‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 65 sur 156 · DON GO MEURE · texte numérisé non relu

DON GO MEURE

liélas! sire, vous entendrez le récit le plus triste que jamais me ou roi ail entendu.— Ecoutez. Doua Mencia, mon épouse -aimée, que j'adorais de toute la puissance de mon âme, ia, qui était si belle et en même temps si attachée à son de- \oir, si chaste, si vertueuse, -- que la renommée redise au loin cet !— Mencia, cciic nuit. ;i été prise tout— a-coup «le l'indisposi- : i-. ... I ii médecin, le meilleur médecin qui soit au

el <|ui mérite des louanges éternelles, a \isité la malade et • sou mal. comme le seul remède, une saignée. Làis le chirurgien esl venu; c'est moi-même qui le suis allé chéries domestiques étant sortis, je n'avais personne m. luei. ce matin j'ai voulu entrer dans sa chambre. Que ii-j . J'ai vu loul s m lit, tous ses draps couverts de sang;

sait étendue morte... Sans doute les bandes

;: lui a\ait liées autour <lu bras s'étaient défaites. ■ — .Mais en

i : je n'essaierai point d'exprimer par des paroles une

iblc. Tournez les yeui de ce coté, sire, et vous

terni, la lune obscurcie, les étoiles pâlies: — vous

, a guère si brillante, qui n'est plus ici-bas qu'une

,n, et qui, pour mon malheur, a emporté mon àme

La décoration «lu I »n<l t'enlève, et l'on aperçoit doua llcncia sur son lit. le ROI, à part.

la une étrange aventure 1... La prudence est ici nécessaire.

JOURNEE III, SCENE VI. i:3

Quelle singulière et atroce vengeance !... {Haut.) Dérobez-moi cette horreur : j'ai assez vu ce spectacle d'épouvante et de deuil! Gutierre, vous devez avoir besoin de consolations dans une telle disgrâce. Je vous en trouverai une , la seule qui soit digne de vous. Donnez la main à Léonor. Il est temps que vous répariez vos torts envers elle, il est temps que je lui tienne ma parole : je lui ai promis d'accorder une juste réparation à son mérite et à sa renommée.

DON GUTIERRE.

Sire, puisque les cendres d'un si grand incendie sont encore toutes brûlantes, permettez que je pleure sur mon bonheur détruit. Ne dois-je pas profiter d'une pareille leçon ?

LE ROI

Il faut que cela soit : point de réplique.

DON GUTIERRE.

Quoi! sire, vous voulez qu à peine échappé à ce naufrage j'affronte de nouveau la mer et ses tempêtes! Quelle serait mon excuse?

LE ROI

L'ordre de votre roi.

DON GUTIERRE.

Sire, daignez écouter à l'écart mes raisons.

LE ROI

Qu'avez-vous à me dire?

DON GUTIERRE.

Si mon infortune est telle une autre fois que je trouve votre frère mystérieusement couvert de son manteau, la nuit, dans ma maison ?

LE ROI

Eh bien! vous repousserez des soupçons mal fondés.

Et si je trouve encore dans ma chambre le poignard de don Henri?

LE ROI

Eh bien ! vous vous direz que l'on a mille fois suborné des servantes, et#vous en appellerez à la force de votre âme.

DON GUTIERRE.

Et si je vois l'infant rôder nuit et jour autour de ma maison?

LE ROI

Eh bien! vous vous plaindrez à moi.

DON GUTIERRE.

Et si, lorsque je viens pour me plaindre, obligé de me cacner, je l'entends qui me dévoile un plus grand malheur ?

LE ROI

Qu'importe, s'il vous désabuse et si vous apprenez que la beauté de votre femme a été défendue constamment par sa vertu? 1. 12

I>on GUTIBRRB.

El .--i, de retour à ma maison, je surprends une lettre par laquelle on prie î'inl'.in! de ne pas s'éloigner!

if. mu.

li ] .1 reim'xl.» ;i tOUt.

DON CUTIEIIRE.

Est-il possible qu'il y en ait un à cela?

LE noi.

Oui, Gutierre.

Lequel, sire?

Le \<iire môme.

El quel est-il?

La saignée î

Que dites-vous?

DON GUTIERRE.

LE ROI

DON GUTIERRE.

LE ROI

DON GUTIERRE.

LE ROI

Je dis que vous fassiez nettoyer la porte de votre maison, car on y voit empreinte une main ensanglantée.

DON GUTIERRE.

Sire, ceux qui exercent un office public ont coutume de placer an-dessus de leur porte un écu à leurs armes. Mon office à moi , c'est l'honneur. Et c'est pourquoi j'ai mis au-dessus de ma porte ma main baignée dans le sang, parce que l'honneur, sire, ne se lave qu'avec du sang.

LE ROI

Donnez donc votre main à Léonor; je sais qu'elle en est digne.

DON GUTIERRE.

J'obéis. — Mais considérez bien qu'elle est tachée de sang, Léonor.

DONA LÉONOR

Peu m'importe, je n'en suis ni étonnée ni effrayée. DON GUTIERRE.

Considérez, Léonor, que j'ai été le médecin de mon honneur, et que je n'ai pas oublié ma science.

DONA LÉONOR

Avec elle vous guérirez ma vie, si elle devient mauvaise.

DON GUTIERRE.

A cette condition, voilà ma main.

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