‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 119 sur 156 · UN ALGUAZIL · texte numérisé non relu

UN ALGUAZIL

Nous avons trouvé cette dame dans la chambre du fond. Elle ne veut pas se découvrir le visage. Découvrez-vous, madame. le gouverneur, à ialguazil.

Demeurez tranquille. — (A Lisarda.) Non, madame, ne vous découvrez pas. Je sais que je vous dois toute cette politesse. Escusez-moi si je viens pour vous.

DON CÉSAR

Excusez pareillement si elle ne va pas avec vous. Je suis décidé à mourir plutôt que de souffrir qu'on l'outrage.

LE GOUVERNEUR

Seigneur don César des Ursins, ne parlez pas avec tant d'arrogance ; car, malgré votre courage, il ne vous serait pas aussi facile de la délivrer que de le dire. Je vous pardonne ce mouvement en faveur des sentimens qui m'animent pour cette dame. Je sais qui elle est, et je prétends tenir autant que vous, peut-être, à sa réputation, à son honneur. Son père est tellement mon ami qu'il est

un autre moi-même* Je seus vivement ses peines*, et c'est en sa considération quejc vous passe votre langage; car bien que je ne vous connaisse pas particulièrement, je suis obligé pour lui à ménager ilo mon mieux voire honneur.

LISARDA, à part.

II n'a pas besoin de s'exprimer plus clairement. Mon infortune n'esl que trop certaine.

Si j'eusse dit, seigneur, que je prétendais sauver cette dame, malgré vous et vos hommes d'armes, vous auriez le droit de me traiter d'arrogant; mais je n'ai pas dit cela. — Et maintenant, sei— gneur, après les assurances que vous m'avez données, je n'essayerai pas de la défendre si elle m'en détourne, quoique je n'aie pas peur de la mort. C'est chose si facile pour un cavalier de mourir!

LE GOUVERNEUR

11 vaut mieux que l'affaire s'arrange à l'amiable : avec de la prudence et de la sagesse, nous en viendrons à bout. Faites état qu'avant d'avoir en moi un juge, vous y avez un arbitre officieux qui n'interposera son pouvoir qu'avec discrétion et bouté. J'ai par devers moi toutes les instructions nécessaires.

DON CÉSAR

Mais si je suis le coupable et que vous me mettiez en prison, quelle faute a commise cette dame?

LE GOUVERNEUR' Vous avez trop mauvaise opinion de ma sagacité. Je sais qui elle est, vous dis— je. — Seigneur César des Ursins, suivez moi, vous, à la tour. Quant à cette dame, je lui promets qu'elle sera aussi fêtée dans ma maison que si elle était ma propre fille.

LISARDA, à part.

Je n'en puis plus douter, il m'a reconnue. Je n'ai [dus d'autre urec que d'invoquer sa pitié.

don césar, bas, à Lisarda.

Qu'ordonnez-vous, madame?

lisarda, bas, à don César.

Je me soumets.

don CESAR, de même.

Alors, puisqu'il vous plaît ainsi, je n'ai plus rien à dire. 'Au Gouverneur. .Vigueur, j'accepte le parti que vous nous proposez; nadame restera dans votre maison.

LE GOUVERNEUR

C'est convenu. {Appelant.. Holà!

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