LB DUC
C'est une disgrâce inouïe.
LE ROI
Jamais je n'en ai tu d'aussi étrange.
DON JUAN
Sire, permettez... Que Votre Majesté daigne m'écouter à l'écart, nconyient que vous sachiez seul ce que j'ai à vous dire. {Don Juan 9t le Roi s'éloignent des autres acteurs.) Sire, don Lope, mon géo^ux ami, a eu des soupçons sur la fidélité de son épouse, et ses soupçons se sont bientôt changée en certitude. Il en a pris son parti es homme de cœur ; il a tué le galant dans la ^ner et sa femme dans l'incendie, afin que ceux qui savaient son outrage fussent les seuls à savoir sa vengeance.
LE ROI
L'antiquité ne présente pas d'exemple d'une aussi énergique résolution... En effet, un outrage secret requiert une vengeance secrète.
DON JUAN, au publie.
Telle est la véritable histoire du grand don Lope d'Almeyda, que nous recommandons à votre admiration en terminant cette tragicomédie
LE SEBGE DE L'ÂLPUJÂRRA.
(AMAR DESPUES DE LA MUERTE Y EL SmO DE LA ALPHJABRA .)
Ainsi qne l'indiqae ee double titre , 4e drame tp» Ton Ta lira eontfBDt tei aetîoiu ; comme elles sont toutes deux historiques, nous devons eonsaenr ottB notice k rappeler au lecteur des souvenirs qui peuvent n'être pas ftéata» \ a mémoire ; et nous allons commencer par ce qui a rapport, sinon à la pnaôpale action, du moins à la plus générale.
Depuis que l'Espagne avait été reconquise par les rois Ferdinand etlsabeUsi les descendans des Arabes avaient continué de vivre sur le même sol que Uon vainqueurs, et dans une situation assez douce, lorsque, le i«r janvier 16(7, fiit proclamée à Grenade la pragmatique de Philippe II, quiavaitpour butrextirpii* tion des coutumes mauresques. Cette pragmatique, à la promulgation dela^Bdls tétait vivement opposé le duc d'Albelui-même, avait été conseillée parle eaidinal Espinosa, et convenu à l'esprit absolu, au caractère violent de Philippe. EQb contenait contrôles Morisques les conditions les plus dures : ainsi, outre odks queCalderon indique au commencement de sa pièce, il fut défendu aux femmes des Mores de sortir voilées dans les rues ; leurs maisons devaient rester oovertes les jours où ils célébreraient quelque fête ; et Ton annonçait que les eof fans des Morisques seraient enlevés à leurs parens '. — A la promiûgatîon de la pragmatique, les principaux Morisques de Grenade et du royaume firent des adresses, des pétitions au président, au capitaine général, au roi. Ces adresses, ces ' pétitions furent inutiles. Comme , de plus , il se virent en butte à toute sorte de vexations, ils résolurent de recourir aux armes ; parti extrême auqud s'étaient déjà décidés leurs frères des classes inférieures. On employa près de deux années en préparatifs, et au mois de décembre 1 568 le soulèvement éclata dans l'Alpujarra. D'abord les insurgés eurent l'avantage. Mais vers la fin de 1570 la division s'étant mise parmi eux, ils furent battus, et les amnisties accordées par le pouvoir achevèrent de le» dissoudre. Ainsi ont commencé et fini chez nous la révolte des Cévennes et Tinsurrection de la Vendée.
Nous allons maintenant faire connaître , d'après les plus anciennes traditions, les événemens sur lesquels est fondée la principale intrigue du drame et qui ont motivé le premier titre. Le récit que l'on va lire est extrait de l'ouvrage
' Le premier titre de la pièce, qui est, comme on voit, tradait littéralement de Teipagnol, ne signifie pas aimer aprèa qu'on est mort, mais, aimer encore après U mort de l'objet aimé.
* Cette dernière imputation était une calomnie contre Philippe II ; mais, «vwmft m l'a observé avant iious, l'idée n'en fut pas perdue, et plus d'un siècle après, celte lo^tion fut une de celles qui suivirent la révocation de l'édit de Nantes.
ssant de Gines Perez de Hita, intitulé HiiUrir$ dê$ gwrrei eivileê I0 '.n est d'aatant plus curieux que , s'il &at en eroiie G. Ferez, fl écit de son béros lui-même.
