‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 2 sur 156 · NOTICE SUR CALDERON · texte numérisé non relu

NOTICE SUR CALDERON

menaçant. Je ne puis résister au désir de citer un passage d'une de ses pièces les plus curieuses , où ce sentiment nu semble admirablement rendu.

Celle pièce , intitulée les Armes de la beauté , n'est aulrf chose que le sujet de Coriolan , sauf les modifications, assez graves, que Calderon a fait subira l'histoire.

Coriolan, jeune galant qui vit à l'époque de la guerre contre les Sabins, a excité parmi le peuple une sédition, à cause que le Sénat a promulgué une loi qui interdit aux dames de porter du fard , des bijoux et d'élégans atours. (Riez si vous voulez ; mais , de grâce , écoutez ! ) Comme dans la sédition un sénateur a été tué , Coriolan est jugé par les trois ordres réunis , — l'ordre sénatorial , l'ordre équestre , l'ordre populaire , — et condamné à l'exil. On vient lui lire la sentence au moment où il reçoit au milieu du forum les honneurs du triomphe. En vertu de celle sentence, qui prononce aussi la dégradation du coupable, les trois juges suprêmes s'approchent du triomphateur , et l'un lui ôte sa couronne de lauriers, l'autre son épéc, le troisième son poignard... Pendant tout ce temps Coriolan demeure immobile, dans un sombre silence. Mais ensuite , lorsque le rapporteur (el relalorj lui annonce qu'il va être immédiatement conduit par une troupe armée hors du territoire romain, alors il éclate, et regardant d'un œil farouche les monumensqui l'entourent : «Ainsi donc, s'écrie-t-il, ainsi donc, ingrate pairie, tu me rejettes hors de ton sein , et tu me fais conduire au fond des déserts comme une bête féroce. Eh bien! tremble!... car, comme une bêle féroce, quelque jour je reparaîtrai tout-à-coup et je m'élan cerai contre mon maître ! » Mais il faut lire cela dans Calderon. L'on comprend alors comment les Espagnols ont pu adorer le poète qui exprimait avec tant de puissance le trait distinctif de leur caractère.

Ce qui précède m'amène naturellement à parler de la manière dont Calderon a traité la vérité historique. Dans toules celles de ses pièces dont le sujet est emprunté soit à la mythologie , soit à l'antiquité grecque ou romaine, notre poète dispose à son gré de la couleur locale, et se joue sans scrupule des faits, des mœurs, du temps. Toujours ses héros, Assuérus ou Alexandre, Scipion ou Coriolan, sont des galans espagnols

uj NOTICE SUR CALDERON.

portant la cape et Pépèe . pointilleux sur l'honneur cl dévoués mx dames

En voyant ces inexactitudes de costume, plusieurs critiques se sont récriés contre l'ignorance de Calderon. Calderon, a-t-on dii . pouvait savoir les langues anciennes, mais il rail les mœurs «les peuples qui les parlaient. Comme si l'on pouvait apprendre une langue ancienne sans apprendre en même temps 1rs mœurs du peuple qui l'a parlée! comme si, à Salamanque , notre poète n'avait pas étudié tout ce que nous possédons aujourd'hui encore d'historiens latins ! comme si. enfin, un long séjour en Italie, au milieu des chefs-d'œuvre de la statuaire et de la peinture, n'avait pas dû compléter son éducation classique !

I i s critiques français qui jadis déclamaient si fort contre l'ignorance et la barbarie de Calderon , ou de Lope , ou de Shakspeare, auraient mieux dû se rappeler notre histoire littéraire. Je ne parlerai pas du moyen âge, où nos romanciers qui célébraient les exploits d'Achille et d'Hector . leur prêtaient naïvement les idées, les mœurs, le costume de l'état social dans lequel les auteurs eux-mêmes vivaient, —comme ient les peintres et les sculpteurs contemporains. Je ne parlerai pas, non plus, de ces romans publiés dans la première moitié du XVIIe siècle, dans lesquels on nous représentait, Itoileau lui-même l'a dit, Caton galant et Urutus dameret. Mais plus lard, sous Louis XIV, à la plus brillante époque du grand siècle, nos écrivains les plus instruits, les plus parfaits, les plus classiques, ont-ils toujours été fidèles au costume? Fénélon, quand il décrit la grotte de Calypso tapissée de rocaille* cl de coquilles (17), n'a-t-il pas oublié sa chère antiquité , et nesonge-t-il pas un peu trop aux merveilles de Versailles? De même Corneille et Racine dans leurs plus beaux ouvrages n'ont-ils pas manqué, volontairement doute . le premier à ces mœurs romaines qu'il connaissait si bien . le second à ce génie de la Grèce dont il était tout pénéti

