‹ Théâtre de CalderonChapitre 22 sur 96 · SCÈNE n · texte numérisé non relu

SCÈNE n

Oo sakNi dani U maison d'AnreUo.

tHùkèûi DoftA VIOLAINE etRlCS.

NICB*

Voilà que mon seigneur notre à la maison en lisant je ne sais quels papiers.

DONA VIOLANTS.

ma chère Nice! l'audace est parfois bien craintive, et c'est lorsqu'eUe s'aventure le plus, qu'elle a le moins de courage. Depuis que j'ai écrit à don César pour lui exprimer combien j'éUus sensible à son amour aussi constant que soumis , j'ai peur même de mon ombre.

NIGB.

Eh quoi 1 madame. ..

DONA VIOLANTS.

Il me semble que mon sein est transparent, et que mon père peut 7 voir tous les mouvemens de mon cœur. {A part.) Ciell le voici !

■ Au duMeptième tiède en Espagne, comme en Italie et en Fnnce, les grands aeigoeanaratent parmi leui domeatiqutê des genUlsbommes de la meilleure naissance et ^aeiquefok leurs pa/eos.

JOOBMÉE I, etCÈME tl. 79

Entre AÛttfiLlO.

AURSLIO.

Violanle?

DÔtA'VlOIJLimU

Qd* iVe^-toUft, indta pèhe? Vous refenet bl«n f^vomplMilMil «1 virot parûssez tout préoccupé.

AURELIO

Ce n'est rien. Au moment où je sortdi, tttt èipfès m't naàM «ne lettre, et comme il est urgent que j'y réponde... Mais qui doue t pénétré jusqu'ici t •

Entre Tltt^tAN.

TBiSTAïf, à part Poi^u({ le vieux n'est pas dans la maison, ti fâi^t que j^atUa Jusqu'au fond de l'appartement pour clierctier Ntcë, h qut je dots rendte

le message.

, I. . . . AOBKUO.

Qui chercnei-Yons id, cavalier?

TAiSTAN, à part, Pi'sle soit de la rencontre! {Haut,) Vous, seigneur.

AUEBUO.

Moi?

TRISTAN

Vous-même*

AORBUO.

Ne pouYiez-Tons pas frapper à (a porte?

TRISTAN

C'est que, voyei-vous, j'ai craint de faire du bruit ^.

. AURRUO.

En6n que me Toalez-yons?

TRISTAN

le délirais tous remettre ce papier.

AURRUO.

])e qui est-ee?

TRISTAN

C'est à Yous, puisque c^est pour vous que Je l'apporte.

AURBUO.

Vous m'avei i'alr bel-esprit?

TRISTAN

h suis à demi bachelier^.

Stgun coy âê mal erittkmo, Mu$ tibia h$ llamamimttoê»

, qift llgolSe Roi à mot I

, , „ r. ^ „ .- nTtt «tM

M wHm faHpiratloni de ta grftee. »

^^ocanlauajeu de mou tùlfaâuh':* le. U porte sarUdM^An ietl« ^^tB«)X>î«M99^>

, AURKUO.

Qui est votre mattre ?

TRISTAN

Le seigneur don Félix. Ne l'oubliex pai , je youi prie, ear cela est delà plus haute importance; et, s'il le but, je tous le répéterai cent mille fois de suite.

▲URBUO.

Je n'aime pas les comptes.

TRISTAN

Mol si» au contraire; je suis un enragé conteur >.

AURBUO.

Lisons. {Il Ut,) «Mon trésorier Aurelio, sur les sommes quevovt » ayei entre les mains, yeuillez donner à don César... » {Â Trié-tan,) Comment donc, puisque Tordonnance est au nom de don César, est-ce don Félix qui yous envoie?

TRISTAN

Parce que don Félix désire cet argent à cause que don César lui en doit une bonne partie.