]ue de l'investissement de Galère*, se trouvait dans la place un« r du capitaine Halech, qui était allée y voir des dames de ses p*le fut tuée dans l'assaut, ainsi qu'un grand nombre d'autres femmes; nmait Maléha, et la réputation de sa beauté était répandue dans tout e de Grenade...
aine Malech apprit à Pnrchena ces événemens. Il en fut extrêmement diercha quelqu'un qui pût aller secrètement à Galère, savoir des non- « Borar, reconnaîtra son corps parmi les cadavres, si elle était morte; >à on l'avait emmenée, si elle était captive. Un jeune More, qui vonau«Mre de Malech, et qui servait sa soeur depuis lon^-temps, s'ofi&H issage, promit de savoir de ses nouvelles, et, si elle était prisonnière, mter à don Joan» de la racheter, et d'aller s'établir avec elle à Hues- (oicis.
dessein, le More prit congé de Malech, monta sur un beau cheval et nnin de Galère. Arrivé à Orca, il trouva la ville déserte; néanmoins . 8<m cheval dans une maison qu'il connaissait, et entra dans Galère de la nuit, par un temps pluvieux. Il fut consterné de retrouver cette Térente de ce qu'elle était ; il vit avec épouvante les rues pleines de contre lesquels il trébuchait à chaque pas, et ne pouvant pas mêmt litre dans ces rues, à cause des traverses dont on les avait coupées, jé d'attendre le jour pour retrouver la maison où logeait sa dame, la Gonn&t bien. Il passa ainsi la nuit debout appuyé contre un remt.
r de l'aurore, le brave More monta dans un lieu d'où il pouvait aperiamp de don Juan , fut émerveillé de sa grandeur, et revint en hâte dson de sa dame. En entrant dans la cour, il y vit plusieurs hommes pins loin plusieurs femmes égorgées, parmi lesquelles se trouvait sa léha. Il la reconnut bien. Quoiqu'elle fût morte depuis trois jours, nssi belle que si elle eût été encore vivante; seulement elle était trop I cause de la perte de son sang. Elle était en chemise, les chrétiens pouillée de ses autres vètemens ; et cela indiquait encore quelques d'honnêteté dans le soldat qui l'avait tuée, puisque cette chemise I et brodée en soie verte, suivant la coutume des Morisques. de la prise de la ville, on avait sonné la Retraite à la nuit tombante, , la pluie avait été si violente, que les chrétiens n'avaient pu revenilr lace pour en abattre les fortifications , comme l'avait ordonné don tait pour cela que le corps de Maléha se trouvait encore revêtu de it Qsanglantée. Elle avait reçu deux blessures, toutes les deux à la poi* B^était on spectacle digne de grande compassion de voir une tellt itée avec tant de barbarie.
I lo More eut reconnu sa dame, il la prit dans ses bras, et, pleurant à innée, il lui disait mille choses tendres et plaintivoi, couvrait sa boaehê de baisers, s'écriant icMon bienl espérancede mon amour I t'ai-|edone t anspoorii'obtenirQlIlifMftiirdalaqiMUel' anniifdi ina^laAdi^^
3ar «f joDf.
> «h janrlér de l'année UNI
SIft AIMER APRES LA MORT.
gloire, que lorsque tes lèvres glacéc«; m'apprennent que la mort a triompy ^ tes attraits l Cruel chrétien l comment as-tu pu avoir le détestable conngB «Tôter du monde une telle perfection ? N'as-tu jamais été amoureux? Ne st« Tais-tu pas ce qu'était une belle femme ? Si jamais tu as été épris, ne te sonre* nais-tu pas que tu avais aimé, et que ta dame, que tu trouvais belle, avait sans doute quelque trait de celle-là ? Son regard seul ne suffisait-il pas pour tnéter ta main furieuse? Si quelque More t'avait blessé dans un combat, c'était sur vn More que tu devais te venger et non pas sur un ange I Groyais-ta en It frappant vaincre un ennemi ? croyais-tu augmenter la gloire de ton général en versant le sang d'une beauté telle que n'en avait jaitiais vu le Toyaome de Grenade ! Tu as mal fait, chrétien 1 tu as donné la mort à celle qui me donnait
chercherai et que je payerai le prix que ton lâche forfait a mérité 1 »
Après avoir donné un libre cours à sa douleur, après avoir mille fois embrassé sa maîtresse morte , il résolut d'attendre la nuit afin d'enlever sol corps et de le porter jusqu'au vallon de l'Alroanzore ; mais voyant l'impossibilité d'exécuter ce projet, il se résolut à ensevelir sa malheureuse amante, et ayant trouvé une pioche, il creusa une fosse au pied d'un mur et l'y enterra. Ensuite il prit un charbon et écrivit sur le mur, en langue arabe, l'inscriptioa suivante : « Gi-gtt la belle Maléha, sœur de Malech. Moi, Tuzanî, je l'ai ensevelie parce qu'elle était ma dame et ma déesse. Un chien de chrétiari égorgée, mais je le chercherai, je le trouverai, et il mourra de ma main.»
