SCÈNE II
Une chambre dans la maison de don Félix. Entrent LISARDO et CALABAZAS.
LISARDO.
Quelle journée I
CALABAZAS.
Qu'avez-vous donc, seigneur?... D'où et comment venez-Aous à celte heure?
LISARDO.
Je n'en sais rien.
CALABAZAS.
Après être sorti sans moi, — ce qui ne s est jamais vu avec un laquais homme de bien, — vous rentrez à la maison comme un foudre au moment où le jour va paraître, et, par-dessus le marche, pâle, grondeur et furieux.
LISARDO.
Ne m'assomme point, de grâce, et surtout ne t'avise pas de piai santer; je ne suis pas d'humeur a goûter le sel de tes plaisanteries. — Fais plutôt nos malles. Il fan*, que je parte aujourd'hui, ce matin... Mais non, va voir auparavant si je puis parler a don Félix.
A don Félix, dites-vous?
LISARDO.
Oui, à don Félix.
CALABAZAS.
C'est qu'il n'est pas à la maison. Je crois même, malgré l'heure très-avancée, qu'il n'est pas rentré se coucher.
LISARDO.
Il est heureux, lui! il sera allé célébrer son raccommodement avec sa dame... Et moi!... Ah ! Calabazas, si tu savais tout ce qui m'arrivel
CALABAZAS.
11 ne tient qu'à yous, monseigneur, que je le sache.
LISARDO.
Afin que tu me laisses tranquille, écoute, — Mais à condition qu* tu me feras grâce de tes conseils. 4
..S MÀISCtti \ DEUX POttïES.
CALABAZAS.
La condition est dure; mais enfin, puisque vous le voulez, j'y louscris. Tant pis j)our vous !
LISARDO.
la dame mystérieuse m'ayanl invité par un billet à me rendra citez elle, j*j suis allé. Sa suivante esl venue me prendre à la porte : nous avons traversé un jardin; et enfin, dans une chambre, j'ai trouvé cette dame, plus belle, plus charmante que jamais. Dès l'abord, elle a commencé a m'adresser quelques reproches sur je ne sais plus quoi, lorsque son père a frappé a la porte. On m'a mis lussitôl dans une pièce voisine. J'étais la depuis une heure environ, lorsque après quelques conversations que j'ai entendues d'une manière confuse, un homme a entr'ouvert la porte. Je me suis couvert de mon manteau et j'ai porté la main sur mon épéc. Presque au même instant, une femme s'est approchée devant cet homme, et la porte cnlr'ouverte s'est refermée. Tout cela s'est fait si vite que je n ai pas eu le temps de voir le visage de cet homme. Un moment après, une autre suivante, qui m'a paru assez troublée, est venue me tirer de la secrètement, et m'a reconduit secrètement jusqu'à la rue, en ne cessant de me prier de ne parler de rien à don Félix... Ht maintenant, me voilà inquiet, irrésolu, et ne sachant que faire. Car si cette dame est sa maîtresse, comme je le soupçonne, et que je lui taise mon aventure, c'est bien mal récompenser son amitié, son hospitalité; d'autre part, si je la lui confie, et que cette dame ne soit point sa maîtresse, comme cela est possible enfin, je trahis alors lâchement une femme dont je suis aimé et que j'aime. Ainsi, ne pouvant ni me taire ni parler sans risque, le mieux est, ce me semble, d'éviter ces deux périls, de partir. Je n'ai que ce moyen de ne pas offenser don Félix par mon silence, et cette dame par une indiscrétion. En conséquence, prépare nos effets pour le départ; je veux m'en aller avant le jour, quoique je laisse à Ocafia et mon cœur et mon âme.
CALABAZAS.
Sur ma foi î c'est une résolution qui vous fait honneur.
LISARDO.
Puisque tu l'approuves, Calabazas, jeté donne l'habit que tu con is ce matin du coin de l'œil.
CALABAZAS.
a moi, monseigneur, votre habit?
LISARDO.
Oui, Calabazas.
CALABAZAS.
Je vous baise les mains et les pieds, seigneur. Et cela, ce n'est pas tant parce que vous me donnez l'étoffe d'un habit, quoique ce s.,.. JcjA un beau cadeau, que parce que vous me donnez l'habit teut fait, pendant que celui ou eciic ç%i doit me remettre vos effets.
