‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 41 sur 156 · scène il · texte numérisé non relu

scène il

Un salon.

Entrent DONA MENCIA et JACINTHE.

DONA MENCIA

Je les ai vus de la terrasse, mais je n'ai pu distinguer qui ils sont. Jacinthe, il sera arrivé la quelque malheur. Un brillant cavalier venait sur un cheval si léger et si rapide qu'on eût dit un oiseau qui volait, d'autant que les plumes colorées de son panache semblaient flotter au gré du vent. Bref, le cheval qui courait a trébuché, et son maître a été violemment renversé.

JACINTHE

Regardez, madame! les voici qui entrent.

DONA MENCIA

<Jui donc?

JACINTHE

Sans doute !<•> seigneurs que vous avez vus de la teiras>u.

JOURNËK I, SCENE II. 77

Entrent DON DIÈGL'E el DON A1UVS, qui portent rinfant cl le déposent

dans un fauteuil.

DON DlÈGUE.

Tout ce qui appartient au sang royal a de tels privilèges dans les maisons de nobles, que nous nous sommes crus autorisés à entier chez vous ainsi librement.

DOXA MEXCIA.

Ciel! que vois-je?

DOX P1ÈGUE.

L'infant don Henri, frère du roi don Pèdre; il est tombé de cheval à votre porte, et nous craignons bien que cette chute ne lui soit funeste.

doxa mexcia, à part.

Que Dieu me protège!

DON ARIAS

Dites-nous, madame, je vous prie, en quel appartement, en quelle chambre nous pourrions placer le prince en attendant qu'il reprenne ses sens. — Mais à qui parlé-je? Est-ce bien vous, madame?

DOXA MEXCIA.

Ah ! don Arias!

DOX ARIAS.

Sur mon àme! je crois que c'est un songe que tout ce que je vois et entends... L'infant don Henri, plus épris que jamais, revenait à Séville; faut-il qu'il vous retrouve de cette manière malheureuse!... N'est-ce qu'un songe, ou bien est-ce une réalité?

DOXA MEXCIA.

C'est la réalité! Plût à Dieu que ce ne fût qu'un songe!

DOX ARIAS.

Donc que faites-vous ici?

DOXA MENCIA

Vous le saurez plus tard. A présent, c'est de votre maître que nous devons l'un et l'autre nous occuper.

DOX ARIAS.

Qui eût dit que vous le retrouveriez en ce triste étal?

DOXA MEXCIA.

Silence, don Arias! cela importe.

DOX ARIAS.

Et en quoi?

DOXA MEXCIA.

Mon honneur en dépend. — Entrez dans la pièce voisine, où se trouve un lit de camp recouvert d'un tapis de Turquie, et sur lequel l'infant sera plus commodément pour se reposer. — Jacinthe, . sors de l'armoire ce qui est nécessaire, de l'eau et des essences. Prends ce que tu trouveras de plus convenable à un si noble usage.

Jacinthe sort. .,

don amas, à don Diègue.

El nous, laissons ici l'infant, et allons aider à cette esclave.

Ils sc.rU.-nl.

DONA ME3CIA

Enfin ils partent! me > oici seule'. Oh! que ne puis-je, grand Dieu, m'abandonner à tous les senlimcns qui m'agitent sans que mon honneur ait à se plaindre! Oh! que ne puis-je parler, pleurer, gémir en liberté!... Mais non. Pourquoi celte faiblesse? Non, non! je suis celle que je suis1!... Que le \cnl emporte et dissipe au plus i"t les paroles insensées qui ont échappé à mon délire! Loin de me décourager moi-môme de la sovle, je Cois me réjouir au contraire de ce qu'une occasion m'est donnée de connaître enfin ce que je vaux; car de même que l'or s'éprouve dans le feu de même la vertu s'éprouve dans les crises. Mon honneur sortira de celle-ci plus pur et plus brillant!... Pitié, pitié, grand Dieu!... je n'ai pas la force de me contenir davantage. — Don Henri! mon seigneur!

•b' l'infant.

dona mencia.

l'infant.

Qui m'appelle ?

0 bonheur! il a parlé.

Que le ciel me protège !

DONA MENCIA

Quoi! votre aitesse revient à la vie!

l'infant.

Où suis-je?

DONA MENCIA

Dans une maison où il y a quelqu'un qui s'intéresse à votre sort.

l'infant.

En croirai-je mes yeux? Que ce bonheur, pour être à moi, ne s'évanouisse pas dans les airs... Je ne sais ce que je dis; j'ai besoin de me consulter pour voir si je rêve éveillé ou si je parle en dormant. Mais s'il est vrai que je dorme en ce moment, fasse le ciel que je ne me réveille plus! et s'il est vrai que je sois éveillé, fasse le ciel que je ne me rendorme jamais! — Où suis-je donc?

DONA MENCIA

Que votre altesse, monseigneur, ne s'inquiète pas de la sorte; qu'elle s'occupe seulement du soin que réclament ses souffrances. — Revenez, revenez a la vie, et ensuite vous apprendrez de moi où vous êtes.

1 lo soy rjuten soy. Je tins celui (<.u celle] «pu- |C suis. Cette locution ,qui est familière aux j.tjiM.iiin s rjm v, ^,,,i ,„, ,,] i .-, il.s anciennes chroniques cl des vieilles poésies espagnoles, se retrouve asseï fireqaeaiiaeat daM Ici comédies de Calderon. Elle exprime or ne peut mieux , selon non-, , cet orgueil tout castillan qui empècue un Espagnol de mal iane, ne serait-ce «pu: par un s' n unnnt de liante estime pour luimême. C»A jour cela que nous avons cm devoir Ij n produire littéralement, quelque étrange qu'elle ouïsse paraître à des lecteurs français.

JOUUNKK I. SCENE II. 7!»

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