‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 4 sur 156 · DON FELIX. LAURA · texte numérisé non relu

DON FELIX. LAURA

dames.

L1SARDO. MARCELA , )

fabio, vieillard. silvia,

CALABAZAS, laquais'. CELIA ,

kerrera, ecuycr. lelio, domestique.

La scène se passe à Ocaûa 2 et dans les environs.

; suivantes.

JOURNÉE PREMIÈRE

ôCiilNL 1.

Un chemin dans la campagne. A droite, sur le second plan, un monastère

Entrent MARCELA et SILVIA, avec des mantes et comme cherchant à se cacher. Derrière elles entrent LISARDO et CALARAZAS.

marcela, à Silvia.

Ils nous suivent, n'est-il pas vrai?

SILMA.

Oui, madame.

HARCELA

Eh bien! arrête. (A Lisardo et à Calabazas.) Cavaliers , n avancez pas davantage, et même retirez-vous; car si vous tentiez de savoir qui je suis, vous seriez cause que je ne retournerais pas une autre fois là où nous nous sommes rencontrés. Et si cela ne suffit pas, retirez-vous, car je vous supplie de vous retirer.

LISARDO.

Madame... le soleil obtiendrait difficilement que la fleur de l'héliotrope ne se tournât point vers sa lumière; difficilement l'étoile polaire obtiendrait que l'aimant ne s'avançât point de son côté; et il ne serait pas moins difficile à l'aimant d'obtenir que l'acier ne le poursuivît pas avec ardeur. Si votre éclat égale celui du soleil, mon bonheur est celui de l'héliotrope; si votre indifférence égale celle de l'étoile polaire, mon regret est celui de l'aimant; et si votre rigueur égale celle de l'aimant, mon empressement est celui de l'a-

1 Calabaza, en espagnol, signifie citrouille, et, au ligure, une tète sans cervelle. 'Il va en Espagne deux villes de ce nom , l'une dans la provicce de Tolède, l'autre ^ans la province du Grenade. Il s'aiiit ici de la i»-<>iiiiéi'i>.

4 MAIsoX A DEUX PORTES.

cler. Àin&< ùor.c, :?mmcnt puis-je demeurer tranquille, lorsque je m i- «.'en aller mon soleil, mon étoile polaire et mon a'niant, moi qui suis l'héliotrope, et l'aimant, et l'acier?

HARCELA

Le soleil disparaît chaque soir devant l'héliotrope, et chaque malin l'étoile du nord disparaît devant l'aimant. Et puisqu'il est permis au soleil el à l'étoile du nord de s'absenter, vous ne vous plaindrez pas, nous non plus, de mon absence; vous vous direz, en guis( de consolation, seigneur Héliotrope ou seigneur Aimant, qu'il y a la nuit pour le soleil et le jour pour l'étoile du nord. Kl maintenant restez ici; car, je vous en préviens, si vous veniez à découvrir mon secret, si vous veniez à savoir qui je suis, je ne reviendrais pas vouj voir en ce lieu ci... Puisque mes folles inquiétudes qui m'ôtent le sommeil m'amènent ici pour vous voir, ayez confiance en moi, croyezmoi ; cela importe.

L1SÀUDO.

J'en appelle, madame, de votre prudence à mon désir. Supposé que ce fût une politesse de ne pas vous suivre, ce serait également une sottise; or, considérez ce qui choque davantage d'une sottise ou d'une impolitesse; vou» verrez que c'est la sottise, car elle, elle n'a pas d'excuse. Ainsi , madame, souffrez que j'aime mieux être impoli que d'être sot — Voilà aujourd'hui la sixième matinée que je vous rencontre en ce chemin ; il y en a tout autant que je vous y rencontrai pour la première fois à la pointe du jour, vous, nymphe inconnue de ces campagnes, mystérieuse divinité de ce printemps. C'est vous qui, la première, m'avez invité à vous parler, car je n'aurais pas eu cette audace de sitôt, moi étranger dans ce pays. Vous m'avez commandé de me retrouver ici le lendemain, et certes je n'ai pas manqué à ce rendez-vous si plein de cliarme. Comme, malgré mes prières et mes supplications, vous n'avez jamais consenti à soulever ce voile à travers lequel je vous adore de confiance, ma lovante s'est soumise. Mais, voyant que mon péril renaît ici tous les jours sans succès, je me résous à devoir à mon obstination ce que votre complaisance me refuse; je me décide à vous suivre, rien ne m'en empêchera; il faut enfin qu'aujourd'hui je vous voie, ou que je \oic qui vous êtes.