JOIUSEE il . SCENE II. 39
<e levé, remit tâ c qu'on épargne a avoir un habit tout fait. (/J parle jusqu'à la (in de la scène, en vkangeant de voix à chaque instant.) «Seigneur tailleur, combien faut-il d'aunes de drap pour moi ? — Sept et trois quarts. — Votre voisin Quinones n'en demande que six et demie. — Eh bien ! qu'iï s'en charge! mais si ça va bien, je m'engage a m'arracher la barbe. — Combien de taffetas? — Huit.
— Ce sera assez de sept. - C'est impossible à moins de sept et demie.— Et de toile de Rouen? — Quatre. — Oh! non. —S'il en manque un doigt, il n'y aura pas moyen. — Et de la soie?— Deux onces. — Et de la laine ? — Trente. — Et du boucassin pour les devans?— Une demi-aune.— Et de l'Anjou ? — Pareillement.— Et des boutons? — Trente douzaines. — Quoi ! trente douzaines! — Eh ! mon Dieu! il n'y aura qu'à les compter... Pour les rubans, les poches et le fil, je trouverai ce qu'il me faut à la maison... Permettez, s'il vous ntoîf, que je prenne mesure. Les pieds bien joints, la mine droite, le bras tendu. — En vérité, seigneur tailleur, on dirait que vous me voulez faire danser la danse des Matassins •. — Comme cette culotte aura de la grâce! — Ecoutez bien : le pourpoint large des épaules, tombant un peu sur le haut des bras, et bien arrondi de la ceinture. — ISous avions oublié la frise pour les basques. — Vous la fournirez; j'aime mieux cela. — Ah! vous avez oublié encore les entre-doublures. — Vous les prendrez sur ce vieux manteau. — Je vais les coupera l'instant. — Ah ça, quand m'apporterez-vous tout cela? — Demain matin, à neuf heures précises. — Sans faute, au moins! — Comptez sur moi. — C'est bien.» Nous voilà au lendemain, à une heure de l'après-midi, et, comme de raison, le tailleur n'est pas venu. « Oh ! que ce tailleur se fait attendre ! » L'on frappe ! c'est lui! — «Seigneur tailleur, vous m'avez retenu tout le jour à la maison. — Je n'ai pas pu venir plus tôt. J'ai achevé des jupons de dessous pour une femme, qui avaient au moins cent lés. Je croyais que je n'en finirais plus... Ah! seigneur cavalier, cet ouvrage est bien sec. — Trempez-le... Essayons... Cette culotte m'est étroite. -- Ça n'y fait rien; c'est du drap; ça s'élargira. — Ce pourpoint m'es: large. — Ça n'y fait rien ; c'est du drap; ça se rétrécira. — A merveille! il paraît que le drap s'élargit et se rétrécit à la volonté du tailleur... Ce manteau est court. — II descend plus bas que la jarretière, et on ne les porte pas longs aujourd'hui. — Combien vous dois-je? -Eh! pas grand'chose; presque rien. — Voyons toujours.
— Vingt po'jr la cuiotte ; vingt pour le pourpoint et les manches*
' La danse dis Matassins, en espagnol Matachtnes, était une danse bon (Ton ne exécutée par ile< acteurs giotesqnemcnt masques. Le Malassm, ou Mattaccino, appartient à la farce italienne comme Trivelin et Searamourlie. Nous ne connaissons pas de comédie espagnole ou ce personnage joue un rôle. Molière a mis nue danse de Hatassios 'lai. s \f liallel deif.de Pourceawjnac. et même ce sont eux que le poète a charges dYxéc-.-T «ar le héros de sa pièce cette ordonnance dont execut.on était alors conliée aux gârçous «oothtcaires.
di\ pour le manteau; trente pour les boutonnières, et... — Et mille autres impertinences telles, que relui qui me donne un habit tout fait, qu'il m'aille bien ou mal. me donne un vrai bijou. Et là-dessus je cours plier les vôtres avec reconnaissance.
Il sort.
L1SARPO.
