‹ Théâtre de campagne: 1-9 sʹerChapitre 22 sur 70 · L'HOMME PROPRE · texte numérisé non relu

L'HOMME PROPRE

(H entre en chiquenaudant les manches et les parements de son habit.)

Je n'ai pas dîné, parce que j'ai eu la bêtise d'accepter à dîner chez Oscar.

Oh ! je ne dîne jamais en ville, je souffre trop ; mais la marquise des Platesbandes et sa fille devaient dîner chez Oscar. L'autre jour j'avais conquis les bonnes grâces de la marquise en lui donnant la recette d'une eau antipelliculaire qui est de tradition dans ma famille.

Je dis donc à Oscar : Elle est charmante, mademoiselle des Platesbandes. Alors le voilà qui organise ce fameux dîner de ce soir. C'est un garçon intelligent, paraît-il, mais il n'est pas... il n'a pas l'habitude, le culte de la propreté. Moi, je n'ai pas une imagination extraordinaire; mais au moins je suis propre!

Ce matin, je m'éveille. Je pense : dîner chez Oscar. Enfin!

Je prends mon bain. Comme tous les jours j'ai mon heure de pédicure, mon heure de manicure, ma demiheure de coiffure du matin. Et je déjeune. Quatre œufs à la coque; j'aime ça parce que personne ne touche les œufs en dedans. Je mange du pain fait à la mécanique... personne ne touche à la pâte : au sortir du four on me le met dans une serviette et on me l'apporte. Je bois de

1 38 l'homme propre.

l'eau filtrée sur ma table, un petit filtre, excellent système... (Je vous donnerai l'adresse du fabricant.) Après déjeuner, je me lave les mains, je me débar- :, je mets des bottines fraîches, je sors. Je vais chez Auguste rous savez?... le shampooing.

>us les jours, de trois à quatre

î shampooing, quand on n'a ae. Je rentre donc ; je me lave [lie... (La poussière, en route.) >stume, je mets des bottines nains et je sors. Chez Auguste ier coup de peigne et en route 1 ner était pour six heures, soir Oscar, bonsoir madame ademoiselle, bonsoir tout le laver les mains (la poussière.) ire une petite carotte nouvelle épluchée à la main ! (la main

les légumes à la machine, en ous donnerai le nom du fabri-

>tage. On fait passer du pain, assiette. Je ne dis rien. J'en fais tombée dans ma serviette, ti. (C'est la seule chose propre 1 si, il y avait encore la nappe saient propres.) Je coupe une de mon pain, une petite je pèle la croûte tout autour.

l'homme propre. i3o.

J'avais, comme ça, un petit noyau de mie assez propre. (C'était du pain coupé à la mécanique ; j'avais averti.)

Oscar a eu l'air de remarquer mon petit travail et il a commencé à me faire un nez.

Eh ! bien, je n'ai mangé que ce bout de mie de pain . Tout ce qu'on a servi me faisait penser à la cuisinière qui avait ficelé l'aloyau, troussé le dinde, écossé les flageolets.

Ça me donnait mal au cœur, rien que de voir manger tout ça aux autres.

Je n'ai bu qu'un peu de bordeaux, parce qu'on le fabrique assez proprement. A Bordeaux, ils ne foulent plus le vin comme ça... (Geste des pieds.) Ils font ça à la machine....

A chaque assiette qu'on emportait pleine de devant moi, Oscar devenait de plus en plus sombre : il sentait que tout ça n'était pas propre.

Oh ! j'ai eu de la patience ! mais quand j'ai vu la marquise et sa fille (Sa fille !) manger des fraises des bois sans les laver, des fraises cueillies dans les bois! (Ce n'est pas propre, les bois) et cueillies avec les mains... (Ce n'est pas propre, les mains) . . . Quand j'ai vu ça, je me suis levé de table, j'ai éclaté , j'ai dit à Oscar : Non ! tu n'es pas propre, rien n'est propre chez toi, pas même les invités !

Oscar a pâli, s'est levé, m'a montré la porte pendant que la marquise faisait respirer un flacon à sa fille en lui disant : Tu avais raison ! ce monsieur est décidément très mal élevé.

J'ai haussé les épaules, j'ai quitté la salle, j'ai demandé de quoi me laver les mains, mais Oscar me suivait ; il m'a mis mon pardessus sur la tête et a lancé mon chapeau

byGOOgl

Un petit salon. — Au milieu un guéridon sur lequel est ouvert un album de photographies, à côté de cartesportraits éparses. Près du guéridon un fauteuil placé de profil. Au fond un paravent derrière lequel on peut se cacher.

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