si que pour plaire à un peuple d'une érudition incomplète, pour l'intéresser, pour agir sur lui, l'écrivain, le poète, le poète dramatique surtout, doivent autant que possible lui offrir «les peintures qui lui rappellent les hommes oulescho- *es qu'il confiai* et qu'il aime. Or, cela était surtout néces-

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saire en Espagne au temps de Eope et de Calaeron : car là !e peuple malgré les échecs qu'il éprouva sur la un (échecs qui n'étaient à ses yeux que des accidens passagers, et ne l'inquiétaient pas plus que des accidens de santé n'inquiètent un homme robuste ), le peuple, dis-je , était plein du sentiment de son importance, de sa grandeur, de sa gloire; il croyait à sa destinée, à son avenir, comme il croyait à Dieu, avec une foi entière; rien dans le passe, rien dans le présent ne lui semblait comparable à lui-même; et il n'eût jamais toléré sur la scène des idées, des senlimens, des mœurs, un costume qui n'eussent pas été espagnols. Forée était donc auxdramatistes de ce pays , lorsqu'ils traitaient un sujet étranger, de sacrifier la vérité historique, et, pourquoi ne l'avouerais-je pas? aussi nationaux que leurs spectateurs , ils la sacrifiaient résolument.

Heureux, trois fois heureux, les tragiques grecs ! Ils n'étaient point préoccupés par les souvenirs d'un long passé. Pour eux , tout le passé du inonde c'était le passé de la Grèce; tous les héros , c'étaient leurs aïeux; toutes les traditions, c'était Homère. Ils n'avaient qu'à puiser à ces pures sources, et là ils trouvaient tout ensemble et l'idéal de la poésie et la vérité de l'histoire!

Considéré du point de vue du style et de la forme, Calderon possède toutes les qualités d'un habile écrivain, et, en outre, une rare élévation et une exquise finesse. Mais il a aussi des défauts que nous ne devons pas dissimuler : du bel esprit 3 une imagination excessive, et enfin de la déclamation. Ces défauts étonnent d'autant plus chez notre poète , que naturellement il avait le goût très-sain. Essayons de les expliquer.

Pour la recherche de l'esprit ce fut , de la part de Calderon, une concession à la mode générale. Il suivit en cela l'exemple de Lope, qui, après avoir combattu le mauvais goût avec une verve de moquerie sans égale, finit par y sacrifier (18).

Pour les comparaisons et les métaphores redoublées de Calderon, dans lesquelles il rappelle un peu trop souvent le soleil et les étoiles, elles tiendraient davantage aux nécessités de sa comédie. D'ordinaire elles sont placées dans la bouche des galans qui font la cour à des dames voilées, inconnues.

Bit NOTICK SUN CALDEKON.

Or. q^ic voulez-vous que disent ers galant en une position -i rie icate? Ne sont-ils pas rorcès, comme Simonide, de se rejeler sur l'éloge de Castor et Pollux, ces astres éclatais

De même, les déclamations de Calderon s'expliquent, la plupart du temps, parla situation de ses personnages. Ainsi, par exemple, dans V Alcade de Zaîaméa, d'ailleurs si admirable . lorsque Isabelle, après l'outrage affreux qu'elle a reçu dans Ii forêt, se présente sur la scène, seule, les vêtemens déclinés, les cheveux eu désordre, au moment où le jour va paraître . elle s'écrie: «Ah! puissé-jc ne plus voir la lumière du jour, qui ne servirait qu'à éclairer ma houle!... 0 vous . fugitives étoiles , ne permettez pas que l'aurore vienne sitôt vous remplacer dans la plaine azurée du ciel ; son sourire et ses larmes ne valent point votre paisible clarté ; et s'ii faut enfin qu'elle paraisse , qu'elle efface son sourire et ne laisse voir que ses larmes !...» Certes, dans la situation où se trouve Isabelle, cela est bien froid, cela est bien faux. Mais comment voulez-vous qu'elle apprenne au public son horrible malheur: Comment voulez-vous qu'elle confie à deux mille spectateurs , dont les regards sont fixés sur elle , ce qu'elle lit a peine confier à sa mère en se voilant le visage de ses mains?... Dès lors ces déclamations, qui , dans un ouvrage destine à la lecture, ne seraient pas supportables, on pourrait les expliquer, sinon les justifier , par les exigences de la scène et de l'effet théâtral.

