‹ Théâtre de campagneChapitre 27 sur 97 · I06 LE PREMIER PAS · texte numérisé non relu

I06 LE PREMIER PAS

Je crois pourtant que j'ai franchi le premier pas, le pas décisif, comme dit mon mari...

Hier, j'avais au bal un bouquet qui n'e'tait pas d'une provenance très régulière... Par distraction, je Tai porté à mon visage... Alors, M. de Fortigny m'a jeté un coup d'œil... qui m'a donné le frisson... c'est très mal cela.... Le voilà, ce malheureux bouquet!... il est charmant... j'ai oublié de le faire emporter.

Ce matin, je l'ai vu de nouveau... ce M. de Fortigny... je ne sais comment cela se fait, mais il devine toujours où je suis... J'étais dans un magasin, à choisir des étoffes...toutàcoup, j'entends une voix... — Je crois, madame, que la rose brochée vaudrait mieux que la rouge bordeaux... Je me mets à rire, et nous voilà disant des folies...— Vous vous entendez donc en chiffons?...— Mais certainement, madame, j'étais né pour être marchand de modes... J'ai sur la coupe des robes des convictions inébranlables... — Vraiment!.. . je serais curieuse de les connaître... — Qu'à cela ne tienne, madame, si vous le voulez bien... j'aurai l'honneur de venir chez vous ce soir, pour vous exposer ma théorie... Il a dit cela si simplement... que j'ai été prise à l'improviste... et j'ai répondu : Eh bien... venez!...

Mais c'est le second pas, cela... il est arrivé si naturellement après le premier, que je n'y ai pas pensé... noni

C'est impossible... je ne le recevrai pas... C'est dommage!. .. mais je ne le recevrai pas!... Et mon mari, qui soutient qu'on ne peut pas s'arrêier quand on veut... Eh bien, il ne tient qu'à moi de passer une soirée charmante... et je ne veux pas... je passerai une soirée insipide... à pleurer d'ennui... mais je me prouverai que

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