‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 127 sur 156 · I.ISARKA · texte numérisé non relu

I.ISARKA

Oui. seigneur, elle y consent; et, de plus, elle s'engage, si vous le voulez, à ne plus se mettre au balcon, à là fenêtre'. Tout re que je \ous demande pour elle, c'est le retour de votre bienveillance.

; I. GOUVERNEUR

Pour rua bienveillance, je ne la lui refuse pas; au contraire, elle la possède tout entière. Tour vous le prouver... voyez, ma fille, de Quelle manière je vais la traiter.

Il g'eloigne vers Flerida.

LIS ARDA, à part.

Où va donc mon père?

1 Yrntann ni lexa bolverâ â ver.

Ventann, c'en "no fcrèlrc, en général rexa, c'csl la fenêtre du res-de chaussée, i«ro« léjée \>i'. une grille ou go -aie de barreaux

Fl.KRIDÂ, à paît.

Comme eïîc est bonne! elle lui a conté mes chagrins pour m'éviler la honte de les raconter moi-même.

le r.oL'vKKNKUK , à Flerida.

Soyez lieureusement arrivée en cette maison, madame; elle sera vôtre autant que mienne. Je ne m'étonne pus du mauvais succès de vos amours; les histoires sont pleines de semblables aventures, aussi tristes, et même plus tristes que les vôtres. C'a été une véritable bonne fortune pour moi qu'après votre naufrage ma maison vous devint un port de salut. Usez d'elle à votre gré, et soyez assurée que vous n'en sortirez qu'honorée et contente. Tout cela se terminera avant peu, j'espère, à la commune satisfaction; en attendant, vous demeurerez avec nous comme la fille ou la maîtresse de

la maison Lisarda m'a tellement sollicité pour vous , qu'alors

même que je n'agirais pas ainsi à votre seule considération, j'y serais obligé par considération pour elle.

FLERIDA.

Je vous rends mille grâces, seigneur.

lisarda , à part.

Que le ciel me soit en aide! Ou'ai-je entendu?

celia, bas, à lisarda.

Vous voyez, madame, combien vous aviez tort de présumer que votre père vous eût reconnue, puisqu'il croit que — la prisonnière c'est elle.

lisarda, bas, à Celia.

Tu as raison; mais comme c'est la première fois que le mal se change en bien, je n'y étais plus. Puisse cette erreur durer! LE GOUVERNEUR, à Flerida.

Frenez du courage, madame.

FLERIDA.

Je suis trop heureuse, seigneur...

celia, bas, à Lisarda.

Pourvu qu'elle ne nous perde pas à cette heure! Elle ferait bien mieux de se taire.

FLERIDA.

Un personnage de votre naissance et de votre mérite ne pouvait

pas manquer d'avoir un cœur généreux Lue femme infortunée

est venue se jeter à vos pieds aujourd'hui... Puisque vous savez qui je suis, daignez accorder votre appui à une femme errant dans un pays étranger.

LISARDA.

Eh bien! Celia, Nice... vous voyez; le mal s'est converti en bien, et j'ai peine à le reconnaître.

flekida, s' approchant.

Et vous, madame, souffrez que je vous embrassa (-Elle l'embrasse.) Quelle gratitude je vous dois! A votre première bonté

vous avez ajouté celle de prier voire père et monseigneur de vouloir bien me protéger.

I ISARD A, à part.

Occupée de ses ennuis, elle ne s'est pas aperçue que je parlais des miens. Dieu me garde de la désabuser! (Haut.) Ne me remerciez pas. mon amie... Ce serait plutôt à moi de vous remercier... J'aurais désiré en <«•[ te circonstance avoir tout empire sur mon père pour vous servir.

LE GOUVERNEUR

Vous offensez ma tendresse, ma fille; je ferai pour cette dame , vous le verrez, tout ce qui sera en mon pouvoir.

FIERIDA.

Je vous rends mille grâces à tous deux.

le gouverneur, bas, à Lisarda.

Savez-vous quelle est cette dame?

Non, seigneur; mais je voudrais bien le savoir pour me diriger dans ma conduite avec elle.

LE GOUVERNEUR

C'est une femme de qualité qu'un homme a enlevée de la maison paternelle. Apprenez par son exemple, ma fille, à quels dangers s'expose une femme quand elle oublie le soin de son honneur. lisarda, à part.

C'est la suite de la leçon de ce matin.

Entre IN DOMESTIQUE.

le domestique, au Gouverneur.

Un cavalier qui arrive de voyage demande à être introduit auprès de vous.

LE GOUVERNEUR

Ce sera sans doute don Juan. Qu'il entre.

lisarda, à part.

Hélas! nouvelle peine!

FLERIDA.

Je me retire, de peur d'être indiscrète.

Le domestique sort.

Flcrida sort.

Entre DON Jl AN on habit de vo> DON JUAN.

le me félicite, seigneur, que le ciel m'ait permis, après tant de

tr i vaux, de pouvoir enfin baiser voire main. A partir d'aujourd'hui,

puisqu'un si grand bien m'est accordé, je pardonne à la fortune

• de plainte qu'elle m'a donnés pendant ma vie. Cette

unique grâce me constitue son débiteur.

LE GOUVERNEUR

• cz le bienvenu, don Juan. Il y a déjà long-temps que vous

JOURNÉE II, SCENK 111. i?t7

vous faites désirer. Vous avez causé dans cette maison plus d'un souci et plus d'une inquiétude.

DOS" JUAN

C'est mon bonheur qui a voulu ces retards, puisque je suis toujours le bienvenu.