Tuzani put s'en retourner sans être vu... De retour à Purchena, il raconta à Malech quel avait été le massacre de femmes et d'enfans, et comment u avait vu Maléha morte. Malech en fut au désespoir...
Tuzani était de Candie. Il était vaillant et avait beaucoup d'esprit. Ayantéte ^^ élevé dès son enfance chez de vieux chrétiens, il parlait si bien la langue cas- '\ tillane, que personne ne pouvait le prendre pour un Morisque..* Déterminé a ^ venger la mort de sa dame, il quitte le vallon de l'Almanzore en habit de sol- ^ dat chrétien, sa bonne épée à son côté, et sur l'épaule une arquebuse à roueti ^ dont il avait appris le maniement à Valence. U se rendit à Buza, et de U >a ^ camp de don Juan, où il s'engagea dans le tcrce deNaples ^ ii
Tuzani, qui était en qualité de soldat dans l'armée de don Juan, conservait . toujours dans sa mémoire le souvenir de la mort delà belle Maléha. Le po^ trait de sa dame ne quittait jamais son sein, et il ne cessait dépenser à si vengeance. Pour parvenir & découvrir le chrétien qui avait tué Maléha, il ^ mêlait parmi les soldats, et lorsqu'il en voyait quelques-uns réunis, il se joignait à eux et commençait bientôt à mettre la conversation sur le sac de Galère. « Certes , camarades , disait-il , il n'y eut jamais d'action plus brillante ni un tel massacre de Mores. Pour ma part, je puis bien avouer que j'ai toé au moins quarante femmes et des plus belles, sans compter les hommes et les enfans. » Là-dessus, les soldats s'empressaient, selon leur habitude, de raooiH ter à l'envi leurs prouesses, de dire tont ce qu'ils avaient pillé et brftléi combien ils avaient égorgé de monde. Un jour, comme il était sur ce propos, un soldat lui répondit : « Il faut que vous ayez un cœur de fer si vous aves /ait tout ce que vous dites ; car, après tout, c'est un spectacle déplorable que Ja mortd'uDefemmet surtout âe\\eesl\ie\\e.Vo\it^\)LO\^\)LtiL\x cft&xcAUveu^reuses créatures des fautes que font les lioinmes*i QwmA V mov, V x^ «v vv\.w^^'iqb>^
eifflnai en des regrets îusqa'à l'àme, surtout après sa mort, lorsque d'antres femmes que j'avais épargnées m'eurent appris qu'elle était la sœur du capitaiiM Haledi. Et en effet il se Toyait bien que c'était une femme de condition, à ses habits, à ses bracelets, à ses pendans d'oreilles, que je lui enlefti aprè« sa mort. Je lui laissai seulement sa chemise, quoique non moins riche, afin qu'elle ne demeurât point toute nue. Elle était brodée de soie rerte. P'autraa soldats Toulurent la lui enlever, mais je les en empêchai. Le regret que j'eus de l'avoir tuée fut fort grand, parce que c'était l'une des plus belles icmmes qu'il j eût au monde. Tous ceux qui la voyaient me chargeaient de malédictions, disant : « Malheur au vilain, à l'indigne soldat qui peut 6ter dn inonde une telle beauté ! » C'était au point que des soldats, et même des ca» litaines, venaient l'admirer, et l'un disait : J'en aurais bien donné dnq cents iieats ; l'autre : Si jeravab rencontrée, je l'aurais offerte an roi ; lui seul est HgBe d'un tel présent. Et véritablement, camarade, à la voir morte, couchée larterre, avnu cette chemise brodée, avec ces cheveux blonds comme des fils d'or fars sur toa sein, elle semblait un ange. Un fameux peintre qui est ici à 'armée, dani la compagnie du capitaine Bertrand de la Peéa, lequel lut tué . ce nême assaut, passa un jour entier à faire son portrait, et U est d'une esMDblance qui étonne. On lui en a offert Jusqu'à trots cents ducats ; il ne 'en est pas plus soucié que de trois cents maravédis... J'ai toujours snr la SMur le souvenir de cette pauvre infortunée.»
