‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 59 sur 156 · I.'iNFAvr · texte numérisé non relu

I.'iNFAvr

Ire majesté peut-elle m'accuser d'une intention si criminel:

JOURNÉE III. SCÈNE lï. 121

LE ROI

Henri! Henri! c'est à moi que vous vous attaquez! Quelle horreur!

l'infant.

Je demeure interdit et confus. (// laisse tomber le poignard.) 1!

vaut mieux que je m'éloigne de votre présence et que je me retire.

en un lieu où vous ne puissiez pas vous imaginer que je veuille

verser votre sang, moi malheureux !

Il son.

LE ROI

Que le ciel me soit en aide! — Qu'est-ce que cela signifie? Ce n'est pas la douleur physique que je sens; c'est une peine de cœur bien autrement insupportable. — Un frère qui attente a la vie de son frère! un infant de Castille qui attente a la vie de son roi! — Après tout, pourquoi m'en étonné-je? De quel projet si noir ne serait pas capable celui qui, par les plus vils moyens, cherche à séduire l'épouse d'un loyal gentilhomme ! — Mon âme en est encore soulevée! — Plaise à Dieu que ces commencemens n'arrivent pas à une telle fin que le monde soit épouvanté par un déluge de sang!

DON GUT1ERRK.

Quelle affreuse journée! quels assauts j'ai eus à soutenir ! —Et le roi qui oublie que je suis la, que j'écoute et entends tout! — Dieu me protège! que disait donc l'infant? — Non, jamais ma bouche ne répétera des paroles qui renferment mon outrage! — Arrachons d'un seul coup toutes les racines du mal. Que Àlcncia périsse; qu'elle baigne de son sang le lit sur lequel elle repose ; et puisque l'infant a laissé ce poignard une seconde fois à ma disposition, qu'elle meure par ce poignard ! (// ramasse le poignard.) Cependant il convient que le public ne soit pas instruit de la chose... Un outrage secret demande une vengeance secrète... Que Mencia meure de telle sorte que personne ne devine \e motif de sa mort!... — Mais avant que j'en vienne Là, que le ciel me frappe moi-même pour que je ne voie pas les tragédies d'un amour si malheureux !

il son.

SCÈ^E H.

Uue chambre.

Entrent DONA MENCIA et JACINTHE.

JACINTHE

D'où vient, madame, cette tristesse qui ternit votre beauté? Main tenant vous ne faites plus que pleurer nuit et jour.

DONA MENCIA

Il est vrai ; mais j'en ai bien le sujet. Oui, Jacinthe, depuis cette matinée où je te confiai, s'il t'en souvient, que j'avais eu la nuit précédente un entretien avec l'infant, et que toi tu me répondis que 1. 11

122 il MÉDECIN Dl. SON HONNEUR.

cela n'étail pas possible, parce qu'à la môme heure l'infant causait dehors avec iii. — oui, depuis Inrs je \is dans l'incertitude, la confusion et !.i train le. en pensant qu'il pourrait bien se l'aire que j'eusse parlé a don Gulicrre.

En vérité, madame) le croyer-vous?

lmNV HENCIA.

Oui, Jacinthe, il est des momens où je n'en puis douter. C'était la nuit, il parlait à voix basse, et moi j'étais si persuadée et si troublée de la visite de l'infant, que cette erreur a pu avoir lieu. Ajoute à cela qu'il joue une gaieté extrême quand il est près de moi. et que seul il ne fait que pleurer et gémir.— Oh! quelle affreuse situation que la mienne !

Entre COQUIN.

COQUIN

Madame !

DON A MENCIA

Qu'y a-t-il de nouveau ?

COQUIN

J'ose à peine me risquer à vous le dire. L'infant don Henri...

DONA MENCIA

Assez, ne continue pas; que ce nom ne m'importune plus désormais. Je le redoute et l'abhorre.

COQUIN

n'est pas un message d'amour, et c'est pour cela que je m'en suis chargé.

DONA MENCIA

Alors je t'écoute.