LE GOUVERNEUR

Oh ! que cet habit militaire vous sied bien!... comme vous avez l'air brave et vaillant!... Que j'aime ces aiguillettes, ces plumes !... — Vous ne dites rien à Lisarda?

DON JUAN

J'arrivais troublé par avance, et, en la voyant, je suis ébloui de l'éclat de sa beauté. (A Lisarda.) Excusez, madame. — Si celui qui a l'honneur de vous parler mérite une faveur si haute, daignez m'abandonner un moment celte main si délicate et si blanche, véritable carquois où l'Amour puise ses flèches... La renommée, madame, vous proclame au loin une beauté sans égale, et la renommée, contre l'ordinaire, n'a pas été généreuse envers vous, car vous pouvez vous plaindre d'elle. Mais non, ce n'est pas la faute de la renommée , c'est la nôtre. Elle vous a proclamée unique, et la réalité, cette fois, surpasse de beaucoup l'imagination.

LE GOUVERNEUR

Je n'ai jamais ouï rien de plus galant... (A Lisarda.) Répondez donc, ma lille, à cette courtoisie.

LISARDA.

J'ai souvent entendu dire, seigneur, que l'Amour était fils de Mars et de Vénus. Je ne saurais en douter à cette heure eu voyant qu'un soldat tel que vous a rapporté de la guerre d'aussi gracieuses flatteries.

LE GOUVERNEUR

J'arrête là les complimens. J'ai à cœur que le champ demeure à ma fille.

DON JUAN

Je suis de même avis, seigneur, car personne ne serait assez hardi pour le lui disputer. — Qu'elle est aimable et belle et charmante !

LE GOUVERNEUR, à âotl Juan.

Il est juste que vous vous reposiez, vous devez être fatigué de ia rente. Je vous offre une hospitalité sans façon; vous serez logé en -:ldat; vous me pardonnerez.

DON JUAN

Je suis trop flatté que vous daigniez m'agréer pour hôte dans !a sphère d'un astre divin.

LE GOUVERNEUR

Nice! viens avec nous.

Le Gouverneur, ùoe ïuan eî. Nice sortent.

■;-■. \\ u e> pis.

Maintenant que nous sommes seules, Cefia, que dis-tu de mon

aventure '.'

CF.l.SA.

Qu'elle s'est terminée plus heureusement que je ne le pei. Un instant j'ai eu peur. El monseigneur qui va s'imaginer qu< tait elle qu'il avait faite prisonnière 1

1 IS lroa.

U s'est bien rencontré qu'il i*ait trouvée dans la maison avant que je l'eusse averti que je l'y avais reçue.

en LIA.

Vous voyez, madame, ainsi que je vous le disais, que c'était une folie a vous de croire qu'il vous reconnaissait.

US ARDA

<|u'il y a eu de plus merveilleux et de plus agréable pour moi en même temps, c'a été de voir comme, sans être prévenue, elle répondait à propos.

CELIA

En ces choses-là, une femme a beau parler au hasard, elle parle rs avec une justesse parfaite quand il est question d'amour.

USAEDA.

A présent, voilà ma situation oui se complique.

CELIA

iju<: dites-vous, madame? je ne vous comprends pas.

USAROA.

Je dis que voilà de nouvelles difficultés qui s'élèvent.

Quoi! madame, les périls que vous avez courus aujourd'hui, l'are cavalier et l'arrivée de \otre futur époux, ne vous décident pas a rejeter loin de vous ce caprice însens

US IRRA.

An ! Celia, que tu connais mal l'amour et ses bizarreries '.... moi un seul amour que les obstacles aient i et moi, je

i li mille qui ont grandi et se sont fortifiés par les ol

CELIA

: est bon à dire, madame

LISARRA.

Pais, Celia, autre chose encore. D'un coté, je ne dois pas delà en prison un homme qui m'a sacrifié sa liberté et qui voulait me sacrifier sa vie; et d'autre part, si cet homme est celui que cette dame cherche, je ne dois pas avoir la prétention d'établir une rivalité avec elle. Il laut que je sorte de cette cruelle incertitude. A cet effet, tu lui porteras une lettre dq ma part , où je lui dirai que, s'il lui est possible de sortir, il me vienne parler cette nuit. Et ofin

qu'il ne conçoive aucun soupçon, c'est ici qu'il me viendra voir. comme si j'étais, moi, la prisonnière.

CELIA

LISARDA.

CELIA

LISARDJu

CELIA

LISARDA.

Comment, madame?...

Oui, Celia.

Mais considérez...

Je ne considère rien.

Réfléchissez...

Il n'y a pas à réfléchir.

CELIA

Voulez-vous vous laisser enlever?

LISARDA.

Veux-tu que je me laisse mourir?

CELIA

Mais songez, madame...

LISARDA Ne me tourmente pas davantage.

CE LIA

Juels dangers !

Je les vois.

Et votre vie?

Je n'y tiens pas.

Et votre honneur?

LISARDA.

Je ne l'expose pas, mon honneur.

CELIA

Je vous en prie...

LISARDA.

Quoi encore?

Vous vous perdrez.

Tant pis !

Ah'

LISARDA.

CELIA

LISARDA.

CELIA

LISARDA.

En vérité, Celia, je te le dis, tu iras seule en pèlerinage à Jera falem.

CELIA

I1 h quoi n.ln , madame?

1 ISARD A

Parce <i,1(> iu cs '* première Suivante qui ait eu tant do repenti: devoir sa maîtresse éprise d'amour.

Biles

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