Tozanî avait été fort attentif au rédt du chrétien ; il reconnut que c'était Ini [■i avait tné sa dame, et toutes les paroles par lesquelles le soldat avait vanté ss appas de sa victime étaient autant de poignards aigus qu'il enfonçait dans e eour dn More. Celui-ci disait en lui-même : Traître, tu payeras cette mort, tu je ne serais pas Tuzani. Enfin il fut tellement ému qu'à mesure que l'autn karlait U pâlissait, au point f{wà les autres soldato s'en aperçurent et l'a- Mrtirent. Il revint à lui et demanda au soldat s'il avait conservé quelque Aose des dépouilles de la Morisque : « Il ne m'en reste rien, répondit celui-ci, IBS les pendans d'oreilles et une bague ; j'ai vendu le reste à Baza ; et si je liWfais aujourd'hui qui voulût m'acheter ces bijoux, je m'en déferais volontiers pour essayer si j'aurais la main heureuse au jeu. — Je les achèterai, dit tesani, et si nous tommes d'accord je les porterai à Vêles le Blanc, pour les noolrer à une de ses sœurs, qui est esclave dn marquis. — Vous o'avex qu'à lair à ma baraque voir s'ils vous conriennent. — ^Volontiers, partons. »
Ib se rendirent ensemble au campement du soldat, qui tira de son sac deux imdsns d'oreilles et une bague que Tuzani reconnut à l'instant pour les avoir les cent fois à sa dame ; il ne put s'empêcher de soupirer douloureusement, et hi hrmes lui vinrent aux yeux. Il se contint cependant. Ayant acheté les Ifoox, et les ayant serrés dans son sein, il proposa au soldat d'aller se pro- ■■er avec lui dans les enrirons d'Andarax. Lorsqu'ils furent un peu éloignés èi village, Tuzani demanda au soldat : « Si je vous montrais le portrait de «tte Morisque que vous avez tuée, le reconnaltriez-vous?— A l'instant même, lipendit le soldat ; elle ne sort pas de ma mémoire ; il me semble qu'il n'y a m une heure que je l'ai tuée. » Tuzani tira alors de sa poche un portrait en U disant : « £toit-ce par hasard celle-là ?» Le soldat la reconnut aussitôt ; * dit : « GTast elle-même, je suis émerveillé de la voir. » Le More s'écria dm : « Dis-moi, homme sans honneur, soldat infâme, ^^ouxi^m\ ^jn^^uAia. twpftf f Apprends qu'elle était tout mon bien, que \e àevâàa vC^oaôx 'k «à&ft«
êoa trime a détruit toutes mes espérances de VwiùieuT.'W^^vV \^^ V^*^
Yeoge l'épée à la main. DéfendB^i; noas verrons si ta me taeras comme tu as tué mon 4po«M ; noua fomuifl i& ta et habOe à toer les amans. »
A ces BiolB 11 légdna son épëa «t attaqua la soldatavae violanoe. Gelm-ô, «laoiqm Hooiié, ne perdit pas ooonge ; il se montra biaTB«omme un lion, et. chargeanlàiooloiirTaaiii,ib combattirent yaillamment d'estoc et de taille. Mais le Mon était trts adroit sur l'escrime, et il blessa grièvement son adversaire w \m ditut : « Reçois le prix de ta barbarie: c'est la belle Maléba qui f envoie la mUC» Mit a'éloignant sans retard, il se retira dans lamonta^oefd'oàiliMteÉbaqBe le»oiràAndarax.....
