‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 49 sur 156 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Un jardin ; il est nuit.

L INFANT et JACINTHE entrent en marchant à tâtons. JACINTHE.

Doucement! Pas de bruit!

A peine si je pose le pied sur le sol, à peine si je respire.

Vous voici au jardin. Et comme don Gutierrc est en prison et que la nuit vous favorise de ses ténèbres, n'en doutez pas, monseigneur, vous obtiendrez tout ce que votre altesse désire. Ce sera la une douce victoire.

l'infant.

Jacinthe, si la liberté que je t'ai promise te semble une trop faible récompense pour un si grand service, demande davantage et tu l'auras. Je te dois plus que la vie, je te dois la joie et le bonheur de mon âme.

JACINTHE

C'est ici que ma maîtresse a coutume de venir. Elle passe d'ordinaire une partie de la nuit sous ce berceau.

l'infant.

Tais-toi, tais-toi ; je crains que le vent ne nous écoute, et que l'écho ne trahisse nos paroles.

JACINTHE

Je vous laisse ; moi, afin que mon absence ne réveille aucun soupçon, je vais de ce côté.

Elle sort.

l'infant.

Amour, amour, protége-moi ! Que ce feuillage épais me cache à les yeux ! — Je ne suis pas le premier dont le feuillage des bois

ait favorisé les amours. C'est ainsi qu'autrefois le chasseur Actéon contempla les charmes de Diane.

Il s'éloigne.

Entrent DONA MENCIA, JACINTHE et THÉODORA. dona mencia, appelant. Silvial Jacinthe! Théodora !

JACINTHE

Que voulez-vous, madame?

DONA MENCIA

Apportez-moi des flambeaux. — Mais non, venez toutes. Essayons de faire diversion à l'ennui qui m'accable. Don Gutierre ne rentre pas, Théodora !

THÉODORA

Plaît-il, madame?

DONA MENCIA

Chante-moi quelque chose afin de dissiper ma tristesse.

THÉODORA

Voulez-vous une romance ?

DONA MENCIA

Ce que tu voudras ; cela m'est égal.

Elle s'étend sur une chaise longue et s'endort. THÉODORA.

Voyons si ma guitare est d'accord.

Elle accorde sa guitare.

JACINTHE

Ne chante pas, Théodora. Vois, déjà la fatigue l'a plongée dans Je sommeil. Gardons-nous de la réveiller.

THÉODORA

Pourtant ma guitare allait bien.

Ce sera pour une meilleure occasion. Retirons-nous. (A part.) Oh! combien de fois le plus brillant honneur a été terni par l'entremise d'une servante1!

Jacinthe, Théodora el Silvia sortent.

Entre L'INFANT.

l'infant.

Elle est seule! Je ne puis désormais douter de mon bonheur; l'heure et le lieu m'en empêchent. Elle dort. (// appelle à voix basse.) Mencia! belle Mencia! adorable Mencia! dona mencia, se réveillant.

Dieu me protège!

O criadas, — y quantas honras ilustres se han perdtdo por vosotras Tous les peintres des mœurs espagnoles ont remarqué l'intervention empressée des duègnes et «les servantesdans les amours de leurs maîtresses. Cervantes en a parlé en plusieurs endroits de ses ouvrages. Voyez, dans ses Nouvelles instructives [Novelas ejemplares), le Jalou* d'Estramadure [»l itloto Rttmneno)

l'infant.

PTayei pas peur.

Qui est la?

C'est moi, madame.

don a mencia.

l'infant.

DONA MENCIA

Que prétendez-vous? — Quelle audace!

l'infant.

Une audace qui se comprend et s'excuse après tant d'années de regrets et de douleurs.

DON A MENCIA

Quoi ! seigneur...

Ne vous troublez pas.

Vous avez osé...

Calmez-vous.

Pénétrer ainsi...

llemettez-vous.

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