‹ Théâtre de CalderonChapitre 45 sur 96 · LK AOU · texte numérisé non relu

LK AOU

Gomptei à jamais rar mon ettiiiie.

Le roi M retire mM da corUge.

MANRIQUB.

Voju deres Ifre content à cette heure?

DON LOPB.

Oui, rien n'égale mon bonheur et ma joie. — Que ne pui9-je

Tolerl

MiNRIQUB.

Comme le vent, n'estril pas vrai f

Non, Tair est un élément paresseux et tardif; ce ne sont pas ses <i|e8 qoe j'envie» je voudrais avoir lès ailes, les ailes de feu de l'A-

inoor.

MÂNRIQDB.

4io que je Q*en ignore, ditesHoioi donc le motif d'un pareil empressement. '

DON LOPB.

Ta le fais, mon mariage.

1UHRIQ1IB.

Qaoil seigneur, ne considére2-vous pas qu'il y a là de quoi e^ friyer le monde, qu'un homme ait tant hâte d'aller se marier? Si aujourd'hui, parce que vous voulez vous marier, vous vous plaigpez niéme4u vent, que ferex-vous done quand vous voudrez de-

wnirveuf?

£nlre DON JUAN DE 81LyA,pa^TTeIDeniTéta.

DON JUAN, à pari.

En quel état différent je me flattais de revenir vers toi , ô ma tbère patrie^en ce malheureui jour où je te fis mes adieux I... Je regrette maintenant d'avoir porté mes pas sur ton sol ; car il est tour jours mieux pour un infortuné de vivre en un pays où il n'est pas connu... Il y a du monde ici. Il ne convient pas qu'on me voie en os misérable équipage. ' '

n ^ékttgne.

Eq cfoM-je nns ye^x? est-ce la vérité ^^ bto nn^ i)Iuslop? {4fP9lont.) Ittendeyl don Juan t

DON JUAN

Don Lope!

DON LOPB, courant vwi don Juan. Je doutais d'an si grand bonheur» et i^yTmi^eudu mou «%<;.

DON JUAN

De grâce, arrêtez I... Je dois me défendre de yos caresses... mon ami ! ô don Lope ! an homme aussi pauvre que moi n'a pas le droit d'appuyer sa poitrine contre le sein d'un homme aussi riche.

DON LOPE

Il est mal à yous, don Juan , de parler de la sorte ; car si la fortune donne les biens d'ici-bas, le ciel seul peut donner un ami tel que vous... Et qu'est-ce que la fortune en comparaison du ciel ?

DON JUAN

Quoique yos généreuses paroles me raniment, je suis accablé de tant de mauxl... Hélas! il faut que mes malheurs soient bien grands pour surpasser encore ma pauvreté... Afin que mes chagrins obtiennent quelque adoucissement, — s'il est possible qu'il y ait de l'adoucissement pour de pareils chagrins, — écoutez-moi, don Lope, avec attention. — A la fameuse conquête de ces Indes qui sont à la fois le tombeau de la nuit et le berceau du soleil, nous sommes partis ensemble liés par une telle amitié que c'était en deux corps un seul cœur et une seule âme. L'ambition de la gloire, bien plutôt qu'un vain désir d'acquérir des richesses, nous inspira l'audace d'aborder ce pays lointain , à l'existence duquel on n'avait pas cru jusqu'à nos jours. La noblesse portugaise, se confiant à la fortune» entreprit une navigation qui sera dans l'avenir bien autrement célèbre que la navigation fabuleuse de Jason. Mais je laisse le soin de cet éloge à une voix plus capable que la mienne de conter les hauts faits de cette héroïque nation. Le grand Louis de Camoëns a écrit avec la plume ce qu'il avait accompli avec l'épée, et il a montré autant de génie dans son poème qu'il avait montré de valeur dans ses exploits. —Lorsque la mort de votre père vous rappela ici, vaillant don Lope, je demeurai là-bas. Vous savez de quelle estime je jouissais alors auprès de mes amis... que j'ai perdus aujourd'hui. Cette idée ajoute à ma peine; mais non, elle est la seule consolation qui me reste... Voyez si je suis malheureux et si le sort me persécute injustement, puisque je ne lui en ai donné aucun sujet, aucun prétexte. — Il j avait à Goa une dame, laquelle était fille d'un homme qui avait amassé de grands biens dans le commerce. Quoique d'ordinaire la beauté et l'esprit ne se rencontrent pas réunis, elle était belle et spirituelle. Je lui rendis des soins et j'eus la joie d'être par elle distingué. Mais qui gagne au jeu en commençant qui ne finisse par perdre à la fin ? qui a d'abord été si heureux qu'il n'ait pas décliné ensuite? Et n'en est-il pas de l'amour comme du bonheur et du jeu?... Don Manuel de Souza, le fils du gouverneur Manuel de Souza, homme d'ailleurs plein de courage, de mérite et de talent (car si je lui ai àié la vie, ce n'est pas une raison pour que Je lui été aussi l'honneur), don ManueX s*èv.8\\. ^^tV& ÔL^\«L\xi^\DA dame et passaii publiquement à Goa pout mou i\\iV. ^«l \.x«X«o5àssa>

