‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 47 sur 156 · LE · texte numérisé non relu

LE

Connaissez-vous, dites-moi, dofia Léonor, une dame principale de Séville?

DON' GUTIERRE.

Oui, sire; c'est une dame renommée pour sa beauté, et de l'une des meilleures maisons de ce pays

le noi.

IS'ètes-vous pas son obligé? IVavez-vous pas à vous reprocher à son égard quelque déloyale ingratitude?

DON GUT1EHRF.

Sire, je vous répondrai avec sincérité; car l'homme de bien ne ment jamais, et surtout devant un roi. J'ai rendu des soins à cette dame autrefois, et je l'aurais épousée si, avec le temps, une résolution différente ne me fût venue. Je l'ai visitée dans sa maison publiquement ; quand j'ai vu que mes hommages n'étaient pas bien accueillis, j'ai changé de sentiment. Alors, libre de cet amour, j'ai épousé à Séville dona Mencia de Aeuîïa, dame d'une naissance illustre, avec laquelle j'habite une maison de plaisance, hors de Séville. Dona Léonor mal conseillée, car le dépit ne conseille jamais bien les femmes, a essayé de s'opposer à mon mariage; mais les juges les plus rigoureux n'ont rien trouvé contre moi. — Elle prétend aujourd'hui qu'il y a eu de la faveur, crmme si la laveur eût pu manquer à une femme jeune et belle. C'est sans doute sous ce prétexte qu'elle espère votre appui. Pour moi, sire, je me prosterne à vos pieds en implorant votre justice, et si vous me jugez coupable, je vous remets mon épée et ma tète.

LE ROI

Quel si grand motif avez-vous eu pour délaisser ainsi cette dame?

DON GUTIERRE.

Ce n'est pas chose nouvelle que de voir un homme léger, volage, inconstant ; cela se voit tous les jours.

le noi.

Oui; mais ce qu'on ne voit pas Ions les jours, c'est un homme qui passe d'un extrême à l'autre, d'une tendresse empressée a un brusque abandon. Il faut pour agir ainsi des motifs bien puissans.

1>0N GIT1ERKE.

Sire, je vous supplie de ne me point presser. Je suis un homme qui perdrais la vie plutôt que de prononcer contre une femme, en son absence, une seule parole qui l'accuse.

Donc vous avez eu alors quelque motif pour la laisser?

!>0N GUTIERRE.

Oui, sire, je l'avoue; mais croyez bien que, s'il le fallait révéler aujourd'hui pour ma décharge, alors même qu'il irait de ma fortune et de ma vie, comme je viens de vous le dire, amant lidele de son honneur, je ne le révélerais pas.

92 LE MÉDECIN DE SON HO.NNKl 11.

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