M, ikspeare a une manière de procéder h peu près semblable. Chaque fois qu'il fait raconter sur la scène un événement public, il se sert du langage le [dus propre a nous eu montrer la grandeur, quelle que soit la position sociale du perlOnnage qu'il charge du récit : c'est ainsi qu'on peut voir, au début de Macbeth , avec quelle pompe le soldat raconte la victoire remportée par Macbeth et Uanquo sur le roi de Norvège. Le poète aura craint, sans doute, que l'événement ne perdit de son importance s'il était raconté dans le langage habituel au messager, et alors il a élevé le langage du messager à la hauteur de l'événement (19).

Puisque nous sommes sur la diction de Calderon , une remarque à faire, c'est que l'on rencontre fréquemment dans ses comédies certains mots,— destin, fortune, étoile, —qui

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rappellent la fatalité des anciens et la prédestination des musulmans. Les idées que ces mots représentent ne sont pas, en Espagne, particulières à Calderon ; et souvent ses compatriotes , soit comme individus , soit comme nation , ont tenu une conduite qui semblait indiquer la croyance à ces idées. Mais de tous les dramatistes espagnols Calderon est celui qui les a reproduites le plus fréquemment, comme il est ceins qui a monlréle plus souvent dansses ouvrages l'action et la puissance de la destinée; cl ce détail nous a paru assez important pour que nous ayons dû le signaler à nos lecteurs.

Quanta la versification, Calderon n'est pas toujours exempt d'une certaine manière, et il n'a pas la variété de Lope, qui employait tour à tour, avec la même aisance, tous les rhythmes et tous les mètres. Mais il est supérieur à Lope et à tous les poètes espagnols dans le vers octosyllabique , nommé vers de romance, ou redondilla, qu'il emploie avec un art vraiment magique. Rapides, impétueux, ces vers se précipitent comme un torrent sonore , et l'on se sent entraîné malgré soi par l'harmonie ravissante de celte musique divine dont Lope lui-même était enchanté (20).

Voyant l'admirable finesse avec laquelle Calderon a peint quelquefois les ridicules des hommes, un littérateur fort distingué, M. Martinez de la Rosa,a exprimé le regret que notre poète n'ait pas donné un but moral à ses comédies (2 i). Je ne saurais partager ce regret. A chaque peuple son théâtre, à chaque poète son génie. A l'Espagne, à Calderon les grandes aventures, les grands sentimens, la galanterie passionnée. Pour la peinture des vices et des travers sociaux, pour les chàlier ou s'en moquer, le pays, le poète — c'étaient la France et Molière.

D'autres écrivains sont allés plus loin. Préoccupés de ces aventuresd'amour sur lesquelles Calderon a fondé sa Comédie, ils l'ont accusé de corrompre les mœurs. La critique qui apprécie de la sorte des jeux d'imagination et méconnaît à ce point les privilèges de l'art ne mérite pas une réfutation sérieuse. Calderon, qui semble l'avoir pressentie, l'a réfutée d'avance de la seule manière convenable , par l'intermédiaire d'un de ses personnages qui vient d'être la dupe d'une femme yoilée : «Maudites soient, s'écrie-t-il avec malice, — maudi-

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i( - soienl les comédies qui ont enseigné ces fourberies, qu'on

n'aurait jamais trouvées sans elles! »

Mal hubiesen

Las comedias que ensenaron Engafios tan aparentes (22) 1

Le soûl tort, peut-être, <]ue la morale serait en droit de re- |m cher . I ilderon . c'est d'avoir, dans quelques-unes de ses comédies, glorifié cette susceptibilité du point d'honneur,

qui porte parfois ses héros à dos actes si condamnables. Et ici encore le poète pourrait ne pas demeurer sans réponse.