JOUKJSËE I , SCÈNE 1. Ift5

nloqoiétait peu; au contraire, fayorisé comme Je l'étais, le dédain qo'oo lui témoignait me ûâsait mieux sentir mon bonlieur. Un jour qae le soleil s'était levé à l'orient encore plus beau que de coutome, Violante, — ainsi se nommait cette dame, — sortit de chei elle. . Plût à Dieu que ce soleil eût été enseveli dans une nuit profonde, ou que Violante n'eût pas quitté sa maison! mais il suffisait quej*eusse désiré que l'un ou l'autre ne sortit pas, pour qu'ils nrtissent tous les deuxl... Entourée de ses valets, elle se rendit Yen le port, où l'arrivée d'un vaisseau avait attiré une foule nombreuse... Ce fût la cause de mes disgrâces... Nous étions, mon rival et moi, dans un attroupement composé de militaires et de nos amis communs, lorsqu'elle passa devant nous. Elle allait si gracieuse, qoe sa vue lui gagna tous les cœurs ; sa démarche légère enchanta et charma tous ceux qui la regardaient. Un capitaine dit : «Quelle belle femme t » — A quoi don Manuel répondit : « Et le caractère eit à l'avenant. — Est-ce qu'elle serait cruelle? demanda l'autre.^ Ce n'est pas pour cela que je le dis, répliqua-t-il ; mais parce qu'en n qualité de belle elle a choisi le pire. » — Alors moi je dis : « Perlonne n'a obtenu ses faveurs, parce qu'il n'y a personne qui les mérite; et s'il y a quelqu'un qui les mérite, c'est moi I — Vous menteil dit-il... » — Je ne puis achever; ma voix se trouble, ma langue M glace, un froid mortel parcourt mon corps et me saisit au cœur; ma vive douleur se réveille qui me rappelle et me répèt||,«o«tte injure..... tyrannique préjugé! vile et méprisable loi du

inonde l... Pourquoi faut-il que quelques paroles insensées puissent souiller l'honneur le mieux acquis, — acquis à si grand' peine? Pourquoi un seul mot jeté en l'air peut-il atteindre et détruire la réputation d'un homme honorable?-.. Comment, pi^que l'honneur est un diamant, un soufOe peut-il le consumer? Comment, lorsque ion édat est plus pur que celui du soleil , un souflle peut-il le tenûr, de même que le soleil est terni par un nuage?... Mais, entraîné par la passion, je m'écarte de mon récita pardonnez, j'y reviens, — A peine don Manuel eut-il prononcé ce démenti, que mon épée rapide passa du fourreau dans sa poitrine. On n'eut pas le temps de m'arréter ; le châtiment suivit l'insulte comme la foudre suit le tonnerre. 11 tomba à terre sanglant et mort. Moi aussitôt je me réfugiai dans une église qui avait été fondée en ce pays par des religieux de l'ordre de saint François. Comme le père de don Manuel était le gouverneur de la ville, je fus obligé de m'y cacher. Je demeurai trois jours, rempli de crainte et de terreur, enseveli vivant dans ce sépulcre. Au bout de ces trois jours, le capitaine du navire qui était venu à Goa et qui devait retourner à Lisbonne, ayant daigné m'offrir de me recevoir dans son vaisseau , je parvins à m'échapper à la laveur des ombres de la nuit. Je ftu\«ie%V^ v\V(^^^^^ ce vaisseau tout le temps de^^MMnée ..— AM ^o\i\/^^^>^^'Q^ quai ropinioB publique noI^^^^^^telA VYiomm^ ^v %ni^aSs»

un aflnroDt? ou pourquoi du moins ne rexcuse-t-elle p«s 4!?SDdl •'en Tengcf N*y a-t-illMi une folle contradiction à le nuÛir & mm temps et de l'outrage qa'il endure et de la Tengëahôèq^%elitfr8f.M » Je suis arrivé aujourd'hui À Lisbonne;' mais si ilhal Vètoili pauvre, que je n'osais y entrer... — Telles sont mes aventures. Je cesse de m'en plaindre désormais ; Je suis même tenté de m'en i6« jouir, puisque je leur dois de vous revoin.. lé Vous sorre ^vûm bras mille et mille fois et bien tendrement, si un' homme auâi'iBfortuné est digne encore, illustre don Lopé d'ilmeyda, deeeUè grâce, de cet honneur t ' ''

DON LOPB.

