‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 141 sur 156 · Tus pies beso · texte numérisé non relu

Tus pies beso

Mil veces. — 1' yo los piso ;

Que una letra mas 6 menos

No reparan dos amigos.

Jeu Je mots intraduisible, qui porte sur la ressemblance dos verbes beso et piso. Littelalemeût : Je vous baise les pieds mille fois. — Et moi je marche dessus ; car, pour une •Ure de plus ou de moins, on n'y regarde pas de si près entre ami»

sais, à votre vengeance; — car une épéc qui a été à moi (je parle ainsi à cause qu'elle a été un moment entre mes mains) saura vous venger.

ROSAURA.

Je ceins de nouveau cette épée en votre nom ; et sur cette épée, je jure que je me vengerai, quand bien même mon ennemi serait encore plus puissant qu'il n'est.

CLOTALDO.

L'est-il beaucoup?

ROSAURA.

11 l'est à un tel point que je ne puis vous le dire; non pas que je ne fusse prêt à confier plus encore à votre prudence, mais afin que votre protection et vos bontés ne se tournent point contre moi.

CLOTALDO.

Au contraire, me faire cette confidence, ce serait me mettre entièrement dans vos intérêts; et de la sorte, je ne pourrais servir, à mon insu, votre ennemi. (A part.) Oh! que ne puis-je savoir son nom !

ROSAURA.

Tant de bonté a droit à toute ma confiance. Eh bien! sachezle donc, mon ennemi n'est rien moins qu'Astolfe, duc de Moscou-0.

clotaldo , à part.

Ociel! quelle douleur! Je ne pouvais rien imaginer de plus triste. {Haut.) Vous n'y avez pas assez réfléchi, ce me semble. Puisque vous êtes né Moscovite, le seigneur légitime de ce pays n'a point pu vous outrager. Renoncez donc à des projets conçus dans la colère, et retournez dans votre famille.

ROSAURA.

Vous avez beau dire; quoiqu'il soit mon prince, il a pu m'ou-

trager.

CLOTALDO.

Il ne l'a point pu , vous dis-je, alors même qu'il vous eût porté la main au visage.

ROSAURA.

11 m'a plus outragé encore.

CLOTALDO.

Parlez donc ; car tout ce que vous me direz est au-dessous de ce que j'imagine.

ROSAURA.

Eh bien! soit... Mais je ne sais quel respect vous m'inspirez, de quelle vénération et de quelle crainte vous remplissez mon cœur; et j'ose à peine vous confier que ces vêtemens ne sont point ceux que je devrais porter. Si donc je ne suis point ce que je parais être, et puisque Astolfe est venu épouser Estrella, jugez par là s'il a pu •n'outrager. Je vous en ai dit assez.

Rosanra cl Clar^n sortent.

Écoule! arrête Quel est ec confus labyrinthe où je me trouve

perdu et où ma raison marche sans guide? Mon honneur est outragé, mon ennemi est puissant, et je suis son vassal .... que le ciel me montre le chemin! Mais, hélas! je ne l'espère point; car pour l'homme plongé dans cet abîme ténébreux, tout le ciel n'est qu'un présage, et le monde entier qu'un prodige.

JOUINKK DKUXIKMK.

SCEJNE I.

Une cliam'jri' dans \o palais.

Entrent LE ROI et CLOTALDO.

CLOTALDO.

Vos ordres, sire, sont exécutés.

LE KOI.

Conte-moi, Clotaldo, comment tout cela s'est passé.

CLOTALDO.

