‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 50 sur 156 · L INFANT · texte numérisé non relu

L INFANT

dona mencia.

l'infant, dona mencia.

l'infant.

DONA MENCIA

Dans ma maison. — Et vous n'avez pas craint de détruire la réputation d'une femme, d'offenser un vassal généreux et illustre?

l'infant.

J'ai suivi votre conseil. Vous m'avez conseillé tantôt d'écouter la justification do cette dame, et je suis venu ici afin de voir ce que \nus me direz pour excuser votre inconstance.

DONA MENCIA

Hélas ! oui, la faute en esta moi. Mais si j'ai parlé de me justifier, que votre altesse le sache, j'obéissais alors à la voix de l'honneur. -- Mais je ne pensais pas... je ne voulais pas vous revoir à cette bcure, en ce lieu.

l'infant.

Croyez-vous donc, madame, que j'ignore les égards que je dois à nom et a votre vertu? J'ai quitté Sévillc sous le prétexte d'une se; mais je ne songeais pas à m'attaquer aux oiseaux de l'air. à vous que j'en voulais, 6 ma blanche tourterelle1 !

Oui, seigneur, vous n'avez que trop raison de me comparer à cet

• Le traducteur s'empresse de déclarer ici, à l'honneur de Calderon, qu'il n'est point queition de tourterelle chez le grand dramaliste. Il dit garza, subsl. fém., qui signifie kéron. On no i? pardonnera de n'avoir pas traduit plus fidèlement.

JOURNEE H, SCENE ï. 9?

oiseau timide. On raconte que quand il est poursuivi par les faucons royaux et qu'il fuit devant eux à tire d'aile, un secret instinct lui désigne celui qui parmi eux lui donnera la mort, et qu'alors, en le voyant s'approcher, il frémit, il frissonne et tremble. De même moi, seigneur, en vous voyant, je suis saisie d'effroi et d'épouvante, parce que j'ai un secret pressentiment que c'est vous, vous, seigneur, qui me tuerez !

l'infant.

Xe vous abandonnez pas à ces craintes, madame.

DONA MENCIA

Au nom du ciel ! laissez-moi.

l'infant.

Je suis venu pour vous parler. Cette occasion, souhaitée si longtemps, elle ne m'échappera pas par ma faute.

DONA MENCIA

Et le ciel le souffrirait ! — Je vais crier.

l'infant.

Vous vous perdriez vous-même.

DONA MENCIA

De grâce, éloignez-vous !

l'infant.

Ne me l'ordonnez pas, je vous en conjure, — dona Mencia!

Par pitié, don Henri!

DON GUTÏERRE, du dehors.

Tiens l'étrier, Coquin, et frappe à cette porte.

DONA MENCIA

0 ciel! grand Dieu! — Mes pressentimens ne me trompaient pas; la fin de mes jours est venue. Voilà don Gutierre!

l'infant.

Malheureux que je suis!

DONA MENCIA

Hélas! que deviendrai-je s'il vous trouve avec moi?

l'infant.

Que faire?

Cachez-vous > Moi, me cacher !

dona mencia.

l'infant.

DONA MENCIA

C'est bien le moins que vous deviez à l'honneur d'une femme. — - Vous ne pouvez plus sortir. Mes servantes, sans savoir ce qu'elles faisaient, ont ouvert et refermé la porte. Vous ne pouvez plus sortir maintenant.

l'infant.

Commandez, j'obéis. „

DOXA MEXCIA.

Retirez-vous dans ce cabinet qui donne dans ma chambre.

l'infant* Je n'ai jamais su jusqu'à présent ce que c'était que la crainte. Oh ! comme un mari offensé doit être redoutable'.

Il se cache.

DOXA MEXCIA.

vi une femme innocente éprouve mes terreurs, Dieu puissant, comme une femme coupable doit trembler!

SCÈ^E II.

Une chambre.

Entrent DOXA MENCIA, DOX GUTIERRE et COQUIN.

DOX GUTIERRE.

0 mon bien, ma chère vie! laisse-moi te presser mille et mille fois contre mon sein.

DOXA MEXCIA.

Je ne m'attendais pas, seigneur, à... Je me réjouis, seigneur...

DOX GUTIERRE.

Tu ne diras pas que je ne suis pas venu te voir.

DOXA MBNP.IA.

«.est une véritable surprise d un amant constant et fidèle.

DOX GUTIKRRB.

Bien que je sois ton époux, je n'ai pas cesse de t'aimer comme un amant. Non, mon bien, ma chère vie, c'est toujours la même tendresse et la même adoration.

