‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 155 sur 156 · S1G1SY10M · texte numérisé non relu

S1G1SY10M

Suivez-le, et fouillez le bois avec soin, en regardant tous les

arbres.

CLOTALDO.

Fuyez, seigneur!

LE ROI

Pourquoi ?

ASTOLFE

Quelle est votre intention?

LE ROI

Laissez-moi, Àstolfe.

Que voulez-vous?

LE ROI

Je veux recourir au seul moyen de salut qui me reste. (// *'ovance vers Sigismond et s'agenouille. I Me voila, prince, à vos pieds, que je couvre de mes cheveux blancs. Prenez ma couronne, prenez mon rang et mes titres, traitez-moi en captif; qu'enfin, par ma disgrâce, la prédiction du destin et la volonté du ciel s'accomplisse.

SIGISMOND

Nobles hommes de Pologne, qui voyez avec étonnement ces événemens merveilleux, faites silence, écoutez votre prince: — Ce que Dieu a déterminé dans ses conseils, ce qu'il a écrit de son doigt sur les tables azurées du ciel, ce qu'il a annoncé dans ce livre magnifique au moyen des astres et des étoiles qui en sont les lettres d'or, — ne ment et ne trompe jamais; celui qui ment, celui qui trompe, c'est celui qui les étudie dans de mauvais desseins et qui prétend Ué expliquer. Mon père, ici présent, par crainte de mon mauYaif

n: i LA Vit KST IN SOKGK.

naturel, a fail de mol, en quelque sorte, une bête sauvage; quant bien même. grAcc à la noblesse d'un sang généreux, je serais ne modeste et docilej une pareille éducation aurait suffi à me donnée des mœurs féroces; n'était-ce pas là un singulier moyen de me rendre doui et humain?... si l'on disait à un homme : «Une bote féroce doit te donner la mort,» ne serait-il pas insensé d'en réveiller une qu'il trouverait endormie? Si l'on disait à un homme : te épée «pic tu portes à ton côté doit être la cause de ta moi t, » ne serait-il pas plaisant qu'il espérât se sauver en la tirant du fourreau et en la tournant contre son sein? Si l'on disait à un homme: « Tu dois périr et demeurer enseveli sous les Ilots,» comprendriez—vous que cet homme se lançât à la mer, alors qu'en furie elle élève jusqu'au ciel, les unes sur les autres, les montagnes il.' ses eaux courroucées?... La même chose lui est arri\éc qu'a l'homme qui, menacé d'une bête féroce, la réveille; et à l'homme qui, craignant une épée, la tire contre lui-même; et à l'homme qui, devant périr dans les flots, se lance à la mer au milieu de la tempête... Et quand bien même,— écoutez-moi, je vous prie! — quand bien m^me mon naturel eût été une bête féroce endormie, ma fureur une épée sans tram haut, et ma cruauté un temps calme et tranquille, ce n'est point par l'injustice que l'on triomphe de la fortune; au contraire, par l'injustice, on ne fait que l'irriter; et pour la vaincre, il faut s'armer de sagesse et de modération. Rappelez-vous aussi qu'il n'est p,is possible de se mettre a l'abri du malheur qui doit venir; il faut attendre qu'il arrive, et alors, agir suivant les conseils de la prudence... Donc, qu'il vous serve de leçon ce spectacle étrange, prodigieux, horrible, qui frappe vos yeux en ce moment ; car qu'j a-t-il de plus étrange, «le plus prodigieux, de plus horrible, que de voir abattu à mes pieds mon père et mon roi.'... Le ciel avait prononcé la sentence, il a voulu s'y soustraire, il ne l'a point pu; le pourrai-je, moi qui suis plus jeune, moi qui lui suis, a un si haut degré, inférieur en science et en mérite? [Au roi.) Levez-vous, gneur, donnez-moi votre main; vous devez être convaincu maintenant que vous n'avez pas interprété comme il fallait la volonté do ciel... Pour moi, je m'humilie devant vous, et, sans essayer de me défendre, j'attends votre vengeance.

LE ROI

Mon Gis, une conduite si généreuse vous donne à mes yeux une nouvelle existence, et i désormais l'enfant de mon coeur.

A vous, mon lils, le litre que je portais, a vous mon sceptre et ma couronne ; VOS beaux laits xous établissent roi.

tous.

Vive, vive Sigismond 1

SIGISMONO.

Puisqu'il m'est permis aujourd'hui de songer a des victoires, il en est une que ie dois chercher avant tout : c'est celle que je rem-

JOURNÉE III, SCÈNE lil 373

porterai sur moi-même. — Astolfe, donnez sans retard la main h Rosaura; vous savez que cette réparation est due à son humeur, et je l'attends de vous.

ASTOLFE

Seigneur, j'ai contracté, je l'avoue, des obligations à son égard; considérez , cependant, qu'elle-même ignore qui elle est, et qu'il serait indigne de moi d'épouser une femme qui...

Arrêtez, n'achevez pas... Rosaura est aussi noble que vous, Asto'fe, et mon épée le soutiendra dans le champ. Elle est ma fille : c'est tout dire.

ASTOLFE

Que dites-vous?

CLOTALDO.

J'attendais, pour découvrir ce secret, que je l'eusse vue honorablement établie. Je ne puis entrer en ce moment dans de plus longs détails; mais enfin, elle est ma fille.

ASTOLFE

Puisqu'il en est ainsi, je ne me refuse plus à tenir ma parole.

SIGISMOND

Maintenant, pour qu'Estrella ne regrette pas tant la perte d'un si noble prince , je veux lui donner de ma main un mari qui ne le cède en rien à Astolfe, soit par la fortune soit par le mérite. ( A Estrella. ) Donnez-moi la main.

ESTRELLA

Je ne m'attendais pas à tant de bonheur.

SIGISMOND

Quant à Clotaldo,qui a servi mon père si fidèlement, j'espère l'avoir toujours pour ami, et je lui accorde d'avance toutes les grâcw qu'il peut souhaiter.

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