1 n'est pas moi , pourrait-il dire, ce n'est pas moi qui ai développé (liez mes compatriotes le sentiment exalté de l'honneur. Avant moi ce sentiment régnait en maître dans leurs cœurs : il était le mobile de leur conduite, la règle de leur vie , leur loi , leur inspiration. Je n'en ai été que l'interprète; et si je n'avais pas su l'exprimer avec chaleur , avec éloquence, non seulement les Espagnols ne m'auraient pas adopté pour leur poète, mais moi-même je n'eusse pas été Espagnol ! m

Telle est, à notre jugement , la comédie de Calderon considérée d'une manière générale. Nous nous réservons de compléter notre opinion dans les notices spéciales qui précéderont chaque pièce. Un mot maintenant des aulos.

Nous avons déjà défini ce qu'était un au(o : ur,t espèce de drame religieux allégorique. Les personnages les plus ordinaires de ces drames sont la Foi, la Grâce, la Faute, la Nature, le Judaïsme, la Gentililé. Dans ces ouvrages, le poète, en nous montrant la folie de nos passions , en combattant les niions et la vanité de la raison humaine, cherche à nous expliquer le myslère de notre destinée.

I. - critiques modernes, qui ne sont pas toujours d'accord sur les comédies de Calderon , sont encore plus divisés sur le mérite de ses aulos. M. Schlegel, chez qui une instruction étendue s'unit à tant d'esprit et d'imagination , les a vantés a\oc le plus vif enthousiasme. M. deSismondi , dont la raison est si éclairée , n'en a parlé qu'avec une réserve qui ressemble au dédain, l'unr nous, s'il nous est permis d'émettre notre •pinion après celle d'écrivains aussi considérables , nous pen-

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sons qu'on no saurait trop admirer ce que les autos renferment de beau, de grand, de majestueux, de sublime ; mais qu'aussi l'on peut s'étonner de ce qu'on y rencontre parfois d'étrange et de bizarre. Au reste , malgré l'extrême difficulté de ce travail, nous essayerons de traduire un ou deux autos, et l'on en jugera; car si la poésie perd toujours une partie de son charme dans les meilleures traductions, il n'est pas moins vrai que les beautés sérieuses d'un ouvrage poétique se font jour même dans les traductions les plus imparfaites, — comme on reconnaît un beau tableau à travers la gravure la plus grossière et la plus effacée.

Calderon est le dernier venu des grands dramatistes espagnols. Après lui, après ses disciples, la comédie espagnole disparaîl, et sans retour. En voyant ce singulier phénomène, en voyant finir ainsi un théâtre qui pendant un siècle avait brillé d'un si vif éclat, il est impossible de n'en point chercher la cause avec intérêt.

Cette cause, des écrivains de talent et d'esprit ont cru la découvrir dans l'Inquisition. — Tout ea délestant autant que personne celte institution funeste, — je le déclare , — je ne la crois point coupable de ce nouveau méfait ; et comme il faut bien prendre garde de laisser calomnier l'Inquisition (le mot est de Voltaire), je ferai deux ou trois observations pour sa défense. D'abord, à quelle époque se rapportent les premiers essais du théâtre espagnol? Aux dernières années du xve siècle. Or, c'est précisément à cette époque que s'établit l'Inquisition (23). De même, quelle a été l'époque la plus llorissanle de la littérature espagnole, et, en particulier, de la comédie? C'est la seconde moitié du xvie siècle et la première moitié du xvne. Or c'est aussi à cette époque que l'Inquisition posséda le plus de puissance. Enfin, quels sont les plus grands dramatistes espagnols? C'est Lope, c'est Calderon , Tirso de Molina, Moreto, Solis. Or, Lope appartenait à l'Inquisition ; Monlalban, le disciple chéri de Lope, était secrétaire de l'Inquisition ; et quant à Calderon , à Tirso , à Moreto , à Solis , ils étaient prêtres , ce qui veut dire qu'ils tenaient d'assez près à l'Inquisition. — Donc, évidemment, ce n'est pas l'Inquisition qui a tué la comédie espagnole.

