‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 95 sur 156 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Une nie. On voit la maison de Crespo.

Entrent MENDO et NTNO.

MENDO.

Qui t'a dit tout cela?

NUNO

Tout ça m'a été dit par Ginète sa servante.

MENDO.

Ainsi, le capitaine, à la suite de cette querelle, vraie ou feinte, qu'il a eue dans sa maison, s'est mis à faire la cour à Isabelle?

NL'NO.

Et de telle manière, qu'il ne s'allume pas plus de feu chez lui que chez vous. Il ne quitte plus sa porte, et à tout moment il lui envoie des messages. Un méchant petit soldat son confident ne fait qu'aller et venir.

MENDO.

Tais-toi ; en voila assez. En voilà même trop. Je ne saurais en digérer autant a la fois.

NL'NO.

Je le crois bien! avec un estomac aussi affaibli!

MENDO.

Allons, Nuîîo, causons sérieusement.

NUNO

Plût à Dieu que ce fût une plaisanterie!

MENDO.

Et comment lui répond Isabelle?

NL'NO.

Comme à vous. Isabelle est une divinité du ciel, et les vapeurs -ières d'ici-bas n'arrivent pas jusqu'à elle.

mendo, lui donnant un soufflet.

Voilà pour toi, maraud : attrape!

NL'NO.

Et vous, puissiez-vous attraper un bon mal de dents! car vous m'en avez cas*é deux. Mais, après tout, vous avez bienfait; car ces meubles-là sont inutiles à votre service. — Voici le capitaine.

MENDO.

Vive Dieu! si je ne considérais l'honneur d'Isabelle, je vou» l'aurais bientôt expédié.

NUNO

Prenez garde à vous!

Entrent LE CAPITAINE, LE SERGENT et REBOLLEDO. MEXDO.

Éloignons-nous pour écouter. Viens avec moi par ici.

Mendo et Nuûo vont de l'autre côlé du llie'àtre LE CAPITAINE.

Ce que je sens, ce que j'éprouve, ce n'est pas de la rage, c'est de la fureur.

REBOLLEDO.

Plût à Dieu, seigneur, que vous n'eussiez jamais vu cette jolie villageoise qui vous coûte tant de chagrins!

LE CAPITAINE

Que t'a dit sa suivante?

Vous savez ses réponses ordinaires.

mendo, à Nuno.

C'est décidé, mon cher. Et puisque voici la nuit qui étend au loin ses voiles sombres, je ne dois pas réfléchir davantage au parti que prendra ma prudence. Viens me donner mes armes.

NUNO

Eh quoi! seigneur, quelles autres armes avez-vous, que celles qui sont peintes sur un carreau de faïence bleue S au-dessus de la porte de votre maison?

mendo.

Dans ma sellerie, je pense, nous trouverons quelque chose de convenable.

NUNO

Partons sans que le capitaine nous aperçoive.

Mendo et N. So sortent.

LE CAPITAINE

Est-il possible qu'une petite paysanne ait tant de fierté! Ne pas daigner me répondre un mot agréable!

LE SERGENT

Les femmes de ce genre, seigneur, ne s'éprennent guère des hommes tels que vous; elles écouteraient plus volontiers un rustre qui leur conterait fleurettes. Vos regrets, d'ailleurs, sont bien gratuits. Ne partons-nous pas demain? et comment voulez-vous, en un seul jour, en venir à bout?

LE CAPITAINE

En un jour le soleil éclaire le monde et disparaît ; en un jour on

' Comme Nuno se raille constamment de son maître, il veut dire, sans doute, que celui-ci, afin d'épargner la main d'œuvre, avait fait peindre ses armes sur uu carreau pro pre à fa;re dts comnartimeus.

2<o r/ALCAHR DE ZÀI.A.MF.A.

bouleverse un <*tnt. : en un jour des pierres se changent en un noble éennec: en un jour l'on gagne ou l'on perd une bataille; en un jour ia ner s agile et se calme ; en un jour l'homme naît et meurt : pourquoi donc mon amour ne pourrait-il pas aussi en un jour briller et s'éteindre comme le soleil, traverser une révolution comme an état, s'élever entièrement comme un édifice, éprouver les alternative* de la défaite et de la victoire, se montrer comme la mer orageux et tranquille, et enfin vivre et mourir comme un tire doué «le sentiment? Et puisqu'un seul jour a sufli pour me rendre si à plaindre, pourquoi un seul jour ne suffirait-il pas pour me rendre le plus heureux des hommes? Serait-ce à dire que le bien est plus difficile a venir que le mal?

LE SERGENT

Quoi? pour l'avoir vue une seule fois vous êtes pris à ce point!

Page 1