‹ Théâtre de CalderonChapitre 80 sur 96 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

L'inlërietir da oorpt de gafd«.

Entrent DON ALYAR BT ALGOUZCOUZ, les mains Uées derrière le dos.

ALCOUZCOUZ.

A présent que tous deux être seuls et que moi pouvoir parler, moi vouloir te demander, seigneur Tuzani, pourquoi toi avoir quitté l'Alpujarra et être venu par ici. Ëtait-ee pour tuer ou pour mounrf

tu AIMKR APRÈS LA MORT.

DON ALTAR

IHNir mourir à^tèê «Toir tué.

ALCODZCOqZ.

TiMgoun liomme pb repentir de s'être ou» nu piilieu d'ujie

DON ALVAR

CoouM jf ne me senUii pas coupabje, je n'ai pas Toula ipe déff ndre ; sans <iaoi, ayee le eoorage qu'il y a 44qs OOA comr, nili« soldats ne m*iiiraient pas arréié.

ALCOUZCOUS.

Moi, pourtant, arolr parié pour les mille.

DON ÀLYAR.

Enfin j'ai perdu roeeasion de voir le lâche qui a pu ne fao^r d'avoir eu ces b^oux en tuant une féinme.

ALCOCZCOOii.

Ce n'être pas le pire, te pire, c'est que l'op « ^JPJi c|)^rcl|ec le confesseur. — Mab comment nous confesser» liln'étrQ pas dirMmt

DON ALYAR.

Puisque je dois périr, je tcux du moinfe yéndre cî^sr ma vi|L

ALcomcoinL Qu'est-ce donc que toi vouloir faire T

DON ALTAR

Tuer la sentinelle.

ALGOUZCOUX.

Et comment, si toi n'avoir pas tes mains?

DON ALTAR

Ne pourrais-tu pas avec tes dents délier ou déchirer la corde qui m'attache les mains par derrière? Ensuite je me senrirai de mon poignard que je porte toujours sous la ceinture, et que j'ai heureusement soustrait aux recherches.

ALC0UZC01S.

Avec les dents! et par derrière I l'ouTrage d'être pas du tout igrëable ^.

DON ALTAR

Hâte-toi. To m'entends? Dénoue ou déchiré.

ALQOUZGOUZ.

Oui, monseigneur.

DON ALTAR

Ne t'inquiète pas. Je regarde si tu es observé.

ALConzuouz.

Fini. A Totre tour.

DON ALYAR.

Je ne puis. On Tient.

* Pûréttfpot^jfékênmîNê '

Lill^lemeol, le mot Itnipto Teni dkie proprt.

JOURNÉE m, SCÈNE V. 178

ALCouzconz.

^ Aiatk mtA ê^n tonjonn arec les mêim itUeMel et ti lingue

Satrent GARCés et Ulf SOLDAT. Gtrcéi eit «ncbatoé.

LB SOLDAT

Ceux çae tous voyez là, c'ei t votre camarade qui a fl bravement tiré pour vous Tépëe, et son domestique qui ef t muet.

GABcis.

Quoiqu'il me fiche de m'ètre laissé prendre» cependant Je m'on console eu (|ODgjej|nt fuç j'aurai l'occasion àfi délivrer celui au! m'i sauvé la vie. Je me cfénbocerai plutôt que de le lalfser (Uns )| peine. Vous, mon cher, veuillez, je vous prie , dire k monseigneur don Juan de Mendoce comme quoi je suis Ici en prison , et que Je dédie ^'11 m'accorde la faveur de venir me voir» Je veui le priiMr le denofimdçr ma grAce fu seigneur doq Juan d'Autricba* On ne me là refiiaera pas après les services que j'ai rendus.

LB SOLDAT

f ira|i 1^ lui dire dès que j'aurai fini ma faction*

DON ALVAR, d AleOU%fiOU$,

Regarde, sans ^aire semblant de rien, quel ef i le nouvel hôte qUJ0 lé actionnaire vient de conduire ici.

ALcpuzcouz.

Moi le regarder tant qu'il plaira à vouf* iàeeonnaittant Gafeéê,) Ociell

Qu'eat-ce donc?

ALCOUZCOUZ.

L'homme qui être arrivé là...

DON ALVAR

Eh bien ?

ALCOUZCOOZ.

!)lof èite rempli d'épouvante.

DON ALVAR

Parle donc.

ALCouitèaï.

Moi mourir de peur.

DON ALVAR

Explique-toi.

Acc(ydtoottz.

n én% le èrétin à% ^aà moi priMnnM et à q«l siiol ^otM* le (^d!-^

fon. Lui, sans doute, avoir appris que moi être id. Méis lui l'àvoff

appris ou non, moi toujoun cacher mon tieage afin que lui pas me

reconnaître.