Le voici, seigneur : nous avons employé le breuvage composé que vous nous aviez dit de préparer eu mélangeant les vertus de certaines herbes ; i! a, en effet, un tel pouvoir, une telle force, qu'il peut enlever complètement à un homme sa raison, lui ôter ses sens et ses facultés, cl le mettre, pour ainsi dire, dans l'état d'un vivant cadavre. Il n'y a plus à douter que cela soit possible, après que l'expérience l'a démontré tant de fois; il est certain que la médecine est pleine de secrets naturels; il n'y a ni animal, ni plante, ni pierre, qui n'ait en soi une qualité déterminée; et si la méchanceté des hommes a pu trouver mille poisons qui donnent la mort, pourquoi donc, en corrigeant ia violence de ces poisons, ne leur donnerait-on pas le pouvoir d'endormir? Mais le doute n'est plus permis aujourd'hui, car il a contre lui-même la raison cl l'évidence. Donc, pour eu venir au fait, muni d'un breuvage composé d'opium et de jusquiamc, je suis descendu dans la prison où est renfermé Sigismoud. Aliu de ne pas exciter sa défiance, j'ai commencé par causer avec lui des connaissances diverses (pic lui a enseignées la nature, laquelle l'a formé a sa divine école, au milieu des oiseaux et des bét£S ».iu%ar'<'> ; et voulant élever son esprit a la hauteur de vos desseins, j'ai pris pour thème le vol orgueilleux de l'aigle, qui, dédaignant les régions moyennes de l'air, monte rapide jusqu'à la région du feu, où il paraît un éclair empenné, une comète au brillant plumage. J'ai vanté la fierté de son vol en disant : «C'est, enfin, le roi des oiseaux, et c'est sans doute celui auquel vous donnez la préfé-

rence. » Il n'en fallut pas davantage. A peine eus-je abordé ces idées de domination et de majesté, qu'il prit la parole d'un air plein d'orgueil, car, eu effet, son sang le porte et l'excite à de grandes choses, et il s'écria : « 11 est donc vrai que, même dans la république turbulente des oiseaux, il y a aussi et des chefs qui gouvernent et un peuple qui obéit! Pour moi, puisque nous en sommes sur ce sujet, je vous avouerai qu'en y pensant, mes malheurs me sont une consolation. Si j'obéis, c'est par force ; jamais volontairement je ne me serais soumis à un homme. » Le voyant animé outre mesure et dans une agitation qui ressemblait à de la fureur, je lui offris l'apozème, et à peine la liqueur eut-elle passé du vase dans sa poitrine, que ses forces s'affaissèrent et que le sommeil s'empara de lui; une sueur froide coula sur tous ses membres ; et c'est au point que si je n'avais pas su que ce n'était là qu'une apparence de mort, j'aurais mis en doute qu'il fut vivant. Sur ces entrefaites, arrivèrent les personnes à la prudence et au courage desquelles vous avez confié cette entreprise; on le plaça dans une voiture, et on !'a conduit ainsi jusqu'au palais, où toutes choses étaient préparées d'une manière digne de son rang. Maintenant on vient de le coucher dans votre lit, et pour se conformer à vos ordres, on veille avec soin sur son sommeil, en attendant qu'il sorte de cette léthargie. Et si en vous servant aussi fidèlement, j'ai mérité de vous une récompense, permettez-moi, sire, de vous demander, si je ne suis pas trop indiscret, quelle a été votre intention en faisant ainsi conduire auprès de vous Sigismond.

LE KOI.

Clotaldo, je trouve votre curiosité fort légitime, et par conséquent je veux la satisfaire. — Sigismond, vous ne l'ignorez pas, est menacé, par l'influence de son étoile, de toute sorte de disgrâces et de malheurs tragiques. Je prétends éprouver si le ciel ne pourrait pas s'être trompé, si le jeune homme qui nous a donné tant de preuves d'un caractère intraitable, ne pourrait pas, avec le temps, s'humaniser, se calmer, et si l'on ne pourrait pas le dompter à force de prudence et de sagesse; car enfin l'homme n'a pas été créé pour obéiraux étoiles. Voilà l'épreuve que je prétends faire, et pour cela, j'ai voulu qu'il fût amené en un lieu où il saura plus tard qu'il est mon fils, et sera en position de montrer ses qualités. S'il a assez de magnanimité pour triompher de ses mauvais penchans, il régnera; mais s'il cède a ses dispositions mauvaises, s'il est cruel et despote, il retournera en prison. ..Vous me demanderez peut-être, maintenant, quelle était la nécessité, pour faire cette expérience, de l'amener ici endormi? A cette question voici encore ma répense : Si on lui eût appris dès aujourd'hui qu'il était mon lîls, et que demain on le reconduisit à sa prison, il est certain, avec son caractère, qu'il serait au désespoir; car, sachant sa naissance, comment se consolerait-il? C'est pourquoi j'ai voulu qu'au besoin il eût la ressource de se dire que tout ce qu'il avait vu n'était qu'un songe. Nous y trouverons

11 ivantages: d'abord, de pouvoir étudier son caractère, et, e$ :.l lieu, de lui procurer la consolation doni je vous ai pari»1. I.i après tout. si. quand il aura commandé ici, il se revoit en prison, et qu'il s'imagine qu'il a rêvé tout ce qui s'est liasse, il aura raison, Clotaldo; car dans ce monde, pour tous tant que nous sommes, vivre c'-vst rêver.

ci.OTAi.no.

