CEUX
Tenez, je vous donne ce diamant si vous consentez à meregar-Jert
CAMACIIO.
Je n'y tiens pas. Je ne les ai jamais aimés, les diamans.
CELIA
C'est votre dernier rw ■•. ?
CAHACHO.
Oui.
DON CfcSAK.
J'ai fini de lire. (A Celia.) Vous direz à ma belle prisonnière que, suivant son ordre, j'irai la voir cette nuit.
CELIA
Bien, seigneur. — Que le ciel vous garde!
Elle sort.
CAMAcno, criant.
Adieu, donzellc ! Vous direz à votre maîtresse qu'elle ne soit pas trop orgueilleuse de ce qu'elle sert à effacer.
DOX CÉSAR.
Cesse donc de plaisanter.
CAMACUO.
Alors je vous demanderai sérieusement ce qu'on vous dit par cette lettre?
DO.\ CÉSAR
Que j'aille la voir ce soir; qu'après avoir gagné les suivantes de la fille du gouverneur, elle se hasarde à nie recevoir dans sa chambre. On ajoute à cela deux ou trois mille recommandations aussi extravagantes les unes que les autres, comme, par exemple, que je n'emmène personne avec moi, que je ne me confie à personne, et les autres que tu devines.
CAMACUO.
Et vous à cela vous réponde/ tranquillement que vous irez, comme si vous aviez les ciels de la Tour dans votre secrétaire.
D0.\ CÉSAR
Qui m'en empêchera?
Les gardes.
CAMACUO.
DON CESAR
Va, le son de l'or est une douce musique qui endort les plus vigilans.
Enlre DON JUAN.
DOX JUAN.
Je viens vous apporter des condoléances et recevoir de vous des félicitations, afin que les unes se tempèrent par les autres. Les naturalistes racontent de deux certaines plantes que chacune d'elles, prise à part, est un poison, et que, quand on mêle ensemble leurs sucs, elles se neutralisent ou se corrigent de telle sorte l'une l'autre qu'elles deviennent une nourriture bienfaisante. Votre malheur et mon bonheur sont de même deux poisons qui, séparés, nous tueraient tous deux, vous par le chagrin, moi par le plaisir. Et ainsi mêlons nos richesses, tempérons mon bien par votre mai et mon mal par votre bien.
DON CÉSAR
Vous paraissez bien joyeux, don Juan.
28 5 I3îl MAL EN PI».
DON JUAN
Comment ne le serais-je pas en voyant en mon pouvoir un bonheur plus grand que je n'aurais pu l'imaginer? car le bien que m'offre l'amour dépasse de beaucoup mon espérance. J'ai demeuré ici caché deux jours ' ; car. ainsi que je vous l'ai dit déjà, l'alcayde de ce fort est mon intime ami; et pendant ce temps j'ai acheté des joyaux, des bijoux, et je me suis fait faire quatre habits de gala -, précautions ordinaires a un homme qui veut se présenter convenablement chez sa future. Quand j'ai eu ce qu'il me fallait, j'ai pris la poste et j'ai mis pied a terre au palais du gouverneur comme si je fusse arrivé a l'instant même. Je vous dis le palais; j'aurais dû vous dire le palais enchanté, car j'ai vu la en petit les merveilles de la nature. Le printemps y était réduit à une fleur, l'aurore a une perle et le soleil à un rayon ; car ma belle future est à la fois une Heur charmante du printemps, et une perle fine de l'aurore, et un rayon divin du soleil. Que je suis heureux, mon ami, moi à qui un amour bien placé apporte tant de gloire!
DON CÉSAR
Et moi, malheureux mille fois, à qui un amour inexplicable n'apporte que des disgrâces 1... Puisque ma peine doit être l'antidote de votre joie, écoutez-moi; nous ne changerons pas de sujet de conversation : vous m'avez parlé d'amour, je vous parlerai d'amour également.— J'ai vu dans un jardin délicieux une statue de jasmin couronnée d'oeillets, que le roi des mois, le gracieux mai, a>ait établie reine des fleurs, et qui avait été reconnue en cette qualité par la noblesse et le peuple des (leurs qui lui avaient acclamé au milieu des chants des oiseaux et du murmure des fontaines... ]\"e me demandez pas qui elle est, car, alors même que je voudrais vous le dire, cela me serait impossible. II y a la toute une histoire sans pareille... .Mais ce que je puis vous dire, c'est qu'elle m'engage par cette lettre, si je peux m'échapper de prison, à l'aller voir celte nuit, et que je lui ai répondu que j'irais, comme si j'avais eu la certitude que l'alcayde me laisserait sortir.
DON Jl'AN.
Puisque je suis venu, don César, n'en douiez pas, vous n'y aurez pas d'empêchement. — Camacho ?
CAY1ACI10.