Quelles folies '.... Plût à Dieu que j'eusse sa gaieté, au lieu de sentir si vivement tous ces ennuis!... Au diable la femme, la femme mystérieuse, avec sa mante etses précautions, et ses confidences, à travers lesquelles il m'est impossible de démêler la vérité!
Entre CALABAZAS.
CALABAZAS.
Je viens de dire à une suivante de préparer nos effets, parce que nous partons aujourd'hui môme pour l'Irlande1.
L1SARDO.
Tu aurais pu ajouter que ce sont les artifices d'une femme qui m'exilent d'Ocana avant le temps.
CALABAZAS.
Si vous y tenez, monseigneur, j'y retourne.
LISARDO.
Demeure ici, imbécile.
Entrent MARCELA et SILVIA ; elles s'arrêtent à la porte. Marcela a sa
mante.
silvia, bas, à Marcela.
Songez, madame, à quoi vous vous exposez. marcela, bas, à Silvia.
Ne me dis rien ; car je ne suis pas disposée à rien entendre. — II s'en va, dis-tu, aujourd'hui?
silvia, de même.
Oui, madame.
marcela, de même.
Pourquoi donc t'étonner de la résolution que m'inspire l'amour? Sans doute que Laura lui a déclaré qui je suis, et il me fuit.
silvia, de même.
Que prétendez-vous, alors?
marcela, de même.
Lui parler avec franchise. Mon frère, qui n'est pas encore rentré à cette heure, ne reviendra pas probablement de la journée. Toi, Silvia, attends a cette première porte.
Silvia sort.
• On comprend que ceci n'est qu'une plaisanterie de nafiu^zas. Quand il dit : Non» paflous pour l'Irlande, c'est comme s'il disait : Nous partons pour la Cochincliine. Cependant il est juste de rappeler que l^s relations commerciale» entre l'ancienne Irlande st i «ncienne t-i ague sont le Tait h mieux prouvé de l'histoire irlandaise. A l'époque oa Calderon ecrivaii, il restait aux deux pays la sympathie religieuse.
CALABAZAS.
LISAHDO.
HARCELA
LISARDO.
JOURNÉE II, SCÈNE II. ;i
lisardo, à Calabazas. Va voir si don Félix est de retour.
CALABAZAS.
Don Félix? non; mais voici la dame mystérieuse.
LISARDO.
Que dis-tu?
La dame-revenant.
Où est-elle?
Me voici.
Quoi, madame!...
MARCELA.
Il me semble, seigneur cavalier, qu'il n'est pas galant à vous de partir ainsi d'Ocana sans prendre congé d'une feume qui vous a jne.
LISARDO.
Comment! vous avez déjà appris mon départ?
HARCELA
Une mauvaise nouvelle court et vole.
calabazas, à part.
Vive Dieu ! elle a commerce avec le diable. C'est peut-être Catalina d'Acosta qui va cherchant sa statue1?
HARCELA
Enfin, vous partez ?
LISARDO.
Oui, je pars, je vous fuis.
harcela, à part.
Que lui dirai-je? {Haut.) Je présume de là que vous savez maintenant qui je suis. Si c'est à cause de cela que vous vous éloigner, que Dieu vous accompagne! mais vous devez savoir aussi maintenant gu'il ne m'était pas possible d'agir autrement que j'ai agi.
LISARDO.
Je ne vous comprends pas, madame. Je ne sais de vous, c'est la vérité pure, que ce que vous m'en avez appris vous-même, et c'est pour cela que je m'en vais; c'est votre manque de confiance qui me chasse.
Si es Catalina de Ace s ta
Que anda buscando su tsftva ?
Il derait y atoir en Espagne quelque légende populaire bien terrible sur cette Ci' a»
jina d'Acosta, qui sans doute avait fait un pacte avec le diable ; nous regretlon: de ne saroir sur elle que ce que Calderon nous en apprend. Celte tradition serait, selon ners, de la fin du seizième siècle ou du commencement du dix-soptienie. Nons oserions affirmer qu'il o'est point parlé de Cataliaa d'Acosta dans aucun des recueils de ratnaû?t« espagnoles [romanceros] publiés vers le milieu riu seiiième. 4 .
t? M usON A i>:.l S il. ; .