J'ai écouté votre histoire avec Tattention qu'elle mérite, don Jou de Silva, et tout bien considéré, j'estime qu'il if'x a pas imeâmé qui vive, quelque délicate et subtile qu'elle soit, qui puisse troaVer en vous la moindre chose à reprendre. Quel homme u'est pas soumis, dès sa naissance, à l'inclémence du temps et aux riguêiu^ae la fortune? quel homme est libre d'empêcher qu'une liuigaeeDnemie ne lance sur lui son venin?... Non, personne tel-bas ne.peôt s'appeler heureux, si ce n'est celui qui sort d'affaire hinsi qnefimB, après avoir châtié un insolent et en conservant son honneur sain et sauf. Donc, mon cher don Juan, ne vous affligez plus; qnecei noires pensées et ces sombres souvenirs cessent enfin d'obscurcir le lustre de votre antique honneur, et qu'on voie aujburd'hui en notre amitié la vertu de ces plantes qui , chacune séparément , sont un poison funeste ; mais qui, mêlées ensemble, se corrigent et se neii* tralisent de telle sorte qu'elles deviennent alors nn breuvage sélo' taire. Vous avez du chagrin... moi j'ai de la joie; mettons en coinmun nos sentimens, tempérons votre tristesse par mon contentement, mon plaisir par votre peine; arrangeons-nous sil>ién quek chagrin ou la joie ne puisse tuer aucun dé nous ^.. Je me suis marii en Castille par procuration, je dirais avec la femme la plus belle, 6 la beauté n'était pas la moindre qualité que l'on doive chercher ei celle que l'on prend pour épouse ; mais avec la femme la plus noblf la plus riche, la plus sage et la plus vertueuse; vous né sauriez rie imaginer d'aussi accompli ; elle se nomme dona Léonor de Mendozi Mon oncle, don Bernard, doit arriver aujourd'hui avec elle au vi lage qu'on appelle Aldea-Gallega, où j'irai moi-même à sa rencontr habillé comme pour une fête, ainsi que vous voyez. Elle est a tendue là par une jolie barque galamment pavoisée, et qui sai doute accuse de lenteur les ailes légères du temps. Ce qui augmen mon bonheur, c'est de vous voir de retour, mon cher don Juan. P vous tourmentez pas, ne vous inquiétez pas d'être pauvre, je su riche; ma maison» ma table» mes chevaux, mes valets, ma vie, me

* Galderon t'est lerti de la même pensée dans la pièce intitulée Peor ettd quewtàb Ve met en pi».

km^» (oot est k voni, mon ami. Consolez-vous, puisque la forum tous laisse un ami véritable, puisqu'elle a été sans force contre TBoi, poisqiii'elle ne vous a pas enlevé cette valeur qui vous souti«Bt» ni cette âme qui vous anime, ni ce bras qui vous défend... Ke me répondez pas; laissons là des complimens qui ne signifient m entre amis. Venez, partons; je veux que vous soyez témoin de ■OQ bonheur. Mon épouse doit eptrer aujourd'hui à Lisbonne, elle «t siDf doute de l'autre côté. Nous ferons ces trois lieues de mor iTeeelle.

DOlf JDÀN.

Vais songez, don Lope, que mon équipement ne permet pas que JBTons accompagne. Le monde ne juge pas les hommes sur leurs itttimens» il les juge rar leurs habits.

DOM LOPB.. ,.

int pis pour le monde qui ne considère pas que les broderies Be puent que le corps, que la parure de Tàme, c'est la noblesse, et ffiiBe âme noble vaut mieux qu'un corps couvert de broderies 1... Yeno avec moi, vous dis-je. — Et que mes soupirs enflent les voiles h notre vaisseau , si les soupirs de l'amour sont assez puissaos Prarcela!

Don Lope et don Juai lononl.

MANRIQUB.

le yais prendre les devants avec une de ces barques qu'on nomme feiijetes, et j'irai plus vite qu'avec toutes les mules du monde ^. TafinoDcerai à ma nouvelle maîtresse l'arrivée de son mari, et j'en tnni sûrement une bonne étrenne ;, car le premier jour des noces ue femme ne refuse rien, par la raison qu'elle devient dame et fn^dle «eue d'être demoiselle >.

Usort

Page 1