SCÈNE n
Un tomin «ntre la ner el la maiion de oampagne de don Lope.
KnireDl MANRIQDE et STRÉNB.
MANRIQUB.
Douce Syrène, dont la vue me séduit» me captÎTe el m'eDchi cstr-ce que tu Tieos ici, par hasard, pour apprendre à chanter ( firène de la merT
STRilfB*
Tu m'ennuies, laisse-moi.
Ah I Sjrène, de grâce I. . .
STRftlfl.
Queveui-tuT
MANRIQUB.
Écoute, je te prie, un sonnet héroïque , tendre et plein d'es que j'ai composé à ton iotention. C'est le premier des mille ce un que je t'ai promis.
STRÈNK.
Voyons ce sonnet.
MANRIQUB.
Je Tai dans ma poche .. {Il cherche.) Je l'avais bien pourtt (// tire un papier de sa poche,) Ah ! le Yoici. Écoute-moi cela.
Il lit.
joli ruban vert dont la couleur rappelle A mes yeux étonnés le gazon du printemps; toi qui...
STRENB, l'interrompant.
Ma foi l seigneur Manrique, assez, si vous voulez.
MANRIQUB.
Comment t
STR^NB.
Restons-en là.
MANRIQUB.
Pourquoi?
STRÈNB.
Parce que...
MANRIQUB.
Est-ce que vous trouvez que je ne lis pas bien ? Cependant., toi qui... »
STRÀNB.
Laissons cela pour une autre fois.
' MANRIQUB.
Vous ne m'encouragez guère pour les mille et cent qui resi
SYR^NB, à part.
Il fêut que je l'attrape, ce dT6\e, ^Hout.^ kuVi\a^*\i\x\ ^w*
JOURNÉE III, SCÈNE ïl. 905
lealement, par rapport à celui-ci, eo quoi, ainti que tous le préteodez, il a été composé à mon intention ?
MANRIQinL
Yons ne le voyez pas T
STBàlfB.
Non.
■AHUQUl.
Âh! Sjiène***
nvkm»
Hais non.
MAIfRIQOI.
Eh bien ! À cause du raban que tous m'ayex donné hier.
STRiNB.
Ahl oui, j'y suif.
MAHRIQUB.
Certainement.
stvktnu Mais pourquoi dites-roui ruban rert plutôt que bleu, plutôt que
longet
HANRIQOB.
Puce que le ruban que tous m'arez donné était vert.
STRilfE.
Traiment?
MAlfRIQUB.
(hiL
Montrez-le-moi un peu, que je Toie s'il est vert.
MAlfRIQUB.
Ahl malheureux. Hélas I pauvre ruban!
STRàlIB.
Quoi donct
MANRIQUB. I
Si TOUS sayiex, Syrène, ce qui m'est arrivé I
STRÈNB.
Tons l'avez perdu peut-être? *
MANRIQUB.
Non. » Un malheur affreui.
8TR]feVB«
Contez-moi cela.
MANRIQUB.
Ohl c'est une aventure Incroyable. — J'étais un de ces jours pas- 9éi, le soir, assis au bord du Tage, rêvant À vous, Syrène, et sonfBint à mon bonheur... Je tirai ce ruban de ma poche , et en accu- Mat votre indifférence, je versai des larmes amères... Il me semble ^e je les sens encore couler le long de mes joues. .. Je couvrais ce mban de baisers avec transport, quand lout-R-to\&^ un vv^«i o^
iôè A OUTRAGÉ SECRET VENGEANCE SECHETE.
n'était pas loin, me voyant 1^ porter ainsi à ma bouehe, que c'était quelque chose de bon à inanger. Il s'élança di roeher, fondit sur moi, m'enleva le ruban d4)s roai^s, çt retourna dans son aire. Moi, je réi|olus soudain de lui do saut ; mais ne pouvant trouver un chaudron pour mettre su je fus obligé d'y renoncer. Deiittjf lors, malgré tous mes toutes mes recherches, il m'a été imi>ossible de rélrouvcr l'autre. Yoiiày Syrène, l'histoire de l'aigle et du ruban vei
STRÈNB.
Gela est bizarre.
N'estrce past
' STRÈNB.
Oui ; mais il m'est arrivé nûeui que cela À moi.
MANRIQUB.
J'ai peine à le croire.
écoutez, et vous verrez. — J'étais un de ces jours passés, dans la campagne, sans penser à vous ni à mon malheur, je vis voler un jd{^ .quîclai^? tomber qMel<pie c^ose. Je chai et trouvai parmi les fleurs le ruban. C'était votre aigle, reconnu sans doute que le ruban n'était pas bon a mangei lui montre U ruban.) Regarde^ fi c'est bien le même.
MANRIQUB.
C'est une curieuse aventure, en vérité.
STRÀNB.
Et la vengeance sera plus cmrieuse encore.
MAM&IQUI.
11 vaut mieux la laisser pour plus tard, Syrène; voici V4 tresse qui sort.
IlM
LÉOMwR.
sndMË.
Syrènet
Madame?