CALABAZ is, de la })<)! le.
Eh ! ist ! i>t '.... le seigneur don Félix !
H kRCELA.
Ah ! malheureuse !
I ISARDO.
Ne craignez rien, madame, vous Êtes avec moi.
HARCELA
Eh bien! puisque ainsi nvs disgrâces se succèdent l'une à l'autre,
et que je n'ai plus rien à ménager, sachez qui je suis...
Il entre dans la salle.
HARCELA
Je ne puis achever... Ma vie est en vos mains; je la confie à votre honneur. — Je me cache.
Elle se cache clans un cabinet.
USARDO.
0 cieux! délivrez-moi de ces doutes mortels!... Il faut qu'elle soit sa maîtresse, puisqu'elle le craint tant.
Entre DON FÉLIX.
DO\ FÉLIX
Lisardo?
USARDO.
Qu'avcz-vous, don Félix?
DOX FÉLIX.
J'ai un chagrin affreux, et je viens chercher auprès de vous des consolations et des conseils.
LISARDO.
Mais... moi, don Félix...
DOX FÉLIX.
J'ai besoin d'un ami tel que vous.
LISARDO.
Laisse-nous, Calabazas.
CALABASAS.
Je vais tout préparer.
LISARDO.
En apprenant que vous n'étiez pas rentré chez vous de la nuit, je m'étais imaginé que vous célébriez votre raccommodement avec votre dame; et voilà que vous revenez, dites-vous, avec un sujet de trist
DOX FÉLIX.
pui, un malheur en amène toujours un autre. — Ah! mon ami, que vous aviez raison hier, quand, lorsque je vous parlais de la jalousie, vous me disiez qu'il est bien moins douloureux de la causer chez un autre que d'en sentir soi-même les effets ! Aujourd'hui, celte jalousie que naguère j'inspirais, je l'éprouve. Ah! mon ami, quelle horrible torture uuc la ialousie!
MSARDO.
Comment vous est-elle doue venue?
DON FÉLIX
Ce récit vous sera peu agréable.
msakdo, à part.
Vive Dieu I il aura suivi cette dame, et c'est d'e4Ie et de moi qu'il est jaloux.
marcela, à part.
Que le ciel ait pitié de moi!
DON FÉLIX
Hier, je me présentai bien humblement chez ma belle ennemie, et à force de prières, de flatteries et de protestations, je parvins à l'apaiser. Mais le soir, hélas! lorsque, joyeux et content, je retournais chez elle avec l'espoir d'être enfin dédommagé de tant de peines, des circonstances qu'il serait trop long de vous dire m'ayant forcé d'entr'ouvrir la porte d'une chambre, je vis la, à travers l'obscurité,
— un homme!
lisakdo, à part.
Vive le ciel! il m'est arrivé a moi cette nuit tout le contraire.
harcela, à part.
Jésus! Jésus!
DON FÉLIX
Malheur à moi! Au risque d'attirer son père et de compromettre son honneur, je devais cent fois tuer cet homme... Quoiqu'il en soit, j'eus le loisir de me cacher, et je restai là quelque temps dans la pensée de le rejoindre et de voir qui il était.
LISAKDO.
Le savez-vous à cette heure?
DON FÉLIX
Mon Dieu! non. Une suivante l'avait tiré de cette chambre. Je suis sorti presque aussitôt, mais je n'ai pu rien trouver... J'ai fait sentinelle toute la matinée dans la rue jusqu'à midi, mais en vain.
— Y a-t-il au monde, dites, un homme plus malheureux que moi? Je suis jaloux et ne sais pas de qui.
lisakdo, ci part.
Mes craintes ne me trompaient pas. Cette dame était sa maîtresse, et l'homme caché, c'était moi. Je n'avais que trop bien deviné. Mais, supposé qu'il ignore que c'est moi qu'il a vu et que sa dame est ici, que mon absence mette fin à tout cela. Lorsque je serai éloigné, il lui sera impossible de connaître les torts de cette femme et ma trahison involontaire.
DON FÉLIX
A quoi songez-vous donc, que vous ne me répondez pas? Vous avez l'air tout étonné!
MSARDO.
