‹ Théâtre de CalderonChapitre 67 sur 96 · LE CORRÉGIDOR · texte numérisé non relu

LE CORRÉGIDOR

Seigneur don Fernand, un mot sufGt pour arranger cette affaire : c'est qu'il n'y a point d'offense possible dans le palais du roi, pas plus que dans une salle de justice. Cela est reconnu, et cette considération doit tout terminer.

DON ALVAR, boSy à Clara.

Vous entendez ?

CLARA

Oui.

DON FERNAND

Voici un moyen que j'imagine et qui me semble préférable à tout autre. Veuillez m'écouter.

iiALEC, à part.

Pauvre honneur que celui qui a besoin de tels remèdes I

DON FERNAND

Don Juaa de Mendoce, cavalier aussi noble que vaillant, n'est poiut encore marié. Don Juan ÎHaVec, ^a^iiaX^a ^«vwi» ^\>s^^ wc2«k

le sang des rois de Grenade, a une fille non moins célèbre par son esprit que par sa beauté. Si don Juan Malec veut une satisfaction, (lersonne, tous le savez, ue peut prendre eu main sa vengeance que celui qui sera son geodre. Si donc Mendoce épousait dona Clara...

DON ALYAR, à pOTi*

Ciel I qu'en tends-je?

DON FBRPTAND.

Tout serait ainsi arrangé; car vous, don Juan, ne pouvant vous venger par vous-même, et celui qui vous a outragé entrant en par- ^ge de votre offense en devenant votre fils, il n'existe plus dès lors penoone à qui vous puissiez demander satisfaction. En même temps Mendoce sera satisfait, parce que nul ne peut se venger.de lui-même ^ te donner la mort. Ainsi ae trouvera rétabli l'honneur de tous deux.

DON ALYAR, b(u, à Clara, ie vais répondre.

CLARA

Au nom du del, restez là ; voua me perdriez 1

LB GORRÉGIDOR.

Cet arrangement me parait contenir à tous deux.

MALEC

Je erains encore on obttacle. J'Ignore les sentimens de Clara.

CLARA, à part.

Le del vient remettre en mes mains la vengeance.

IIALBC.

Je ne saia si ma fille voudra accepter pour époux un homme contre lequel elle a tant de motifs de haine.

Entre DONA CLARA.

CLARA

Oui, mon père, je l'accepterai. Il importe peu que je vive dans la tristesse, pourvu que vous ne viviez pas dans le déshonneur. Si j'eusse été votre fils, j'aurais su, n'écoutant que le ressentiment ie plus légitime, tuer ou mourir; étant votre fille, je dois satisfaire à mes obligations par le seul moyen qui soit en mon pouvoir. C'est pourquoi j'accorde ma main à Mendoce; et ainsi, mon père, je sauve votre réputation, et l'on dira que si je n'ai pu vous venger en tuant votre offenseur, j'ai rempli mon devoir en donnant pour vous ma vie.

LE COHRÉGIDOR.

Bans cette manière de raisonner l'on reconnaît votre esprit

DON FERNAND

Je ne doute point du succès. Écrivons ce qui a été convenu ici, et je le porterai à Mendoce.

LE CORRÉCilDOR.

Vous et moi noua l'accompagnerons.

MALflc, à part.

Pendant ce temps nous pourrons préparer T-insurreetion.

DON FBHNAIfn.

Grâces à mes soins, j'espère» tout cela finirt bien.

Tou Mrtenl, à rexoepUon de dona Clara.

CLARA

Maintenant qu'ils se sont retirés pour écrire dans la pièce voisici^» TOUS pouvez sortir, don Alvar.

Bnire DON ALVAR.

Oui, certes; je sortirai, et iK>ur ne revoir jamais une âme iius^i inconstante unie à un cœur si généreui. Ah 1 si je ne me suis^oint montré tout-i-coup, lorsque vous me frappiez d'un coup mortel t c^ n'a pas été par égard, ce n'a pas été par contrainte... c'est que je n'ai pas voulu qu'une femme comme vous...

Ahl don Alvar, quel langage!

DON ALTAR

Non, je n'ai pas voulu qu'on pût dire que moi j'avais aimé une femme qui, au mépris de ses sermens, offrait sa main à un homme dans le moment même où elle en avait un autre enfermé dans sa chambre.

CLARA

Modérez-vous, Alvar; vous vous abusez. Bientôt je vous donnerai satisfaction.

DON ALVAR

11 n'en est point pour de pareilles offenses.

CLARA*

Ne le croyez pas.

DOlf ALVAR.

Comment 1 n'ai-je pas entendu que vous étiez prête à épouser Mendoce ?

CLARA

En eifet, je l'ai dit; mais vous ne savez pas dans quel dessein.

DON ALVAR

Ce ne pouvait être que pour mon malheur. Cherchez maintenant à vous justifier. Mendoce a ôté l'honneur à votre père, et par lui vous me tuez.

CLARA

Le temps, Alvar, le temps prouvera ma constance. L'avenir montrera que vous seul avez manqué à la foi jurée.

DON ALVAR

Voilà bien de l'audace l... Quoil n'avez-vous pas accordé votre OÊàm à Mendoce?

JOURNÉE I, STJÈNE UL 231

CLARA

IKHf ALYAR.

D&ns un moment ne fera-t41 pas yotre époux ?

DOM ALTAE.

Hais quel moyoït...

^e m'interrogez pas.

DON ALYAR.

Ob homme à qni tous aceordez votre main oe sera pas votre

GLAaA.

St 11 je ne loi donne ma main que pour le frapper ! ... Êtes-vous satisfait à présent?

DON ALYAR.

IVon! ear, Toyez-Tous, grand Dieu ! mov^^r dans vos bras serait le sort le plus iMurenx, un sort préférable a la plus belle vie!... car, dôna Clara, vos bras sont si beaux 1 Mais il n'aura pas un tel bonbeur : c'est moi qni le tuerai.

6^ là Totre tmôurt

DON ALTAR

CesiBumiMnneurI

CLARA

Cest là votre tendresse?

DON ALYAR.

C'est ma jalousie 1

CLARA

Bntmidez-Ydtis? lea Yoilà qui sortent.— iVlil que ne puis-je vous retenir près de moi 1

DON ALVAR

Ah ! vous n'aurez point de peine à réussir.

Ilfiortent. ■

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