Tuzani ïïftM êH tnM et livré à don Juan, demanda à ce prince pourquoi il le faisait aniter. Bientftt, voyant qu'il était découvert , il ne voulut rien nier. « Je fois, dit-il, de Finis, village entre Gantoria et Purdiena. Je suis cavalier mon^ et mon nom est Tuzani... J*ai pris cet liabit pour tuer un misérable lequel, dans rassaot de Galère, égorgea mon amante, qoiéfcait la plus belle personne dn monde, tandis qu'il la pouvait fiire prisonnière. Je jurai de le chercher et de lui donner la mort. Je l'ai dierdié et fè l'ai tué, il y a deux {onrs. Telle est la vérité. Qoa YoCre altease fsMt de mot œ qu'il lui plaira. 8i (e OMara, Je serai content, parce qoe f ai vengé ma; dame, ce qd était mon wenà. désir. J'espère de la bonté de Dieu que fe la verrai après ma moTt,etqa'elleB'aorapoà se plaindra ^pe je Taie laissée sans vengeance. Je mourrai duélkn; et je sais qa'elle était dirétienne également; car nous étions d'accord que je l'enlèverais pour aller nous marier à Marâe, o& nous aurions attendu la fin de la guerre; et c^est pour cela qu'elle avait demandé à son frère de l'envtyyer à Cialère, sous prétexte de voir ses parentes. Le sort n'a pas voulu qu'il en fftt ainsi. Galère s'est soulevée; elle a été prise dTassant, ma dame a été tuée; {d'y ai trouvée morte ; Je l'ai ensevelie avec larmes ; sur son tombeau j'ai écrit son amour et ma douleur ; f ai juré de la voager, je l'ai vengée. M ainten a nt ta me fais arrêter : je mourrai content si je meurs par les ordres d'un prince aussi illustre. J'ai seulement è t^adresser une prière : garde le portrait de ma dame, afin qu'il ne tombe pas dans les mains de quelque misérable qui fàt indigne de le toucher. Prends aussi ces trois bijoux ; ils paraissent de peu de valeur, mais ils lui ont appartenu, ils n'ont point de prix. » Ayant ainsi parlé sans changer de visage, il fléchit le genou et offirit au prince le portrait et les bijoux de Maléha.
Le prince, charmé de la valeur de Tuzani, du sang-froid avec lequel il avait raconté son histoire, et compatissant è sa mauvaise fortune , s'approcha, prit le vélin et les joyaux : en les remettant, Tuzani poussa un profond soupir, comme si en donnant ses gages il eAt donné sa maîtresse elle-même, et son coBur avec elle. Don Juan regarda le portrait et fut émerveillé de la beauté de la Morisque, ainsi que les autres cavaliers, qui dirent tous devant le priiicr qnn Tuzani avait agi en brave soldat et en bon cavalier en vengeant la mort d*uiic si belle dame.
Don Lope, considérant la valeur de ce soldat, se levit, et après deux ou trois juremens, il dit au prince : « Le soldat s'est bien justifié, il n'y a pas de quoi le faire mourir, et si votre altesse le laisse libre et lui rend ses armes, je la prie de me le donner pour ma compagnie, car je jure Dieu que si quelqu'un me tuait ma maîtresse, je le tuerais et lui et tous ceux de son lignage. » l» prince, pour satisfaire don Lope et tons les antres chefis, ordonna de d^vrer §9 Mon et de lui rendre ses armes.
<f Al/er. mon mmi. lui dit diwi l.imA- i>W«t \ ttA «mfl>a!Bsaft\ \'<ime è Y voir
de téb foIdalB. El pour qnt yocu me serriez plus TolontieTS, je garde yotre portrait, je yeox dire celui de fotre daine, et je le ferai encadrer pohr qttil ne se gâte pas. » Tozani Ini répondit : « Je sais Men» Mars de notre âge, que ta sens désormais le maître de ma fortune, bonne on mauraise; mais il me semble (joe je perds ma dame une seconde fois. Je te servirai en bon et loj&l soldat, si la perte de cette peinture ne précipite pas ma mort. » Don Lope, qû savait ce que e^est que d'avoir une folie en tète, craignit que la perte de ce portrait ne causât à ce soldat une mélanooUe funeste. « Tenez , dit-il à Tnani, gardes yotre coniBolation et restez près de moi : je suis sûr d'avoir ea votas un TaiUaiit and. »
Oepids lors Tbzani ^rit le nom de Femand de Figueroa, et Ae quitta plus dooLope t il était acree lui à la bataille de Lépante et à l'assaut de Maeâtridit, etc., etc.