COQUIN

L'Infant, madame, a eu aujourd'hui une querelle avec son frère le roi don IVdre. Je n'essaierai pas de vous la conter, d'abord parce que je n'en connais pas trop les détails, et ensuite parce qu'il n'appartient fias a un bouffon de mou espèce de rapporter les discours des rois. Quoi qu'il en soit, après cela l'infant m'a appelé et m'a dit OU grand secret : « Tu diras de ma part a dona.Mencia que ses dédains sont cause que j'ai perdu les bonnes gi ices de mon frère, que je quitte ma patrie des aujourd'hui et que je fuis en pays étranger, où je n'espère pas de vivre puisque je meurs détesté de Mencia. »

uona MENCIA.

1. infant aurait perdu le> bonnes grâces du roi et serait obligé de s'exiler par rapport a ui<»i : Cet événement sera cause que ma réputation deviendra la proie des bavardages du vulgaire! Que faire, grand Dieu?

JACINTHE

11 faudrait, madame, prévenir ce malheur.

COQUIN

Oui, mais comment?

JACINTHE

Si l'infant quitte Séville, on saurait bientôt les motifs de son départ, et ce serait un affront public pour madame. 11 faudrait que madame le priât de rester.

COQUIN

Oui, mais l'infant a peut-être déjà le pied dans l'étrier.

JACINTHE

Eh bien ! il faudrait que madame lui écrivît un billet où elle lui dirait qu'il importe à sa renommée qu'il demeure a Séville. Le billet arrivera toujours a temps, si c'est toi qui le portes.

1KI.VV uexcia.

Les épreuves de l'honneur sont drs épreuves périlleuses. N'importe, je vais tenter ce moyen; j'écrirai. J'ai beau chercher dans mon esprit, je ne vois rien qui me paraisse plus convenable.

Elle sort.

Qu'as-tu donc depuis quelques jours, Coquin, que tu es si tristet Toi qui étais si gai, si joyeux! D'où vient ce changement?

COQUIN

Que veux tu? je me suis mis à faire l'homme d'esprit, et mal m'en a pris. J'ai été saisi d'une mélancolie qui me tue.

JACINTHE

Mélancolie, dis-tu? Qu'est-ce donc que la mélancolie?

COQUIN

C'est une espèce de maladie qu'on ne connaissait pas et qui n'existait pas il y a deux ans. Elle est née subitement, je ne sais comme; elle a gagné de proche en proche, et chacun aujourd'hui prétend en être atteint. On ne voit plus de tous côtés que mélancolie et mélancoliques. — Mais voici mon maître. jacinthe, à part.

Mon Dieu! mon Dieu! je cours avertir ma maîtresse.

Entre DON GLTIERRE.

DON GLTIERRE.

Un moment, Jacinthe; où vas-tu?

JACINTHE

Où je vais, moi, monseigneur?

DON GUTIERRE.

Ne me réponds pas ainsi par des questions. Où allais-tu? La vérité !

JACINTHE

La vérité, monseigneur, est bien simple; j'allais prévenir ma maîtresse de votre arrivée.

don gutierre, à part.

0 infâmes servantes! ce sont des ennemis que nous entretenoni

l'.-inni nous Mon entrée ici les ;i bien troublés tous deux

[Haut. Ce notai; que pour cela seulement que tu courais?

JAC.1NTJIE.

Oui. monseigneur, certainement.

DON GUTIBRRE, à part.

Je ne saurai rien d'elle; adressons-nous à l'autre, il est plus franc [Haut.) Coquin, tu m'as toujours fidèlement servi, et, de ta part, tu n'as eu qu'a te louer de mes bontés. Je me confie à toi. Voyons, dis-moi, dis-moi, pour Dieu! ce qui se passe.

COQUIN

Je l'ignore, monseigneur!... Je vous assure bien, monseigneur... l'iùt au ciel, monseigneur...

DON GUTIERRE.

Pas si haut ! plus bas I — Pourquoi t'es-tu ému de la sorte à mon entrée?

COQUIN

C'est que... je m'émeus facilement.

DON GUTIERRE, à part.

Il n'y a pas moyen de rien savoir. Ils se sont fait des signes l'un à l'autre. [Haut.) Retirez-vous tous deux.

Coquin el Jacinthe sortent.

DON GUTIERRE Seul.

0 mon honneur! je vous plains!... — Dona Mencia est occupée à écrire... — Voyons ce qu'elle écrit.

scè:ne m.

Une chambre.

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