AURKLio, lisant,

€ Cinq cents écus que je lui accorde pour les frais d'un voyage 9 qu'il va entreprendre d'après mes ordres. »

DONA VIOLANTE

As-ta entendu, Nice? don César va partir I... Sans doute, — le ciel me soit en aidel — il veut venger par ses mépris mon mépris d'autrefois.

TRISTAN, à dtmt^voiw, an montrant un papier,

Nicel Nicet

NICE

Voilà ce Ttlet qui me fait des signes avec un papier. AURBUO, qui a vu Us signes de Tristan, Qu'est-ce donc?

TRISTAN. '

Rien. |

AURBUO.

Qa'citFce qae ce papier?

TRIVrAN.

Cest encore un biUet» mais celui-ci n'est pas pour vous*.

q«i tigBilie l*an btebelier gndo^ 2* un bâtard qui parle i tout propof. Dans l'espagnol, c'ait AnreUo qni dit à Tristan : « Vous m'aves l'air d'un baekillêr (ou d'un ba- ▼ard. 9 Bt Tristan, faisant sembbnt de se méprendre, répond ; « Je n*ai pas encore pria la grade, oiais j*ai fait toutes les dindes nécessaires. »

* Bneora nn jen de nsots qni porte sur le double seos de eumto, qni signifie tout à la /ois un wa Mi on el on oonli, nnn Mstosrf. Nous avons tScbë de le reproduire tant bien qnenud.

■ Il y • Id non plaiaaBtflfIn tattadnisible, mais qni est pleine de gaieté. Bile porte

anr le donbie sens de oelte eipwss i on tsfos ton olros ^nsntanlos, qne l'on emploie pn.

venfttelMMDlpoardire : eminêoaimdu méms gmrt, et que TrisUn emploie dani «n

■en#ittfttai/ein«jfwcrairdedif«t«C<etenceiyimbaUldacM(^«wMéMt.n ^

JOURNÉE I, SCÈNE IL 9i

AUHBUO.

OÙ 11 don GéMur?

fUSTAN.

En enfer probablement, mais je n'en sais rien.

ADREUO.

Atteodez-moi ici un moment ; je vais chercher ce qu'il lui faut. {À part.) ciel! le duc a peut-être appris que Lisardo était à Milan, et c'est pour cela qu'il le fait partir.

Il son.

DONA VIOLANTE

Je ne sais comment je n'étouffe pas de dépit... Cest ainsi que don César me délaisse ! Lui si constant et si fidèle lorsque je ne lui montrais que du dédain, c'est ainsi qu'il reconnaît ma bonté!

TRISTAN

Maintenant que je puis parier, madame, écoutez-moi, et vous verrez que tout en venant ici pour faire un recouvrement , je viens ici pour vous payer ce qu'on vous doit. Don César m'envoie vers vous avec ce billeL

NICE

Prenez-le, et vite, car voici mon maître qui revieot.

DOIÏA VIOLANTE.

Je crains qu'il ne m'ait vue, et je tremble.

AURELIO rentre.

AUREUG, à Triitan, Prenez, et Dieu vous conduise ^ 1

TRISTAN

Qa'il vous conserve une éternité de siècles L.. et remarquez, mon seigneur, que cette fois je ne compte pas^. (il part,) Je m'en vais mieux dépéché que je ne croyais; car enfin j'ai remis le billet, et je sors avec de l'argent et point de coups de bâton.

11 sort.

DONA VIOLANTE, à Nie0.

Si mon père avait vu le billet !

NICE

C'est impossible ; il en aurait témoigné son mécontentement.

AURELIO

Ma fille, je vais demain, comme vous le savez, à ce village.

DONA VIOLANTE , à part.

Que je suis beureuse 1 il ne se doute de rien, puisqu'il pense à son voyage.

