‹ Théâtre de CalderonChapitre 66 sur 96 · SCÈNE n · texte numérisé non relu

SCÈNE n

Une chambre dans la maifon de Malee.

Entrent DOfik CLARA ei BÉATRIX.

CLARA

Laisso»moi, Béatrix, laisse-moi pleurer, et au milieu de tant de peines et d'ennuis, que du moins mon infortune se soulage un peu par des larmes. Puisque je ne puis me venger de celui qui vient d'enlever à ma famille son antique honneur, laisse-moi gémir sur l'affront qui est à l'avenir mon seul héritage; et s'il ne m'est pas permis de tuer, que du moins il me soit permis de mourir... Misérables femmes que nous sommes! combien la nature s'est montrée cruelle envers nousl Les plus grands dons qu'elle nous accorde, c'est l'esprit, c'est la beauté; et ces dons qui souvent ont mis en danger notre honneur ne l'ont jamais protégé l Nous sommes exposées tous les jours à compromettre la gloire d'un père, d'un époux, et jamais nous n^avons pu la rétablir 1... Que ne suis-je née homme! Aujourd'hui Grenade aurait vu si ce Mendoce, qui n'a pas craint de

' FÉmboam de Oraoade.

traiter un yieillard aree tant d'orgueil et d'insolence, était aufti hardi devant un jeune homme. Je ne renonce pas eq>endant à me Tenger ; et sans doute celui qui a été asseï lâche pour outrager un yieillard ne refusera point une juste réparation à une feniBte... Mais, hélas 1 que dis-je? la yengeance n'appartient point à ce faible bras; et pour comble de douleur, je songe que j'ai perdu en ee jour et mon père et mon époux; car désormais don Alyar Tuzani ne peut plus Touloir d'une femme qui porte un nom déshonoré»

Entre DON ALYAR.

DON ALYAR.

Hélas 1 belle Clara, n'est-il point d'un mauTaii augure que j'aie entendu mon nom sortir de votre bouche? Vous n'êtes aujourd'hui occupée que de tos chagrins. Or, puisque tous penseï à moi, c'est que moi aussi je dois être pour tous un sc^et de peines -

CLAHA.

Mon âme, je l'avoue, est pleine d'ennuis, et vous n'êtes pas, don Alvar, ce qui m'afQige le moins. Le destin me sépare de vous à jamais. Mon amour même le veut ainsi. Je ne puis oonaentfr à ce que vous deveniez l'époux d'une femme dont le père a perdu l'honneur.

DOPr ALVAR.

Clara, je ne vous rappellerai point en ce moment avee quel respect, avecquéUe Vénération je vous ai toujours -afanée^ ^ei combien j'étais heureui de cet amour; mais je dois me disculper d'avoir paru devant vouï avant de vous avoir vengée; je dois vtfQf dire que ce retard c'est à cause de vous, de vous seule, qhè je l'ai imposé à mon courage. Ce n'est pas avec une femme , je le sais, qu'il faut parler des lois du point d'honneur ; et je ne chercherai pas non plus à vous consoler en vous disant de sécher vos pleurs, parce que, entre hommes désarmés et 'dans une salle de conseil, il ne peut exister ni offense ni insulte. Mais je dois vous dire, pour me justifier, que si je n'ai pas encore vengé votre père en perçant le sein de Mendoce, c'est qu'il n'y a de complète satisfaction pour un offensé que celle qu'il obtient par lui-même, ou par la main d'un frète plus jeune que lui, ou par la main d'un fils. C'est pourquoi^ afin tto pouvoir venger votre père, je viens lui demander votre main ; car alors je serai son fils, et alors j'aurai le droit de laver son injure dans le sang de l'offenseur. YoiÛi, belle Clara, le motif qui m*amène; Si jusqu'à orésent je n'ai pas exprimé mes vœux, c'est qtie mon peti de fortune me commandait le silence. Mais aujourd'hui, après ce qui s'est passé, je parlerai ; je lui demanderai en dot Mm offense, et j'ai l'espoir qu'il ne repoussera pas ma prière.

CLARA

Moi non plus, don AWar, je ne vous rappellerai pas en ce moment

et la liocérité de mon amour et la constance de ma fol. 'Je tiè vous

dirai pas que je succombe aujourd'liuv sou% Vq i^qâ^a ^>«k^ ^tsviïil^

offense. Non, Je tous aime; Je vous aime avec un déTouement absolu; TOUS êtes la vie de mon àme el Tàme de ma yie... Mais ce ^e je dois tous dire, malgré le trouble où je suis, c'est que celle «qui eût été hier rotre esclave ne sera pas aujourd'hui votre épouse. M hier vous n'osiez pas aspirer à ma main, et si cette hardiesse ne rous est venue qu'aujourd'hui; moi, de mon côté, je dois, dans rotre intérêt, aujoord'hni, vous refuser. Riche et honorée, je ne me croyais pas digne de Vous ; je ne me flattais d'un tel bonheur que parce que je le souhaitais. Comment pourrais-Je maintenant vous entraîner dans ma disgrâce? et ne dirait-on pas dans le monde que pour obtenir ma main vous avez attendu que Je fusse déshonorée?

DON ALTAA.

Je le veux pour vous venger.

CLAEA.

Je TOUS aime trop pour l'accepter.

DON ÀLf AR.

N'est-ce pas vous prouver ma tendresse?

CLARA

N'est-ce pas vous montrer mon dévouement?

DON ÂLTAR.

Yoos ne pourrez vous y refuser.

CLAHA-

Je pourrai me donner la mort.

DON ALTAR

Je dind à don Juan que nous nous aimons.

CLARA

!• lui dfrti que vous êtes dans l'erreur.

DON ALVAR

Quoi I e'est là TOtre constance ?

CLARA

Ainsi le Tout i'bonneur.

DON ALVAR

Vous TtBtiei votre amour pour moi !

CLARA

▲ présent je vous le prouve, et je jure, devant le ciel qui m'entend, je Jure que jamais, non jamais, je ne donnerai à un homme le nom d'époux tant que mon honneur ne sera point rétabli dans son premier éclat.

DON ALVAR

Eh! qu'importe» Clara, si mon épée...

B^TRIX.

Yoicl mon maître» Il monte dans cet appartement avec d'autres

CtuliOTS»

CLARA

CÊpb0/hfmUfAlm, dans cette pièce.

DON ALVÀR.

Hélas I

CLARA

Destin cruel 1

Don Alvar le oaebe.

Entrent DON JDAN MALEG, DON ALONZO DE ZUfïIGA, LE GORRB^^ GIDOR, DON PERNAND DE VALOfi, et «'autres cayaUers.

MALBC.

Clara?

CLARA

Seigneur?

MALEC.

Ahl ma fille, dans quel chagrin je te revois 1 Entre an momeot dans cet appartement.

CLARA

Qn'est-ce donc?

MALBC.

De là tu pourras tout entendre.

Claraiort. LB CORRéGIDOR.

Don Juan de Mendoce est déjà renfermé dans l'Alhambra. Vous voudrez donc bien, jusqu'à ce que cette af&ire soit arrangée, demeurer prisonnier chez vous.

KALEC.

J'accepte volontiers cette prison, et m'engage à n'en point sortir.

DON FERNAND

Vous n'y resterez pas long-temps. Comme les affaires d'honneur ne sont point du ressort de la justice, le seigneur corrégidor m'a permis de tenter un accommodement, et j'espère y réussir.

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