HARCELA

Pour aujourd'hui c'est impossible; laissez-moi pour aujourd'hui. En retour, je vous donne ma parole (pie vous apprendrez avant qu'il soit peu ma demeure, et (pic vous pourrez m'y venir voir. CALABAZAS , à Silvia.

Et vous, demoiselle suivante de cette noble demoiselle, >ous pour qui mon âme court le risque de se damner, dites-moi, y n-t-il an-sj quelque motif qui vous engage, vous, a vous couvrir de votre mante?

SILYI \.

Je n'ai pas à vous répondre là-dessus, laquais très-curieux de

JOURKEE !. SCENE L 5

M très-curieux cavalier, et si vous me suivez, soyez assuré que...

CALABAZAS.

Que, — quoi, s'il vous plaît?

SILVIA

...Que vous me poursuivez, car celui qui me suit me poursuit K

CALABAZAS.

Vive Dieu! je sais maintenant ce qui en est.

SILVIA

Que savez-vous ?

CALABAZAS.

La raison pourquoi vous ne voulez ni l'une ni l'autre soulever votre mante.

SILVIA

Et quelle est cette raison?

CALABAZAS.

C'est que vous avez toutes deux le plus laid visage du monde.

SILVIA

Pas si laids que les vôtres, mon bel ami.

CALABAZAS.

Je vous en souhaite... Moi qui suis un Cupidon!

SILVIA

Non pas! nous sommes un Cupidon à nous deux.

CALABAZAS.

De quelle manière donc, ma déesse?

SILVIA

Vous, vous êtes la première syllabe de ce mot, et moi les deux dernières.

CALABAZAS.

Ce partage ne me va pas2.

marcela , à Lisarâo.

Fiez-vous-en à moi; je vous le promets de nouveau.

LISARDO.

Si vous voulez que je croie à une telle promesse, laissez du moins un gage à mon espoir, permettez que je vous voie.

HARCELA

Eh bien! tenez, regardez.

Elle soulève sa manie.

Oh! madame, en vérité, c'est une perfidie, une trahison 1... Coin-

1 Le mot perseijuir, poursuivre, signilic aussi en espagnol persécuter ' Cupiào somos yo y tù.

— Como ? — Io el pido y tu el eu.

— No me esta bien el partido.

Il y a ici une plaisanterie qu'il esl impossible de traduire. Nous craignons fort, malgré mis précautions, île l'avoir rendue grossièrement ; et elle a en espagnol beaucoup d* grâce, par cela même peut-être qu'elle n'a pas de sens précis. Cependant, à la rigue&J, <-.l pido signifie la demande.

rj MAISON A DEUX PORTES.

ment puis-je vous laisser aller à présent, moi qui Tons suivais avant de \<>u< ;i\oir vue ?

HARCELA

Soyez tranquille sur mon compte. Voua connaîtrez bientôt ma maison el à quel point je désire vous obliger, je vous en réponds de nouveau.

i esardo.

Quoique à regret, madame, j'obéis.

M UU. Kl. \.

Et moi, je vous laisse avec un cœur reconnaissant. Je m'en vais par celle rue.

LlSAR.nO.

Allez avec Dieu !

MAltCMLA.

Le ciel vous garde !

Marcela el Silvia sortent.

ÇALABAZAS* à Li'sardo.

Quoi ! seigneur, ne voyez-vous pas que c'est un piége qu'on vous tend? Suivons-la, suivons-la jusqu'à ce que nous sachions au juste quelle est cette rusée de femme.

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