‹ Théâtre de CalderonChapitre 76 sur 96 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

l*inl^riear de la Tille.

Eotre DON ALYAR.

DON ALYAR.

i (rufers c^ montagnes de flammes, à travers ces ruisseaux de

Mog, et foulant aux pieds le^ cadavres de mes frères, j'ai été en-

^foé par mon amour jusqu'à la maison de Maléca, maintenant

^te rSfagée par le fer et le feu. épouse chérie ! qu'es- tu de-

teooe? Jo tremble... Je suis arrivé trop tard... je n'aperçois

perM^nne,

MAL^CA, du dehors,

HiSiul

DON ALVAR

Cette voi^ lamentable que les vents m'apportent, ces cris dou-

Jenreux étouffés par la faiblesse, frappent mon cœur d'une émotion

inconnue... Que vois-je? A la lueur sinistre de ces feuxexpirans

j'aperçois une femme dont le sang paraît éteindre le funèbre in-

* eendie. C'est Malécal... Ciel puissant!... sauvez-la ou tuez-moi.

n sort, et rentre en portant MALÉG A, à demi nie «t «ttao^lhaiée.

MALÉCA.

Soldat espagnol, qui n'as su être ni cruel ni pitoyable, ptiisque tu m'as blessée sans daigner terminer mes soufl'rances, frappe-moi encore une fois; je souffirirai moins par cette cniAuté que pAr ta pitié imparfoite.

DON ALVAR

Divinité infortunée, — car il est des divinités à qui le bonheur fot refusé sur la terre, — celui qui te tient entre ses bras ne veut pas te tuer. Non, non ! je voudrais plutôt donner ma vie pour te sauver.

HA LKCt A •

Oui, à ces mots, à ce langage, oui, je reconnais que tu es de sang africain. Eh bien ! si mon sexe, si mon malheur me donnent quelque droit à ta pitié, accorde-moi une grâce. — À Gabia réside, en qualité de gouverneur, mon époux Tuzani ; va , va sur-le-champ le trouver; porte-lui, en mon nom, un dernier embrassement; dis-lui que sa fidèle épouse, frappée par le fer d'un Espagnol qui a préféré à l'honneur les bijoux et les diamans, gtt morte à Galère, baignée dans son sang.

DO?l ALVAR.

Maléca, ee dernier embrassement je n'ai pas besoin de le porter ji ton époux... c'est lui-même qui le reçoit, —Iwl-mi^m^ <^ tA U tWÊid Mvee daulewr. Hélas l mon déiéntlx iM^iHLÛraràX'^«&.

MALéCA.

mon bien! ta Toix retient mon dernier foapir, ta voix té" pand sur met derniers instans un encliantement plein de douceur. Laisse, laisse-moi t'onbrasser encore, et que j'expire dus tes bras.

DON ALYAR.

Ciel puissant, elle meurt, et moi je vis t.. . Ah! pourquoi dilHrt que Tamour fait de deux âmes une seule âme, de deux existeneei une eiistence unique f Oh ! s'il en était ainsi , 6 charme de noii cœur t tu TÎvrais comme moi, ou je serais mort ayec toi!... Ciciu qui Toyez mes peines, forêts qui retentissez de met plaintes, astni qui éclairez mes tourmens, vous avez donc permis que la plus ImIIs lumière s'éteigntt, que la plus belle fleur se flétrit, que li plts àouce haleine s'arrêtât I... Que ceux qui connaissent l'amour Toicit en moi le comble de l'infortune. Je venais joindre mon épouse, eetle nuit même devaient se réaliser les espérances qui depuis tant d'années flattaient mon amour ; je viens, j'accours, et je la trouve bugnée dans son sang!... Le lit nuptial que j'attendait s'est changé et un sombre tombeau, et dans cette couche funèbre je trouve vb triste cadavre!... Dans cette horrible situation, je ne demande li consolations ni conseils ; je ne v^ux, pour m'inspirer, que mon dés- , espoir. — montagne de l'AIpujarra, vil théâtre de l'exploit leplQ> lâche, de la victoire la plus honteuse, de la gloire la plus infàmel'» plût au ciel que jamais tes sommets, que jamais tes vallées n'eussent vu sur leurs rochers, n'eussent vu sur leurs rivages cette

neauté infortunée I Mais que sert de me plaindre? le vent qui

passe emporte au lom mes plaintes inutiles.

Entrent DON FERNAND DE VALOR, DOJSfA ISABELLE et des MorisqoN.

DON FERNAND

Vainement let flammes de Galère auront appelé notre secours: nous arrivons trop tard.

UDORA.

Déjà ses rues et ses places ne sont, plus qu'un monceau de

cendr^'S.

DON ALVAR

Hélas ! ne vous étonnez pas de vos retardemens; moi-même je suis renu trop lard.

DON 7ERNAND.

Je ne tait quel triste présage...

UDORA.

Yoyex cet objet déplorable...

DON FBRNAND.

Giéll qu'ett-ee donc?

' Cm la peine la plut vWe, la douVeut \a \kVsi& «m^sc^VVfiliMtaiiia

JOURNÉE m, SCÈNE IV. 265

la plus cruelle. Voir périr l'objet aimé, — le voir périr d'une mon aussi affreuse, c'est le plus grand des malheurs. — .Maléca, mon épouse,—- hélas ! impitoyable sorti —est là, pâle, sanglante sous vos yeux ; une main sans pitié a percé son noble cœur I — Vous êtes tous témoins, roi, et tous, mes amis, mes frères, du plus horrible sacrilège, du plus détestable forfait qu'un lâche ait pu commettre. Eh bien! soyez aussi témoins, vous tous qui m'entendez, du serment que je fais d'en tirer la vengeance la plus terrible dont les annales de l'amour aient conservé la mémoire. Oui, je le jure de- Tant cette beauté, je vengerai sa mort. Et puisque les Espagnols se retirent après cette glorieuse victoire, puisque l'on n'entend plus même dans le lointain le bruit de leurs tambours, toujours prompts à sonner la retraite, — moi je les suivrai; je les suivrai jusqu'à ce que parmi tous ces soldats j'aie trouvé le barbare assa<<sin, et que j'aie Tengé sur lui, non pas la mort de celle que j'aimais, — je ne pourrais jamais la venger, — mais le plus affreux des crimes; et .alors le ciel qui a permis ce crime, le destin qui l'a voulu, la terre qui en a. été le théâtre, oui, l'univers entier saura ce que c'est qu'un descendant des Arabes ; il saura que le trépas lui-même ne pourrait parmi nous séparer deux amans fidèles, et que dans un cœur africain l'amour vit encore après la mort.

Il sort. .

DON FERNAND

Attends! arrête!

LIDORA.

Ta arrêterais plutôt la foudre.

DON FERNAND

Enlevez le corps de cette malheureuse beauté. — Mais ne soyez pas effrayés en voyant cette nouvelle Troie, qui n'est plus pour la terre qu'un objet d'horreur. Morisques de l'AIpujarra, sopgez au sort que vous réservent d'impitoyables ennemis; et comme votre roi Aben-Huméya» tirei l'épée pour la vengeance.

Ilaort.

LIDORA.

Ah! plût an ciel que ces montagnes dévastées par l'incendie s'écroulassent sur leurs fondemens , et se renversant les unes sur les autres» finissent d'un seul coup tant de malheurs.'

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