ïî nie semble, seigneur, qu'il y aurait à cela bien d<s choses a relire; mais ce n'est pas le moment. Je reconnais a certains signes que le prime s'esl réveillé et qu'il vient de ce côté.

LE ROI

.If me retire. Vous, son gouverneur, tâchez de dissiper le trouble où il doit être, et apprenez-lui la vérité.

CLOTALDO.

Vous me permettez donc de la lui dire?

LE ROI

Oui, car peut-être en sachant ce qui le menace, il fera plus d'efpour se vaincre.

Il son.

Entre CLAIRON.

clairon, à part.

Moyennant un droit d'entrée de quatre coups de hallebarde que j'ai, non pas donnés, mais reçus d'un vilain hallehardier qui .1 la barbe aussi rouge que sa livrée, je pourrai voir à mon aise tout ce qui va se passer. 11 n'y a pas de meilleure fenêtre que celle qu'on porte avec soi sans être obligé de demander de billet. Pour avoir à toutes les fêtes une excellente place sans payer, il suffit d'un peu d'effronterie.

clotaldo, à part.

Cest Clairon, le valet de celle pauvre infortunée, qui, bravant les périls, est venue en Pologne venger mon outrage. Haut. Eh bien! Clairon, qu'y a-t-il de nouveau?

CLAIRON

il y a, seigneur, que votre générosité, disposée à prendre l'ait et eause pour Rosaura, lui a conseillé, à ce qu'il paraît, de revêtir les habits de son sexe.

CLOTALDO.

El je lui ai donné ce conseil dans la crainte que l'on ne vînt à coincvoir une malaise opinion de sa conduite.

CLAIROX.

11 y a qu'elle a changé de nom, qu'elle se fait passer pour votre . et qu'à compter d'aujourd'hui elle a obtenu l'honneur d'être . comme dame auprès fie la princesse Estrclla. CLOTALDO.

I'.' suis bien aise qu'elle se soit conduite avec autant de sagesse.

CLAIRON

Il y a encore qu'elle attend le moment où vous pourrez rétablir ion honneur.

Elle a raison; car c'est le temps qui nous donnera tôt ou tard l'occasion favorable.

CLAIRON'

11 y a qu'en cette qualité, — de votre nièce, — elle est traitée, régalée, fêtée comme une reine. Il y a finalement que moi, qui suis venu avec elle, je me meurs de faim et personne ne se souvient de moi ; personne ne pense que je suis Clairon, et que si un tel clairon se meta sonner, il pourra tout apprendre au roi, à Astolphe et à Estrella. Car Clairon et valet sont deux choses qui gardent difficilement un secret, et si je romps une fois le silence, il pourra se faire que l'on chante pour moi ce refrain si connu f « Clairon qui sonne au matin ne fait pas plus de train '. »

CLOTALDO.

Tes plaintes sont fondées, et j'y ferai droit. Niais , en attendant, sois fidèle.

CLAIRON

Voici le seigneur Sigismond.

Entrent SIGISMOND , des VALETS qui lui présentent des vêtemens, et des MUSICIENS qui chantent.

SIGISMOND

Que le ciel me soit en aide !*Que vois-je ? Je doute si je veille, et j'éprouve une sorte de crainte... Moi dans un palais somptueux ! moi au milieu du brocart et de la soie! moi, je suis entouré de valets si riches, si brillans! moi, j'ai dormi et me suis éveillé dans un lit si parfait! moi, j'ai, pour me servir, tant de gens qui m'offrent des vêtemens!... Est-ce un rêve? non, je suis éveillé... Ne suis— je donc pas Sigismond?... 0 ciel! instruis-moi de la vérité, et apprends-moi ce qui se passe; dis-moi ce qui est arrivé pendant mon sommeil, et par quelle aventure je me trouve en ces lieux. . Niais pourquoi m'en inquiéter? Je veux me laisser servir, et advienne que pourra !

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