Je le suis encore plus que vous ne nensez
DON FÉLIX
Que ferai-je, dites-moi?
Je ne vois qu'un remède.
Lequel ?
Oublier...
Ah! le puis-je?
LISARDO.
DON FÉLIX
LISARDO.
DON' FÉLIX
Entre CALABAZAS.
CALABAZAS, à (loti FèllX.
Seigneur, il y a là dehors une dame qui demande à vous parler*
DON FÉLIX
C'est elle, sans doute; je n'ai rien à lui dire.
LISARDO.
Voyez d'abord si c'est elle.
Entre LAURA, couverte de sa mante.
DON FÉLIX
Est-ce que je ne la connais pas?... Elle vient, j'en suis sûr, pour me persuader que je suis dans l'erreur. lïsardo, à part.
Si cette dame est la maîtresse de don Félix, chez laquelle il m'a trouvé, quelle est donc cette autre dame?
Seigneur Lisardo, je vous prie, comme cavalier, de vouloir bien me laisser avec don Félix; j'ai a lui parler.
DON FÉLIX
Qui vous a dit, madame, que don Félix consent à vous parler?
i.vura, à Lisardo.
Laissez-nous seuls toujours.
LISARDO.
Vous allez être par moi obéie. {A part.) Je ne puis faire sortir l'autre dame; tenons-nous aux aguets... D'ailleurs, il n'y a rien à craindre, puisque ma dame mystérieuse n'est pas sa dame.
Lisardo et Calabazai sortent.
LAURA
Maintenant que nous sommes seuls, don Félix, et que je puis dire tout haut \p rnotif qui m'amène, écoutez-moi.
DON FÉLIX
A quoi bon ? je sais ce que vous voulez me dire; — que c'a été un rêve, une illusion, que j'ai été abusé en tout ce que j'ai vu et entendu. Si c'est là le motif qui vous amène, vous n'avez rien à mç dire, madame, et moi je ne veux rien savoir.
LAtJRA.
Et si ce n'était pas ce que vous supposiez? si môme c était quelque chose de tout différent?
DON FÉLIX
Je ne vous comprends pas.
LAURA
Eccutez-moi, et vous me comprendrez.
Vous en irez-vous après, si je vous écoute?
LAURA
Oui.
DON FÉLIX
Eh bien! parlez.
marcela, à part Attention, ici. Que j'ai peur!
LAURA
Je n'essayerai pas de vous nier qu'il y eût un homme dans la chambre.
DON FÉLIX
J'attendais de vous une protestation d'attachement, de fidélité, d'amour, des paroles consolantes et de tendres assurances; et au lieu de cela, vous avouez votre injure! Comment ne sentez-vous donc pas qu'en me la rappelant vous la renouvelez?
LAURA
Si vous ne m'écoutez pas jusqu'à la fin
DON FÉLIX
Qu'avez-vous à me dire encore?
LAURA
Une chose qui vous rassurera.
DON FÉLIX
Vous en irez-vous après, si je vous écoute?
Oui.
Eh bien! parlez.
Je tremble!
DON FELIX
marcela, à part.
LAURA
Vous nier qu'il y eût un homme dans la chambre et que Celia lui en ait ouvert la porte, ce serait infâme et cruel, parce que ce serait une cruauté, une infamie, que de nier en face à un homme ce dont il ne peut douter. Mais pareillement, de votre part, penser que j'aie ainsi manqué à mon amour, à mon honneur, c'est une injuste cruauté; car mon honneur et mon amour sont dans mon cœur aussi purs que le soleil.
46 MAISON \ DEUI PORTES.
DON Il I.IX.
Mers, quel était cet homme?
LAURA
Je in* puis nous le dire.
DON FÉL1.T,
Pourquoi?
Tarée que je l'ignore.
DOS VÉLJX.
<)iie faisait-il la. caché?
Je l'ignore également.
DO.N FÉLIX
<>i"i est donc votre excuse?
LAURA
Dans mon ignorance.
i»o\ n'i.ix.
I ii bien! Votre faute, je la sais; et votre excuse, je l'ignore. Comment donc voulez-vous que ce que je sais efface en mon esprit ce que je ne sais pas? Laura, Laura, vous n'avez point d'excuse.