‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 114 sur 156 · FI BRIDA · texte numérisé non relu

FI BRIDA

madame, alors même que ma faible beauté mériterait ce nom que votre indulgence lui donne, je devrais encore alors m' incliner devant un astre supérieur. Agenouillée devant vous, dont la té a tant d'éclat, je serai, pâlir par ma douleur, comme l'astre ûts quand il se trouve un matin en présence du soleil brillant cl radieux.

CELI.A, « part.

esprit1.

LISARDA.

s remercie de ce compliment flatteur, quoique vous m'ayez pari icoup mieux que je ne le mérite... J'aurais été plus

équitable, madame. — .Mais, pour revenir au fait, en quoi souhaitez-vous que je vous sei

FLERIDA.

• •, madame, que vous accordiez votre protection -généreuse fortunée.

- ol «lit : bachillera et la senora. L'a<ljorlif bnchiller, m , lipnifîfl rfordioatffl

M q"i paile beaucoup. Ici , comme Plerida n'a pas encore raconte son l>:a-

n« que Calderon aura mis au féminin le suhsiant.f bachilUr, bacu**

JOlillKEE I, SCENE I. 253

MSAKDA.

Si vous voulez me parler en secret, nous allons rester seules.

FLERIDA.

Quant à moi, madame, si vous l'avez pour bien, il m'importe peu que l'on sache dès à présent une chose que l'on saurait bientôt.

L1SARDA.

Puisqu'il en est ainsi, parlez.

FLERIDA.

Je serai aussi brève que possible.

LISAKDA.

Je vous écoute avec le plus vif intérêt.

FLERIDA.

Très-belle madame, en qui un esprit si distingué rehausse tant d'attraits, je suis... mais il est inutile que je vous vante ma naissance, la noblesse de ma famille et l'illustration de mon père; car à quoi bon vanter ces avantages, qui sont comme s'ils n'étaient pas, dans une situation aussi misérable que la mienne? Souffrez donc que je vous dise seulement que je suis une femme, et une femme infortunée ; ce titre me suffira pour trouver auprès de vous la pitié qu'un cœur tel que le votre n'a jamais refusée au malheur... Oh! que n'ai-je emporté avec moi quelque gage qui pût vous apprendre ce que je suis! Que ces larmes qui coulent de mes yeux me soient des témoins qui vous attestent la vérité de mes paroles!... — Je suis née de païens illustres ; je tairai leur nom par égard pour eux ; c'est assez que mes fautes les aient déshonorés là-bas sans que je détruise ici leur renommée. — J'étais jeune et courtisée; parmi beaucoup d'autres, un cavalier qui était mon égal par la naissance, et qui ne devait pas être plus heureux, jeta les yeux sur moi; notre étoile le voulut ainsi. Quand il m'eut rencontrée deux ou trois fois, il se mit à rôder dans ma rue du soir au matin. Le jour il était là comme un héliotrope constamment tourné vers mes fenêtres; la nuit, quand le soleil avait disparu au milieu des ténèbres, il était là encore comme un argus veillant sur son trésor. Son assiduité me plut, je fus touchée de ses soins, et ma liberté lui fut soumise. Vous m'excuserez, je n'en doute pas, car vous êtes femme, et vous savez combien notre vanité est flattée par une secrète adoration. Bientôt a la faveur delà nuit, je le reçus dans notre jardin : c'est la que nou passâmes bien des momens fortunés à causer tête à tète au miliei des jasmins et des myrtes. Plus nos entrevues étaient difficiles, plu: nous en goûtions tous deux le charme. Mais, hélas ! ce furent ce! mêmes rendez-vous qui nous perdirent. Tandis que nous naviguioni joyeusement sur l'océan de l'amour, rassurés par un calme décevant, peu à peu s'avançait la tempête... Un vaillant cavalier, sans que je lui en eusse donné lieu, s'occupa de moi; il ne faisait continuellement qu'aller et venir dans ma rue; mais ne trouvant en moi qu'indifférence et dédain, il vit que ma sagesse ne m'éloignait pas