Il se couche comme pour domir

CâiOânde, je êub afâigét ÊÊÊÊÊÊÊj^ÊÊI^iM^û^^ Vi^\ ^^^

276 ÀiMËR APKËS LÀ MORT.

roe connaître et mds que je tous eusse jamais rendu senriee, tous m'avez sauTéla yie. Une seule chose pourrait me consoler, Tife Dieal c'eat l'espoir qae je ne vous serai pas inutile pour sortir de prison.

DON ALTAR

\ Dieu vous f^e!

ALCoiTECouz, à part.

Mon homme le prisonnier être aussi celui de la querelle. Voi ne l'avoir pas reconnu dans la mêlée.

GARC^.

Soyez sans souci, cavalier. }*ai contracté envers vous une obligttion sacrée , et je périrais plutôt que de vous voir puni pour uB délit dont moi seul suis coupable.

DON ALVAR

Je m'en rapporte à votre loyauté. Mais, s'il faut tout vous dire, ce qui m'inquiète, ce n'est pas ma prison; c'est qu'en intervenant dam votre affaire j'ai perdu l'occasion d'exécuter le dessein qui m'a coih duit au camp.

LB SOLDAT

Vous ne risquez la mort ni l'un ni l'autre. J'ai toujours jentendn dire, et vous savez cela comme moi, que dans les événemens de ee genre, lorsqu'il y a plusieurs compilées et qu'il n'y a qu'un honsM blessé ou tué, et qu'il n'y a eu ui préméditation, ni trahison, l'on ne condamne à mort qu'un des accusés : le plus laid.

ALconzcooz, à part.

Pour avoir dit cela, lui, moi vouloir qu'il crevât.

LE SOLDAT

Ainsi, aujourd'hui, de vous trois c'est le muet qui mourra.

ALCODZCOuz, à part.

Oui, cela être clair, comme si moi être plus laid que les deui autres!

GARcàs.

Après le service que j'ai reçu de vous, oserai-je vous demander une nouvelle gr&ce?

ALC0UZC0U7, à part, I Quelle coutume baroque de faire mourir le plus laid!

GARCÈS.

Pourrais-je savoir k qui je dois la vie?

DON ALVAR

Je ne suis qu'un soldat, et je suis venu ici en volontaire uniquement pour chercher un homme à qui j'ai à parier. Voilà ce qui m'a conduit au camp.

ALConzconz, à part.

Le plus laid devoir mourir!

GARCÈS.

lime semble que je poutraVs Nou&dLOxmvc ^<^Uç3AI fenseigninnens utiles. Comment s'appelle votre \ioiniAe1

DON ALTAB.

J'ignore son nom.

«ARCÈS.

Bans quel terce serUl?

DOH ALTAX.

Je l'ignore.

«ARcIs.

Quelle est sa figure» sa taille f <•

DON ALVAR

Je l'ignore également.

GARCitS.

En ee cas, yous aurei un peu de mal à le découvrir, ne sacham ai son nom » ni son signalement, ni le corps dans lequel il doi ;erYir.

DON ALVAR

Eh bien ! sans savoir un mot de tout cela, j'ai déjà été au rao' sent de le découvrir.

Ce ne sont pas des énigmes faciles k deviner que les vôtres. Maii ne vous inquiétez pas : son altesse, j'en suis sûr, m'accordera ii vie; car l'on m'a les plus grandes obligations : sans moi Ton ne serait pas entré à Galère ; et dès que nous serons libres, je vous aiderai à retrouver l'occasion que vous avez perdue, et comme votn obligé* je me tiendrai à vos côtés, soit pour le bien , soit pour U mal, vive Dieu!

DON ALVAR

Ah ! c'est vous qui êtes entré le premier à Galère ?

GARCès.

Oui, malheureusement pour moi.

DON ALVAR

Commont cela ? C'est, au contraiic, une action dont vous devrie: vous vanter.

Cest que depuis ce jour fatal, je ne sais quel destin eontraire, quel le. mauvaise étoile me poursuit : tout ce que j'entreprendi tourne à mal ; il ne m 'arrive que des malheurs.

D'où vous vient cette idée?

GARCÈS.

Que sais-je? peut-être de ce que ce jour-là j'ai tué une Morisque, rt le ciel s'en sera offensé parce que c'était vraiment une beauté céleste.

DOX ALVAR.

Quoi! elle était si belle?

GARcèS. -

Oui.

DON ALYAR, à part.

Ah 1 épouie adorée ! {Haut.) Comment cela tous arriTa-tpilf

GARCÈS.

