‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 88 sur 156 · LES SOLDATS · texte numérisé non relu

LES SOLDATS

Vive Dieu! c'est bien dit.

l'étincelle , chantant.

Mirliti! mirliton !

Je suis l'àme de la chanson.

rebolledo , chantant.

Mirliti, mirliton, Je suis l'àme de la chanson.

l' étincelle , de même.

Que l'enseigne s'en aille à la guerre , Et que le capitaine s'embarque.

rebolledo , de même.

Tue les Mores qui youdra , Pour moi, je n'ai pas à m en plaindre. l'étincelle . de même.

Allons , que le four chaulTe, Et que le pain ne me manque pas.

rebolledo, de même.

Hôtesse, mettez vite une poule au pot, Car le mouton me fait mal '.

TREMIER SOLDAT.

Holà ! regardez ! J'en suis presque fâché, car la chanson me faisait oublier la fatigue ; mais quelle est donc cette tour là-bas ? n'estce pas l'endroit où nous allons?

REBOLLEDO.

Serait-ce la Zalaméa?

l'étixcelle.

Le clocher le dit. {Au premier soldat.) Ne regrettez pas tant la chansonnette, nous aurons mille occasions de la reprendre; d'autant que ça m'amuse. 11 y en a qui pour la moindre chose pleurent; moi pour un rien je chante, et je vous chanterai mille chansons.

1 Iluespeda, mate me una yallina, Que t\ carnero me liace mal.

Le mot carnero ( mouton, bélier ) prèle en espagnol à toutes sortes de plaisanteries. Mais il est possible que Calderon ait voulu tout simplement montrer l'exigence et la délicatesse des soldats, en leur faisant exprimer ce dédain pour une mnde qui est eu Espagne tres-citimée.

REBOLLEDO.

Halte ici, les amis ! il est juste d'attendre que le sergent apporte l'ordre, et que nous sachions si nous devons entrer par pelotons ou en corps.

PREMIER SOLDAT

Voici le sergent qui arrive. Mais, lui aussi, il attend le capitaine Entrent LE CAPITAINE et LE SERGENT.

LE CAPITAINE

Seigneurs soidats, bonne nouvelle : nous restons ici, et nous y avons logement jusqu'à ce que don Lope arrive avec le reste de la troupe qui était à Llerena. Il y a ordre de la rassembler et de nepartir pour Guadalupe que lorsque tout le terce 1 sera réuni. Le colonel ne tardera pas à venir; et ainsi nous pourrons nous reposer quelques jours de nos fatigues.

REBOLLEDO.

Ma foil oui, capitaine, voilà une bonne nouvelle.

TOUS

Vive le capitaine !

LE CAPITAINE

Déjà les logemens sont désignés; le commissaire distribuera les billets à mesure que l'on entrera.

l'étincelle, à part.

Il faut que je sache au plus tôt pourquoi Rebolledo chantait tout à l'heure,

Hôtesse, mettez-moi la poule au pot, Car je ne puis souffrir le mouton.

Tout le monde sort, à l'exception du capitaine et du sergent.

LE CAPITAINE

Seigneur sergent, avez-vous gardé mon billet à moi?

LE SERGENT

Oui, mon seigneur.

Et où suis-je logé?

LE CAPITAINE

LE SERGENT

Dans la maison d'un laboureur qui est le plus riche de l'endroit, et qui, dit-on, est en mêma temps l'homme le plus orgueilleux du monde; plus vain, plus fier que ne pourrait l'être un infant de Léon.

LE CAPITAINE

En vérité, cette fierté sied bien à un vilain, — parce qu'il a des écus !

1 Le terce { lercio) e'quivalait à un de nos régimeos; mais comme, à cette époque les arméus étaient beaucoup moins considérables qu'on ne lésa vues depuis cinquant ans, le terce avait, relativement, une bien autre importance.

190 L'ALCADE DE ZALAMÉA.

LE SERGENT

On assure, seigneur, que c'est la meilleure maison de l'endroit. Du reste, s'il faut tout vous dire, ce n'est pas tant à cause de cela que je l'ai choisie pour vous, que parce qu'il y a aussi la plus belle personne de Zalaméa.

LE CAPITAINE

Que dis-tu?

LE SERGENT

C'est une sienne fille.

LE CAPITAINE

Alors, toute belle et toute vaine qu'elle peut être, elle n'en est pas moins la fille d'un vilain, ayant sans doute de grosses mains et de gros pieds.

LE SERGENT

Fersonnc ne dit cela.

LE CAPITAINE

N'importe! cela doit être.

LE SERGENT

Est-il un passe-temps plus agréable pour celui qui n'a pas le cœur engagé et qui ne cherche qu'à égayer son loisir, que la société d'une jeune villageoise simple et timide, qui ne sait comment vous répondre?

LE CAPITAINE

Eh bien ! voilà qui, de ma vie, ne m'a jamais amusé, même en :nt; car dès qu'une femme n'est pas mise avec élégance, avec coquetterie, ce n'est plus pour moi une femme.

IF. SERGENT

Eh bien ! pour moi, toutes les femmes sont femmes, à commencer par la première venue. Mais allons la-bas ; car, vive Dieu ! sur votre refus, je la prends pour mon coni|Hc.

Veux-tu savoir qui de nous deux a raison? Songe seulement que celui qui adore une beauté dit en la voyant : « Voilà ma dame, » et non pas :« Voilà ma villageoise.» Donc si l'on appelle dame celle qu'on aime, il est clair qu'une villageoise ne peut avoir aucun droit au titre de darne. — Mais quel est ce bruit?

LE SERGENT

C'est un homme qui vient de descendre, au coin de la rue, de dessus un nouveau Rossinante, et qui, par sa figure et sa taille, rappelle toat-à-fait ce célèbre don Quichotte de qui Miguel Cervantes

a écrit les aventures.

LE CAPITAINE

0 la bonne figure!

LE SEKGENT.

Marchons, seigneur, il est temps.

LE CAPITAINE

Sergent, porte d'abord mes effets au logis, et ensuite reviens m'a-

Vertir.

Ils s'en vodi.

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