DOXA. MEXCIA.

Vos bontés me confondent.

DOX GUTIERRE.

Heureusement pour moi que l'alcayde à la garde duquel on m'a con6é est mon parent et mon ami. Sans lui je gémirais loin de toi dans ma prison. Quelle reconnaissance je lui dois! il m'a permis de te voir !

DOXA MEXCIA.

Je suis également son obligée ; en vous accordant la liberté, c'est une grâce qu'il m'a faite.

DOX GUTIERRE.

Oh! redis-moi encore ces paroles charmantes qui me consolent de mes peines.

DOXA MEXCIA.

Je disais, seigneur, que je suis plus que vous encore obligée à l'alcayde... parce que je vous vois.

DOX GUTIERRE.

0 ma vie! 6 mon âme!

JOUiXKK ii. SÎ'.KXE II. M

COQUIN

Ma foi, madame, vous ne risquez rien de bien caresser aujourd'hui le pauvre prisonnier et de lui laisser baiser votre main tant qu'il voudra ; car je ne sais pas trop s'il peut se promettre longtemps ces douceurs.

DON A MfcNCIA.

Que dis-tu là?

Des folies.

COQUIN

Non pas, monseigneur, ce ne sont pas des folies que je dis là. Mais, madame, ne vous inquiétez pas par avance. Je suis très-bien avec le roi; il m'aime à la rage, et je vous garantis qu'il sera indulgent envers le maître en faveur de l'écuyer.

DON GUT1RRRE.

Tais-toi, mauvais plaisant.

coquin.

Je n'ai plus qu'un mot à dire; c'est que, madame, nous avons tant galopé, galopé pour arriver ici de bonne heure, que mon maître doit avoir faim, et si vous lui donnez quelque chose, je profiterai de l'occasion.

dona mencia, d don Gutierre.

Il me sera difficile de vous bien traiter, car je ne vous attendais pas, et vous m'avez prise au dépourvu. Néanmoins je vais préparer le souper.

DON gutierre.

Appelez une esclave.

DONA MENCIA

Je suis la vôtre, moi, monseigneur, et je cours vous servir. {À part.) Sauvons par un coup hardi, s'il est possi-ble, mon honneur. Que le ciel me soit en aide!

Elle sort.

DON GUTIERRE.

Toi, Coquin, ne t'éloigne pas, fais trêve un peu à tes extravagances, et songe qu'il faut que nous soyons de retour à la prison avant le jour. 11 ne tardera pas à paraître. Tu peux rester ici avec moi.

COQUIN

Je songe, au contraire, à vous conseiller une ruse, une ruse de guerre, la ruse la plus curieuse, la plus étonnante que jamais l'imagination des hommes ait inventée. Votre vie en dépend. C'est là une ruse, une excellente ruse!

DON GUTIERRE.

Et quelle est-elle, voyons?

COQUIN

Elle a pour but de yous faire sortir de prison sain et sauf.

DON GUTTKRHS.

Et comment?

COQUIN

Par un moyen a moi connu.

DON GUTIERRE.

Et quel moyen ?

COQUIN

C'est de ne pas y retourner.

00N GUTIERRE.

Finis, misérable.

COQUIN

Il n'y a pas de misérable qui tienne. Il est évident que, comme vous êtes sorti sain et sauf de prison, si vous n'y retournez pas, vous en serez sorti sain et sauf.

DON GUTIERRE.

Vive Dieu! sot vilain, tu mériterais mille morts. Quoi! tu me conseilles une action aussi honteuse, sans considérer ce que je dois à la confiance de l'alcayde ! tu veux que je manque à ma parole! tu veux que je sois cause qu'il ait trahi la sienne! — Non, j'irai, j'irai me remettre entre ses mains, et au plus tôt.

COQUIN

Je vois que vous ne connaissez pas l'humeur du roi.

DON GUTIERRE.

B n'importe.

COQUIN

Quant à moi qui la connais, monseigneur, et qui ne trouve pas de honte à ne pas retourner à la prison, et qui n'ai pas donné ma pa.ole, et pour qui personne n'a donné la sienne, — vous approuverez, je l'espère, que je ne vous accompagne pas cette fois et quf je vous laisse aller tout seul.

DON GUTIERRE.

Comment! tu ne reviendrais pas ! tu m'abandonnerais!

COQUIN

Vous n'avez pas besoin d'écuyer en prison, je pense.

DON GUTIERRE.

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