‹ Théâtre de campagneChapitre 39 sur 97 · SCÈNE HUITILME · texte numérisé non relu

SCÈNE HUITILME

VERMOUTH, grave.

Elle vit. L'enfant qui est tombé dans la fosse à l'ours, et que celui-ci dévore avec la gloutonnerie naturelle à cet animal, est en carton... C'est une poupée !

ADÉLAÏDE

Merci, mon Dieu ! (Dans sa joie, elle lève les bras au ciel et laisse tomber Venfant que Vermouth rattrape au passage.)

VERMOUTH

Quant à votre petite Camille, vous pouvez l'entr'apercevoir d'ici, qui cause familièrement avec un sapeur de sa connaissance... et de la vôtre aussi, Adélaïde, puisqu'il lui demandait de vos nouvelles, et que c'est de cette manière que j'ai reconnu l'enfant.

ADÉLAÏDE, troublée.

Fectivement, monsieur Vermouth, fectivement : c'est un de mes cousins.

ADÉLAÏDE ET VERMOUTH. l33

VERMOUTH

Différemment, je n'aime pas que les jeunesses comme vous aient des cousins dans les sapeurs... Je les connais, les sapeurs... Rien n'est sacré pour un sapeur !..•

ADÉLAÏDE Jaloux 1

VERMOUTH

Non ; mais promettez-moi de vous brouiller avec ce cousin-là.

ADÉLAÏDE

Allons l je vous le promets 1 Êtes -vous content ?

VERMOUTH, avec enthousiasme.

Que VOUS êtes une divinité, et que demain je vous attends sur le coup de midi, devant les singes.

ADÉLAÏDE

J'y serai. Vive la ligne 1

Fin.

L'HOMME PROPRE

Monologue

Par M . Charles GROS

L'HOMME PROPRE

(11 entre en dhiqaenaudant les manches et les parements de son habit.)

Je n'ai pas dîné, parce que j'ai eu la bêtise d'accepter à dîner chez Oscar.

Oh l je ne dîne jamais en ville, je souffre trop ; mais la marquise des Platesbandes et sa fille devaient dîner chez Oscar. L'autre jour j'avais conquis les bonnes grâces de la marquise en lui donnant la recette d'une eau antipelliculaire qui est de tradition dans ma famille.

Je dis donc à Oscar : Eue est charmante, mademoiselle des Platesbandes. Alors le voilà qui organise ce fameux dîner de ce soir. C'est un garçon intelligent, paraît-il, mais il n'est pas... il n'a pas l'habitude, le culte de la propreté. Moi, je n'ai pas une imagination extraordinaire; mais au moins je suis propre!

Ce matin, je m'éveille. Je pense : dîner chez Oscar. Enfin!

Je prends mon bain. Comme tous les jours j'ai mon heure de pédicure, mon heure de manicure, ma demiheure de coiffure du matin. Et je déjeune. Quatre œufs à la coque; j'aime ça parce que personne ne touche les œufs en dedans. Je mange du pain fait à la mécanique... personne ne touche à la pâte : au sortir du four on me le met dans une serviette et on me l'apporte. Je bois de

i38 l'homme propre.

l'eau filtrée sur ma table, un petit filtre, excellent système... (Je vous donnerai Tadresse du fabricant.)

Après déjeuner, je me lave les mains, je me débarbouille, je change de linge, je mets des bottines fraîches, je me relave les mains et je sors. Je vais chez Auguste me faire brosser la tète : vous savez?... le shampooing Je vais au shampooing tous les jours, de trois à quatre heures.

Ça creuse Testomac, le shampooing, quand on n*a pris que des œufs à la coque. Je rentre donc ; je me lave les mains, je me débarbouille... (La poussière, en route.) je change de linge, de costume, je mets des bottines fraîches, je me relave les mains et je sors. Chez Auguste je me fais donner un dernier coup de peigne et en route! Chez Oscar ! puisque le dîner était pour six heures.

Bonsoir madame, bonsoir Oscar, bonsoir madame la marquise, bonsoir mademoiselle, bonsoir tout le monde. Je demande à me laver les mains (la poussière.)

Dans le potage, je trouve une petite carotte nouvelle (j'aime assez les carottes) épluchée à la main ! (la main de la cuisinière !)

Chez moi on épluche les légumes à la machine, en tournant comme ça... (Je vous donnerai le nom du fabricant.)

Je ne touche pas au potage. On fait passer du pain, coupé à la main, sur une assiette. Je ne dis rien. J'en prends un morceau; je le fais tomber dans ma serviette, qui était propre, c'est vrai. (C'est la seule chose propre qu'il y avait à table. — Ah si, il y avait encore la nappe et les couteaux qui paraissaient propres.) Je coupe une petite tranche en dessus de mon pain, une petite tranche en dessous, et je pèle la croûte tout autour.

f /homme propre. r.o

J'avais, comme ça, un petit noyau de mie assez propre. (C'était du pain coupé à la mécanique ; J'avais averti.)

Oscar a eu l'air de remarquer mon petit travail et il a commencé à me faire un nez.

Eh ! bien, je n'ai mangé que ce bout de mie de pdn. Tout ce qu'on a servi me faisait penser à la cuisinière qui avait ficelé l'aloyau, troussé le dinde, écossé les flageolets.

Ça me donnait mal au cœur, rien que de voir manger tout ça aux autres.

Je n'ai bu qu'un peu de bordeaux, parce qu'op le fabrique assez proprement. A Bordeaux, ils ne- foulent plus le vin comme ça... {Geste des pieds.) Ils font ça à la machine....

A. chaque assiette qu'on emportait pleine de devant moi. Oscar devenait de plus en plus sombre : il sentait que tout ça n'était pas propre.

Oh! j'ai eu de la patience! mais quand j'ai vu la marquise et sa fille (Sa fille 1) manger des fraises des bois sans les laver, des fraises cueillies dans les bois! (Ce n'est pas propre, les bois) et cueillies avec les mains... (Ce n'est pas propre, les mains). .. Quand j'ai vu ça, je me suis levé de table, j'ai éclaté, j'ai dit à Oscar ; Non ! tu n'es pas propre, rien n'est propre chez toi, pas même les invités 1

Oscar a pâli, s'est levé, m'a montré la porte pendant que la marquise faisait respirer un flacon à sa fille en lui disant : Tu avais raison ! ce monsieur est décidément très mal élevé.

J'ai haussé les épaules, j'ai quitté la salle, j'ai demandé de quoi me laver les mains, mais Oscar me suivait ; il m'a mis mon pardessus sur la tête et a lancé mon chapeau

140 ' L'HOMME PROPRE

sur le palier. La porte s'est fermée et.... (Un temps, plusieurs grimaces,)

. . • Mais qu'est-ce que j'ai? Ah 1 c'est mon estomac . Je m'en vais; il faut que je rentre changer de bottines, me laver les mains, et manger. • . •

Manger quoi à cette heure-ci? Ah 1 bah I encore quatre œufs â la coque, au moins personne n'y touche en dedans. Ohl vous savez, si je pars, ce n'est pas tant la faim, que.... (// chiquenaude son habit), enfin ce n'est pas propre ici 1 Bonsoir.

ttv.

Saynète en un acte

Par M. Ernest D'HERVILLY

PERSONNAGES

ELODIE

Un petit salon. — Au milieu un guéridon sur lequel est ouvert un album de photographies, à côté de cartesportraits éparses. Près du guéridon un fauteuil placé de profil. Au fond un paravent derrière lequel on peut se cacher.

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