Mais alors, dira-t-on , à quelles causes attribuer la fin si

Kfiij NOTICE SUII CA1 DKIION.

soudaine et si complète de celle comédie? I li ' mon Dieu! à ces causes générales qui déjà auparavant avaient eu tant d'influence sur les lettres et 1rs arts . comme sur la destinée d'autres peuples non moins illustres, non moins glorieux! — Pourquoi, cinquante ans après la conquête macédonienne, n'y a-t-il plus ni grands philosophes, ni grands historiens., ni grands orateurs, ni grands poètes , ni grands altistes dans cette Athènes naguère si féconde? Pourquoi, à Home, la décadence des lettres latines rommence-t-clle immédiatement dans le siècle qui suit celui d'Auguste? Pourquoi, dès le xvir siècle, après Salvador Rosa, n'y a-t-il plus de peinture dans celte Italie qui venait de possédera la fois tant d'écoles florissantes ?... lit si l'on nous demande d'indiquer en outre les causes particulières qui ont eu une action fâcheuse sur la comédie espagnole, nous dirons : d'abord, le bigolisme aveugle du roi Charles II, et ensuite, et surtout, l'avènement de Philippe V au trône d'Espagne.

i.ar ce qui avait fait la force des poètes espagnols c'était leur nationalité ardente, leur patriotisme exclusif. Pas plus que leur pays , ils n'avaient jamais subi l'influence étrangère. Mais lorsque le petit-fils de Louis XIV vint régner en Espagne, avec ce prince pénétrèrent dans la péninsule les idées et les mœurs françaises , d'autres Mies littéraires, un autre système dramatique ; et comme il n'y avait plus de Pyrénées , il n'y eut plus de comédie espagnole.

.Mais , chose remarquable '. ce théâtre espagnol si original , si national . et qui a fini si promptemeut. ce théâtre a fécondé tous les théâtres de l'Europe ; et Calderon , en particulier , a eu sur la littérature dramatique européenne une influence immense qui jusqu'ici, ce nous semble , n'a pas été suffisamment appréciée. A Calderon se rattachent d'une manière plus ra moins directe, soit pour des sujets d'ouvrages, soit pour le développement de quelque qualité , la plupart des poètes dramatiques français du x\ne siècle, et, dans le XVIII*, JleaumarchaU . qui lui a dérobé ses situations les plus piquantes. Dès son vivant , sous la restauration de Charles II , Calderon a défrayé en partie le théâtre anglais. Au XVIIIe siècle il inspirait les poètes italiens, et entre autres le célèbre Gozzi. Enfin, au commencement de ce siècle, en Allemagne , les écrivains les plus distingués, les poètes les plus illustres, à

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!a tète desquels il faul nommer Goethe et Schlegol, l'ont traduit ou imité (24). Quel homme, quel poète que celui dont les inventions uni pu amuser des peuples d'un caractère et d'un génie si dilTérens!

Pour compléter cette notice, il nous resterait à parler de notre traduction, des principes qui nous ont dirigé, du système que nous avons suivi, etc., etc. Mais à quoi bon? quand on aura lu quelques scènes des pièces traduites , ne sera t-on pas mieux instruit à cet égard qu'on ne pourrait l'être par toutes nos explications? Seulement nous avons un aveu à faire ; c'est que pour ces jeux de mots doubles ou triples que Calderon met parfois dans la bouche de ses graciosos comme autant d'énigmes que le poète préparait, je crois, à ses futurs traducteurs , nous avons en souvent recours aux lumières supérieures de M. Louis Dubeux, de la Bibliothèque royale, l'un de nos premiers philologues, et qui possède tous les divers dialectes de l'Kspagne et du Portugal aussi parfaitement qu'il possède, dit-on, les langues de l'antiquité classique et de l'Orient. Grâces à l'érudition et à l'obligeance toujours prèles de M. Dubeux, les difficultés ont été, ce nous semble, convenablement résolues.

Et, après cette déclaration, je tinis comme Calderon finit ses comédies, — en réclamant pour mon travail l'indulgence des lecteurs et en les priant d'en pardonner tous les défauts.

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