Seigneur?
DON JUAN
Va dire à l'alcayde de ma part que je le prie de venir ici, que j'ai à lui parler.
CAMACHO.
J'y cours, seigneur.
Il KMt.
1 Vovez la notice qui précède la j>icc». 1 1' espagnol Jii : Hice quatro gâtai
DON JUAN
\\ est fort de mes amis, et il consentira sans peine à vous laisser >Oïtit si je lui promets de vous emmener avec moi.
DON CÉSAR
Comme voilà le soleil qui s'enfonce affaibli dans les champs de l'Occident, et que la nuit commence à déployer ses ailes brunes, dites-lui qu'il nous laisse sortir promptement.
Je ferai à vos souhaits.
Entrent L'ALCAYDE et CAMACHO.
l'alcayde.
Que me voulez-vous, don Juan ?
DON JUAN
Vous dire que je ne vous ai pas encore quitté, que je suis toujours votre hôte, car je vis où vit don César.
l'alcayde.
Ce n'est pas bien à vous de m'imposcr de nouvelles obligations, lorsque j'en ai déjà tant contracté qui font de moi votre dévoué serviteur.
DON JUAN
S'il en est ainsi, vous permettrez qu'il vienne avec moi pour cette nuit; mon amitié mérite de vous cette faveur.
l'alcayde.
Il y a bien des recommandations de toute espèce, et les plus pressantes, pour qu'il ne sorte pas d'ici; mais il n'y a pas de consigne qui tienne contre vous. Toutefois vous me donnez votre parole de le ramener avant le jour?
don juan.
Je me porte sa caution en vous remerciant, et s'il survient quelque accident, j'entends qu'il coure pour mon compte.
l'alcayde.
Rappelez-vous bien : pour la nuit seulement.
DON CÉSAR
Avant que l'aube paraisse, yous me reverrez à la prison doublement votre esclave.
l'alcayde.
À cette condition les portes vous sont ouvertes. — Que Dieu vous garde î
Ii sort.
DON JUAN
Allons, don César, puisque vous êtes libre, conduisez-moi où votre future vous appelle; je veillerai fidèlement sur votre rendez-vous.
DON CÉSAR
Il n'est pas juste que vous tardiez pour moi de retourner chez votre hôte, où votre future vous attend ; je ne saurais y consentir. Allons chacun je notre côté.
i.i)\ juax.
Non pas, s'il vous plaît. Il n'est pas juste que je vous t:f*» d'ici pour vous exposer a un danger, et qu'après je vous quitte.
do.x césar.
.re uesirerais cependant...
dox jua.y.
Xe vous en défendez pas, je vous accompagnerai.
î>on césar, à part.
Cruelle situation!... Ne serait-ce pas à moi une véritable indélicatesse de souffrir qu'il veille sur mon rendez-vous et qu'il trahisse, même à son insu, un hôte a qui il doit tant?
DON JUAN
A quoi pensez-vous là?
nox CÉSAR.
C'est que, voyez-vous, den Juan...
nox JUAN.
Qui vous arrête encore, dites?
DOS CÉSAR
Vous croirez peut-être que je suis un ingrat de me cacher de vous dans mes amours... Vive le ciel! l'ylade n'a pas eu pins d'attachement pour Oreslc, ni Euryale pour Nisus, que je n'en ai pour vous... Apres cette assurance, souffrez que, maigre mon bon vouloir, je ne vous dise pas queJle est ma dame, — car cela m'est, en vérité, impossible,— et permettez que j'aille seul chez elle.
nox JL'AX.
Je serais importun si j'insistais davantage. [A part.) La ridicule discrétion et le sotte mëliancc! Ulaut.) Adieu, don César.
DOX CES AU.
Adieu, don Juan.
Bonne chance I
Carnacho?
Seigneur?
nox oé&ul Prépare-moi avec soin un pistolet.
CA M A Cl 10.
Lu voici un que j'ai arrange de mon mieux pendant que vous cnliez ; mais voyez s'il est bien en < tat.
I'jX cesaju Très-bien; la pierre... la bourre... l'amorce, rien n'y manque
CAH vcuo.
tt les ressorti joucnl-iis bien?
DOX JUAX.
Il •' M DOX CÉSAR.
CAMACIIO.
Très-bien.
CAMACHO.
i] est que, quand on manie un pistolet, on ne saurait prendre trop ùi précautions, autant pour soi que pour les autres.
DON CÉSAR
C'est juste.
Il s'éloigue.
CAMACHO.
Et moi, est-ce qu'il faut que je reste?
DON CÉSAR
Oui, Camacho.
camacho, au parterre.
Que toutes vos seigneuries soient témoins qu'il y a eu un laquais qui n'a pas suivi son maître '.
Don César sort par une porte, et Camacho par une a.ilre.