Le voici. — Étant un jour placé ^ sentinelle dans une forêt si obscure qu'il semblait que la nuit l'eût remplie de ses ténébjr^s» je pris un Morisque. Il serait trop long de vous dire comment le o(h quin me trompa et me conduisit %^ iv^Uçu 4^ précipices, d'où il appela à grands cris ses frères de FAlp^jarra. Bref, je fus obligé de fuir; je me cachai dans une grotte, et yovs saure? qi^ç c|^ fat. là l'entrée de la mine au moyen dç laquelle nous avons fait sauter la place. C'est moi qui indiquai la grotte k dop Juain d' Autriche, voi qui fus de gfirdo \ Ift nibie pendant )^ ^^j^ poi .qui dq^i^reutrée de la brèche jusqu^a l'arrivée des troupes, et moi enfin ([% comme la salamandre, pénétrai à travers les flammes jusqu'à une maison qui, aaas doute, était la plaçQ d'armçs des a^siég^» Puisqu'ils y avaient réuni toutes leurs forces. — M|âs qu'|iY«a-TOus?i| semble que mon récit vous fatigue et que vous n'avez pas de plaisir à l'écouter?

I>0N ^YAB.

Ce n'eft riçç; mçs c|iAgriiy m'ont A«t|^ UJR n^QiPfiW^ Çootinuez. I

GAECte,

J'arrivai enfiii, plein, ^e cp^re çt de rf^ge, h Ifk W^isoQ dç Sfal^» que je cherchais, en même temps que don lope de Figueroa, hooneur étemel de sa patrie, s'était emparé de l'Alcazar, déjà la proie des flammes. Le gouverneur ayant été tué, moi, qui tout en cherchant la gloire, n'oubliais pas le butin, — quoique Thonneur et le profit aillent rarement ensemble^— je parcourus toutes les salles, je pénétrai dans tous les réduits, et parvins enfin à une petite pièce, dernier asile de l'Africaine la plus belle que mes yeux aient jamais vue. Que ne puis-je vous la dépeindre 1 mais ce n'est pas le moment... Confuse et troublée de me voir, elle se réfugia derrière les courtines dfiso^ lit, comme si c'eût été les courtines d'une place, et s'en ^t un^ sorte de rempart.— Mais il me semble voir des larmes uans vos yeut, et votre visage a pâli.

DON ALVAR

Votre récit me rappelle une de mes disgrâces qui a beaucoup de rapport avec cet événement.

GARCÈS.

Allons, allons, soyez tranquille; l'occasion perdue se rcprcsen^ tera : vous retrouverez votre homme au moment où vous y penserez le moins.

DON ALVAR

Vous avez raison. Achevez.

GARCftS*

Je li suivis. — Elle était si rlcYiemeiil ^ax^^, ^^ ^\aS\. ^\»«ctA

JOURNÉE au SCÈNE V. 179

de taot de joyaax, qu'il semblait qu'elle attendit fon amavt «1 qu'elle se fût parée pour rbymen. Moi, voyant tant de beautés je désirai lui accorder la Tie, pourvu que son cœur me promit sa rançon. Je voulus lui prendre la main, mais elle : « Chrétien, dit-elle avec une noble modestie, si c'est l'ardeur du gain qui t'attire en ces lieux, — car le sang d'une femme souillerait ton épée, — que ces bijoux satisfassent ta soif des richesses, et renonce à toute tcnlative sur un cœur qui renferme des mystères que lui-même ne connaît pas encore.» Je la pris dans mes bras...

DON ALVAR , égaré.

Arrête! arrête! que fais-tu, malheureux! {Revenant à lui.) Que dis-jel... je suis un insensé... Ce sont mes chagrins qui me troublent et m'entraînent... Achevez, votre récit me sera une distraction. {Â pari,) Ah I je le hais plus encore pour son audace que pour son crime.

ftABcàs.

Croyant sa vie tt son honneur menacés» alla poosta des cris. Des soldats accoururent. Moi alors, jugeant que j'avais perdu l'un des prix de mon audace, je voulus du moins conserver l'autre et ne pas entrer en partage avec les soldats qui venaient. Aussi mon amour se changeant en vengeance, — la passion nous emporte si rapidamenl d'un extrême à l'autre! —et entraîné par je ne sais quelle folie qui conduisait monbrss,— je ne sais comment j'ose vous raoooter one action si infime» —abandonnant tout un del de lis et de roses pour m'emparer de ses diamans et d'un collier de perles, je lui pei* çai le sein.

DON ALVAR

Ëst^aa aiaa que fol porté le coup de poi^ard Y

U (KNf mirde (}artéf.

GARCis.

Je me meurs.

Cela être bien ftdt.

Meurs, traître!

C'est toi qui me tues?

ALCOOZCOUZ.

DON ALVAR

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