Je suis bien triste. ^
Pour 4iibl tiiotif, iiiàtiitiîi<lt-,v ^^ ^ ^9^ ^^ ^^ ^P ^• àmolt
St filt, I^puU iilé botifiéir K xi tti^tâpn, à ton âtt&che laifîiiiK..
Ou*j t4-il donc» madamel
lOURNÉB 111, SCÈME II. 307
Cflit que don Louis ne m'aime plus.
vnkxK.
Impossible, madame; je tous réponds da eontralre» moL
L^XOE.
Les hommes! ils sont ainsi faits pomr la plupart; à mesure qn'on lenrmoiitre plus d'abandon, plus de fidblesie, ik se refroidissent et s'éloignent, sans considérer que c'est pour eux que l'on s'oublie.
Je TOUS garantis qud le seigneur don Louis n'est pas comme les antres. En quoi auriez-rous à tous plaindre de Im ?
L^OXOR.
Je n'en ai que trop le snjet. Ce matin, ayant su de don Lope qu'il devait suivre le roi à cette expédition, — je lui ai écrit de me Tenir troQTer ce soir, et il ne Tient pas.
STRÈXE
n n'est pas tard encore; à peine si la nuit commence. Aht Syrène, j'ai bien peur que...
STRÈXE.
Et si le seigneur don Lope rentrait?
L^OXOR.
Ce n'est pas cela que je crains ; il m'a fait ses adieui en me quittant.
STRÈXE.
Mais enfin, malgré cela, il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'il revint... Le roi peut remettre son départ d*un jour... Lui-même peut être rappelé ici par un motif quelconque, il pçut désirer de Tons renouveler ses adieux... et s'il retrouvait encore ici le seigneur don Louis...
LiOMOR.
En ce cas même je ne crains pas davantage, Syrène, jeteravouc... Tta ne sais donc pas ce que sont les maris ? comme ils s'abusent aisément? comme les plus habiles d'entre eux, les plus clairvoyans, les pins sagaces, sont faciles à duper? .. Don Lope, don Lope lui-même o'est pas une exception ^ la règle commune. Depuis cette soirée où il découvrit don Louis dans ma chambre, il ne m'a témoigné que plus de confiance, d'estime, de tendresse ; il n'en est que plus empiewé à me complaire; il semble adorer sa disgrâce. Et moi, qui n'ai pas profité de cette première leçon... j'en rougis, je m'en veux. .. DBais j'aime don Louis.
STRàNB.
Prenez garde, madame! Très-souvent les maris font semblant de n'y pas voir; Os ne soDt pas aveugles» Us oui de» ^«iXL tousm^V^ iaiim,
208 A Uuii^GE SECRET VENGEANCE SECRETE.
Entre DON JUAN.
DON JUAN, d part.
Je ne sais pas comment mon cœur n'est pas brisé par les coups réunis de ces deui grands chagrins.
LléONOR.
Quoi! c'est TOUS, seigneur don Juan?... Pourquoi donc n'avei- Yous pas ramené don Lope avec vous ?
DOX JUAN.
Je n'ai pas eu le loisir de l'attendre. Il m'avait promis d'être ici avant le coucher du soleil.
Je n'y compte pas maintenant. Voyez, la nuit a répandu au loin ses ténèbres épaisses. Vous auriez dû revenir avec lui, seigneur don Juan.
DON JOAN
Je l'aurais attendu, madame; mais cela ne m'a pas été possible. J'ai une telle affliction, que, loin de vouloir en importuner un ami aussi cher, je me fuirais moi-même.
DON LOUIS , dans Véloignement, sur la mer.
Que le ciel me soit en aide!
LÉONOR
Qu'est-ce donc?
DON JUAN
Rien, madame.
LÉONOR
Vous n'avez pas entendu?
DON JUAN
Ce n'est rien; c'est le vent qui a gémi à travers les arbres.
LÉONOR
Non, c'est la voix d'un homme qui poussait un cri de détresse.
DON JUAN
Cependant, madame, il n'y a personne autour de nous.
LÉONOR
Il est vrai ; moi non plus je n'aperçois personne.
STRÈNB. ^
Voyez I là-bas! là-bas! sur la merl... On s'approche.
LIÊONOR.
Je découvre à travers l'obscurité je ne sais quoi qui se meut sur les flots.
DON JOAN
C'est un homme qui lutte énergiquement contre une mort presque certaine. Puisque la pitié du ciel l'a conduit de ce c^té , je cou n It
secourir, V'^^^HL^.
LioNOR, À part. ^ ^^à
Pourvu que ce ne soit pas \u\l ^^^^b ^H
Entre DON LOPE.
Sm vétemens sont tout monillës. Il tieot on poignard à la naki.
DON LOFB, à paru
flébii
STRÈNB.
Levoici qui vient!
L^NOR
Je n'ose aTancer. i
DON LOPE, à part, terre 1 douce patrie de l'homme I
DON JUAN
Quoil c'est Yous, don Lope?
LÉONOR, à part. Mon mari!
DON LOPB.
Oqî, moi-même. {Il remet son poignard dant le fourreau.) Je d« pOQTais dans mon naufrage rencontrer un meilleur port de salut. -Léonor! mon épouse! mon bien! je remercie le ciel; il me dédommage de mes peines puisque je yous revois. — {A don Juan en /tti prenant la main,) mon ami I
don JUAN.