' Celte locution id con Dm», oIIm avte Dieu, oa, Dimt voui eonâuûi, le reproduit fréquemment dans les comëtliet espagnoles. Bien qu'an premier abord elle puisse sem^ hier un peu étrange & des personnes d'un goût dâicat, nous avons cru devoir la raprodnire quelquefois parce qu'elle a quelque chose de religieux, qui est tooi-à«Cut dans ks idées et dans les habitudes espagnoles.

' Encore un jeu de mou intraduisible sur le terbe ConMf, <\u\ «%u\&« VOul 4. U Coin iPwyMtr etamm' une butoire.

m BOMiËUR R MALHEUR DU NOM.

Âimiuo.

n n'est rien tel que Foefl du maître... et c^est p6tbrqadi tdis âllei me donner le billet que vous venex de c&eher.

DOJl TiOLAirrt.

Mai» seigneur... un billet !

jncRfàpart.

CeUfmnaL

ÂURBLIO.

Oui, donnei-le-moi suMe-champ. Si j'ai laissé sortir le valet» qnoiqtle je feutse tu tous le remettre, e'est que je n'ai point voulu foire tomber li bat ma vengeanee, ni ébruiter au debors les ennuis de mon intérievr. Cest pour cela que je n'Ai rien dit. Mais à cette heure donnei-mol le biÛet.

DOJtA VlOLAim.

Mais» feigneiir» ne eroyet pas...

AURSUO.

Quel tourment! (/I M prend U billet des mains») Entrez là à l'instant même» car la colère pourrait m'emporter, et je veux connaître au juste le mal avant d'appliquer le remède. Otez-vous de devant mes yeuK.

OOHA VIOLANTS.

dell protége-moii

Parlez, voutiuari* Gonme vent foadm.

Non pas parla, par iei... mais dites-moi auparavant, pour me fixei dans ma conduite, le valet étant de don Félix, et l'ordonnance de payement étant au nom de don César, de qui est le billet?

NICE, à part.

Si je dis qu'il est de don César, qui est déjà son ennemi » ce sern empirer les afEaires.

ÂUKBUO.

£b bien! parlai done. De qui est le biUett

NICB.

Je ne sala, mais il n'est pas de don César.

EUesort.

AURSUO.

Elle m'en a dil assez. {Il ouvre la lettre.) Uélml peut-on trembler ëin&i en ouvrant ùti billet! (// lit.) «Mon cher bien, il n'y i » point d'obstacle qui puisse m'empècber d'aller vous voir. » ( /( parle.) Hélas l il n'est que trop vrai, le papier ne se fabrique qu'a-

BUaMct.

Tec la pins TÎIe matière, et l'encre ne se fait qii'ayec du poison^! in Ut.) a Ainsi, tenei-ie pour entendu, demain, sitôt après le départ » deyotre père, je me rendrai, quoi qu'il arriye, dans le jardin que i Yoas m'indiquez. Le ciel vous garde 1 » (// parle.) Que yois-je I doD Félix, sous un prétexte trompeur et secondé par son pertide ami, s'attaque audacieusement à mon honneur!... Que faire, grand Dieu? Que résoudre dans un moment où je reçois une cruelle injure, et où je perds en même temps tout espoir de réaliser le projet que je formais pour ma fille?... N'est-il pas singulier qu'au moment où je Tonlais empêcher mon neveu de se venger, il m'arrive à moimême un accident qui m'oblige à la vengeance?... Eh bien! puisqu'il en est ainn, et qu'un juste ressentiment l'emporta synç la prudence, je me vengerai de ces deux traîtres; j'écrirai à Lisardo de se charger de don César, et moi je tuerai en secret don Félix, puisque l'occasion se présente à moi si favorable. [Jl ferme la porte par laquelle dofia Violant9 est sortie. ) Fermons cette porte avec soin, afin que l'ingrate ne puisse point l'avertir ; e( demain, quand Iç misérable qu'elle aime viendra au jardin... Mais taisons-nous; la renommée dira bientôt ma ye^geance, et la postérité l'apprendra en frémissanL

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