Noos laissons au lecteur à juger de la fidélité avec laquelle Galderon a soin l'histoire, soit pour le fait général de l'insurrection, soit pour l'aventure de Tuzani. Une seule observation.
Pour les anachronismes que présente cette pièce, il en est quelques-uns, et ee ne mai pas les moins considérables, que je croirais volontiers le résultat d'ut calcul. Ainsi, par exemple, il y est question à plusieurs reprises de la TÎctoire de Lépante ; or Galderon, qui avait étudié à fond cette époque, ne pouvait pas ignorer que la bataille de Lépante ne fut livrée que dans l'année f[à suivit l'entière pacification de rAlpujarra. Pourquoi donc aurait-il prémédité une errrarde ce genre? Ne seraiinee pas qu'en donnant une si grande {^oîra au chef de l'armée espagnole, il voulait faire entrevoir aux spectateurs llasoe probable de la guerre, la défaite et la soumission des Morisques?
Du point de vue de l'art, ce drame, d'ailleurs plein d'intérêt, est loin,'* tàsn nous, d'être irréprochable. Il y a plusieurs caractères esquissés beaueonp trop l^rem«it; les sentimens et le langage y manquent souvent do Térilé; enfin, malgré quelques détails assez plaisans, nous n'aimons pas' beaneoup ce rftled'Aleouzcouz, dont le comique consiste dans un jargon d'une fjmtaxe bizarre, et dans des mots estropiés ou mal prononcés.
Malgré ces défauts , Amar despue» de la muerte n'en est pas moins une ttavre d'up rare mérite. Quelques-uns des caractères principaux sont admirablement tracés. Tuzani, plein de grandeur, de passion et de noblesse, est bien l'homme qui dut rester fidèle à l'objet aimé après l'avoir perdu. Garoès représente- le soldat de ces temps-là, joueur, pillard, féroce , mais d'une bnivonre à l'épreuve , et susceptible de quelques sentimens élevés. Enfin le lecteur retrouvera sans doute avec plaisir dans ce drame la figure originale de Lope de Figueroa, avec laquelle il a déjà probablement fait connaissance '• On remarquera aussi dans ce drame quelques scènes qui sont vraiment fort belles : celle où le vieux Malec vient demander vengeance aux Morisques; odle de l'Âlliambra, où le corrégidor se met du parti de Mendoce contre Tozani et don Femand; enfin la scène de la prison entre Tuzani et Garoès, a bien conduite et si remplie de terreur. Des conceptions de cette portée ne se trwf«nt que dans lea ouvrages des grands maîtres.
Hais ee qoi.ast plus beau encore que toutes ces belles choses, e^est la géBérosité avec laqoéUe Galderon. malgré son ardent patriotisme, fait porter sur les Mores IHntérêt de son drame. Et l'aîootani V Ob -%tn^^ ^i^\ia
' TayeMtomel, FAkadê d» Zalaméa.
«liras drtmatifltes espagnols, lorsqu'ils ont traité des sujets analogues, n'ont pas été moins généreux. Et cela , à mon avis, n'honore pas seulement le caract^ de ces poêles, mais le caractère national des Espagnols.
Awuir dêtpueê âê la mvêrte a été imité en français, il y a quelques années, atec beaucoup de succès, par un Espagnol réfugié, H. llartinez de la Rosa, sous le titre d'Abin-'Uumiya.
Amar àuffên de la muêrle fut traduit et publié pour la première foisibns la collection des Théâtrei étrangerg^ par un littérateur fort distingué, M. la Beaumelle. Quoique M. la Beaumelle ne nous semble pas avoir toujours bien saisi le vrai sens de l'original, sa traduction nous a été utile ; nous aimons & le déclarer publiquement, et pour la perfection du travail que nous aTOOS ootrepris, nous regrettons que M. la Beaumelle n'ait pas publié avant nous la traduction d'un plus grand nombre de pièces espagnoles.