Qu'est-ce donc?
DON LOPS.
Un éYénement déplorable. Jamais yous n'avez rien oui d'aussi
triste.
liONOR.
Puisque vous vivez, seigneur, et que vous avez échappé à ce péril, ni moi ni don Juan n'accuserons la destinée.
DON LOPB.
Voici. ~ Après avoir parlé au roi, je vous ai cherché, don Juan, et ne pouvant réussir à vous trouver, j'ai retenu une barque. Tandis fu'on la préparait, il est venu vers moi un élégant cavalier dont je Misa peine le nom; — je crois pourtant qu'il s'appelle don Louis de Benavidès. — Il s'est approché en me disant qu'il était étranger et qu'il me priait d'excuser son indiscrétion; que j'eusse la bonté de lui accorder une place auprès de moi; qu'il désirait aller au Jardin du roi pour assister au départ des troupes... je ne pouvais décemment le refuser... La-dessus nous passons dans la barque ; mais à peine étions-nous entrés l'un et l'autre, avant que le batelier eût eu le temps de nous rejoindre, la corde qui attachait la barque — et qui était sans doute rongée par les flots de la mer qui la battent continuellement, — s'est rompue. J'ai vainement tâché, -« ■àferce de rames, de regagner les bords; le vent qui soufflait dans Hbnile nous a poussés de plus en plus au large. Par malheur, la ^^ff^^t fort agitée en ce moment; noire \)at^jûL^\t%^^^ ^V^xW.*».*
tôt soulevée vers les nues et tantôt replongée dans les abtmes. Je n'essayerai pas de vous peindre nos inquiétudes, nos terreurs ; mon coniMignon et moi nous ne doutions pas de notre perte. A la fia cependant nous arrivions de ce côté, et nous n'étions plus qu'à une centaine de pas du rivage, quand notre barque s'est heurtée et brisée contre un écueil. Séparé de ce généreux cavalier par la violence du choc, j'ai eu le regret de ne pouvoir le secourir , et il s'est enfoncé dans la mer, où son souvenir doit demeurer enseveli.
Ll£0N0R.
Odelt hélas!
BUe tombe ëvanoaie.
DON LOPB.
Léonor! mon épouse! mon bien! revenez k vous!... Hélas! ses mains sont firoldes !... — Ah ! don Juan, j'ai eu tort de lui conter les dangers que j'ai courus ; un cœur de femme ne supporte pas un tel récit. Son amour a frémi à l'idée de mon trépas... {A Sy^^^^ ^^ à d^autrês domeitiques qui sont aeeourus,) Transportez-la dans son Ut.
DON JUAN, à part.
Qu'il est beau à un homme de garder le silence sur son injure, et d'en cacher à tous les yeux la vengeance!... C'est ainsi que doit se venger celui qui sait souffrir et se taire.
Syrèoe et les autres domestiques transportent Lëonor dans la maison. Don Juan les suit.
DON LOPB.
Eh bien ! mon honneur, ai-je appliqué avec assez de prudence à un outrage secret une vengeance secrète?... N'ai-je pas bien saisi l'occasion quand j'ai coupé la corde et que je me suis écarté en faisant semblant de vouloir regagner le port?... Et ce poignard, ne m'en suis-je pas servi contre cet insolent avec une adresse impitoyable?... Et la barque, n'ai-je pas eu raison de la briser afin qu'on ne pût concevoir aucun soupçon?... — C'est bien. — Maintenant que, suivant le devoir de l'homme d'honneur offensé, je me suis défait du galant, ce sera le tuur de Léonor... Je ne veux pas que le roi me dise de nouveau de ne pas l'accompagner, que je ferais faute en ma maison... Léonor, hélas! aussi inconstante que belle, et non moins infortunée qu'inconstante, ruine fatale de mon bonheur et de ma vie, vous aussi vous mourrez, vous mourrez cette nuit!.^. Mais comment? par quel moyen?... Répandrai-je son sang sur le lit qu'elle se proposait de souiller? — Non, ces indices me trahiraient... — J'y suis!... — J'ai confié aux eaux de la mer le soin de ma première vengeance, je confierai au feu le soin de la seconde. Je mettrai le feu à ma maison en commençant par son appartement, et pendant l'incendie... De même que l'or dans le creuset se dégage du vil alliage des autres métaux, de même mon honneur sortira de à épuré... ~ Les deux élémens auxquels je me confie ne révâeront jpâs mon secret. — Il faut que demain, oui, demain» pif plus taid.
JOURNÉE ni, SCÈNE II. 2H
le soleil d« mon honneur se lève radieui au-deetns de ce naufrage et de cet incendie I
Don Lope m retire
jDoiQMiiMUpT^ entrent )Lfi EOi, LE DUG PB BRÀGANCB et le GortéRe-
LBROI.
Venex par ici, dac... Que la nature est belle h cette heure! comme die est calme et silencieuse t.. . Àpprochons-nous un peu de la mer; . j'aime à en respirer la fraîcheur.