
DOJÏA SBRAFINA.
Et qael est-il?
FLORA
le Toici. Vous savez fort bien, madame, que dans le carnaval, les dîmes du plus haut rang se déguisent : eh bien l il s'agirait de vous déguiser et de sortir par la porte du jardin. Vous j gagneriez en otae temps de chfttier l'obstiné personnage, qui passerait dans la nie le reste de la nuit. Voyez : un chapeau à larges bords, un manteau, qq flambeau, un masque ; vous vous mêlez à la première troupe qui passe, et bien malin qui vous reconnaîtra.
i DONA SERAFIIVA.
Et si pendant ce temps-là mon père venait à rentrer?
FLORA
Cela n'est pas à craindre. Mon seigneur, en sa qualité d'intendant de la justice, parcourt aujourd'hui toute la ville; et d'ailleurs il suffit que vous laissiez pour dit en sortant que vous êtes allée avec une de vos amies, pour que votre père soit sans inquiétude.
DOÂA SERAFINA.
Ce projet me sourit; mab je ne me sens pas le courage de l'exécuter.
FLORA
Venez, madame; ne seraitrce que pour vous moquer de ce sot, et pour faire enrager toutes les femmes qui verront votre taille si jolie,
<i élégante.
DOftA SERAFINA.
Non, Flora, ne m'attaque point par la vanité; je n'ai pai moins coTie que toi de sortir.
FLORA
Alors dépêéhons.
DOftA SERAFINA.
Si YOUS n'eussiei pas existé, vous autres demoiselles suivantes, je crois que plus d'une faute '...
FLORA
Ce n'est pas le moment de moraliser. Voulez-vous ou non sortir?
' Tooi 1m grands éeriTaiat espagnol» qui ont peint les moenn nationales, Cenrantes, I^de Vega et Calderon, te sont élèves contre l'Interrention empressée des daignes # éai terrantes dans les amonn de leors maltressea.
FLORA
C'est sans doute Htmet qui est resté dans la rue.
LISARDO.
Ne vous éloignez pas sans me répondre ; vous devez savoir à quoi le masque vous oblige.
DOUA SBRAFINA.
Et vous, vous ne le savez pas. H est vrai qu'un masque a le droit d'adresser la parole à un autre, mais il n'a pas le droit de le forcer à lui répondre.
LlSARDO.
C'est assez pour moi de savoir que je puis vous parler.
DOÎÏA SERAFINA.
N'est-ce pas folie de Touloir parler à une personne qui ne veut pas entendre?
LISARDO.
Cette folie, je la partage avec beaucoup d'autres.
HO^JL SERAFINA.
Eh bien ! la danse des fous est allée de ce cdté ; suirex-la » si vous en êtes.
LISARDO.
Je sub fou, U est vrai; mais...
DOÎtA SBRAFHa.
Vous n'avez pas besoin de l'avouer.
USARDO.
Mais ma folie consiste à suivre, poussé par mon étoile, une belle sirène.
DOÎÏA SERAFINA.
Ainsi donc, eu me comptant, cela fait deux. Partez donc, beau masque; allez avec Dieu, car il est par trop impertinent de me parliT d'une autre femme.
LISARDO.
Non pas ; je veux me venger sur vous de ses dédains.
DONA SERAFINA
A cette extravagance je pourrais répondre que quand on se trompe sur la cure c'est qu'on n'est pas bien sûr de sa douleur ; mais j'aime mieux Onir là notre conversation; adieu.
LISARDO.
Je prétends vous suivre, car j'entrevois une lueur d'espoir.
DONA SERAFINA, à part»
4e ne sais que lui dire. {Haut,) De quel espoir parlez-yout?
LISARDO.
C'eH que, madame...
Lei masquet qui t*éValenl éloif^iite tot^nannaVfibiKDUSDX «x^mbmmC
USABDO, à Libio.
Viens avec moi, et je Taû te dire ce que ta u à ftdre. Je enitis
qu'elle ne sorte pendant ce temps-là*
UBIO.
Je voudrais, mon seigneur, vous soumettre quelques obser?*-
tiom.
LISARDO.
Ceet kmtile; ma résolution est prise, et je ne saurais avoir une
meilleure occasion. Le déguisement, la nuit, le bruit, tout me sert» tout me favorise, tout concourt à mon bonheur. Non, non, tu n'as rien à me dire, et je n*ai rien à entendre. Marchons.
Lisardo et Libio forteat.