seule de lui, e! que l'amour était de la partie lilessé et furieux, il voulu! se venger. Une nuit, — c'était une nuit bien irisle, bien plus que les outres, car la lune avait caché son front soucieux der- !iii voile «pais de noirs nuages,— il arriva le premier dans ma rue. frappa à la manière de son rival, et entra au jardin dans le même temps que mon époux arrivait. Celui-ci, voyant entrer un homme «liez moi, entre derrière lui et lui demande aussitôt brusquement ce qu'il cherche; l'autre, sans lui répondre, relève son manteau jusqu'aux yeux et met la main sur son épée. Moi qui les regardais, plus morte que vive, j'allais répondre pour lui, lorsque ]i les vois qui se joignent, qui s'arrêtent et qui croisent leurs épées, desqu tlles s'échappent bientôt un rapide cliquetis et de vives étincelles. Dieu voulut, mon sort voulut que notre ennemi fùt'atteint le premier, «.le suis mort!» dit-il; et il chancela, et il tomba au milieu des (leurs... Après cela, mon époux s'adressant à moi, me ■lit (l'une \ iix tremblante de colère: «Jouis, ingrate; voilà ton ouvrage! Contemple cet amant qui venait te chercher à une pareille heure! il est baigné dans son sang, il ne respire plus!... Eh bien! tout mort qu'il est, je n'en suis pas plus paisible; il soulève encore dans mon cœur une horrible jalousie !...» Moi, interdite et confuse, je lui parlai comme je pus ; lui, sans daigner m'entendre, car la jalousie est comme un livre sacré qui ne souffre pas la contradiction !, il sortit du jardin, monta sur un cheval qui l'attendait non loin, et disparut. Toutes ces scènes cruelles qui s'étaient succédé en si peu de temps m'avaient brisée. J'étais demeurée à la même place à demi morte, lorsque je fus réveillée, pour ainsi dire, par un bruit qui s'accrut à chaque instant. D'abord nos voisins qui se rassemblent et murmurent dans la rue, puis nos domestiques qui parcourent, troublés, la maison; puis mon père infortuné qui s'informe di moi et qui m'appelle par mon nom, à grands cris. Je n'eus pas la forée ou l'audace de lui répondre. M'imaginant soudain que le j»l i j > sur était de fuir pour éviter sa colère, je sortis de la maison et me retirai, pleine d'angoisses et de terreurs, chez une de mes amies. le restai la cachée quelque temps; j'y appris que mon amant tâ- •hait de passer eu Espagne. A lin de m'excuser auprès de lui, je partis à sa recherche; mais jusqu'à présent je n'ai pas eu sur lui la moindre lumière ; et remarquant que je marche isolée et faible au milieu de dangers de toute espèce, je renonce enfin au fol espoir de le trouver... On m'a parlé de vous, madame; tout le monde m'a s.inte \otre bonté, la générosité de votre cœur, et j'ai songé à m'adresser a vous. Vous avez de nombreuses suivantes, recevez-moi parmi elles; vous ne \ous apercevrez pas que vous en ayez une de

1 Que son Alcoran los zelos Que uo se dan à disputa.

■et à rriM, h jalousie est un Alcor'in, r te, etc.

plus. Protégez ma réputation, madame; dissipez mes craintes, prêtez votre appui à mon malheur; vous êtes femme, ayez pitié d'une femme; et, si vous aimez, que vos amours, à vous, soient heureux!

LISARDA.

Essuyez vos pleurs, madame; il ne vous appartient pas de pleurer; c'est à l'aurore de répandre la rosée, et elle se fâchera contre vous si vous lui dérobez son office... Je n'ai pas besoin d'autre témoin que votre beauté pour être convaincue de la sincérité de vos discours, et je compatis sincèrement à votre infortune. — Dites-moi, comment vous nommez-vous?

FLERIDA.

Laura, madame.

LISARDA.

Eh bien ! Laura, puisque vous le désirez ainsi, d'aujourd'hui je vous retiens auprès de moi, non pour servir, comme vous demandez, mais pour être servie. Entrez ; il ne convient pas que mon père vous voie avant que j'aie obtenu sa permission.

Que le ciel vous garde, madame! {A part. ) 0 destinée! il me semble que tu vas cesser enfin de me poursuivre.

Elle sort.

LISARDA.

Pauvre femme !

CELIA

Je suis loin de blâmer votre pitié; mais cependant, madame...

LISARDA.

Après, Celia?

CELIA

Je ne sais pas trop s'il est sage à vous de la recevoir dans votre maison.

LISARDA.

D'où le vient cette crainte?

CELIA

C'est qu'il y a dans le monde plus d'une femme qui est à la fois demoiselle et veuve, petite paysanne et grande dame; qui, sous un air innocent, a beaucoup d'expérience ; qui emploie avec art la ruse et l'intrigue, et habille le mensonge en perfection.

LISARDA.

Voudrais-tu dire par là...

CELIA

L'avenir nous l'apprendra, madame.

Elles sortent.

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