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SCÈNE PREMIÈRE

THERESE (tournée du côté d*un personnage hors de vuej.

C'est entendu, je vais encore me déguiser, mon cher photographe! nous ferons une nouvelle pose. — Mais je vais être hideuse, avec une barbe pareille, — tout à fait hideuse. — Enfin!

{Elle passe derrière le paravent.)

Je ne serai qu'un instant. — Ne vous impatientez pas, mon cher photographe. Je vous demande bien pardon de vous tenir si longtemps aujourd'hui. Ce sont mes diables de favoris qui ne veulent pas tenir en place... Dieul... que c'est gênant!... Là... le chapeau, maintenant... Voilà qui est fait... Je suis prête à prendre la pose. — Me voilà.

{Elle sort de derrière le paravent et apparaît déguisée en homme, mais par le haut du costume seulement, au moyen ; i® d'un veston boutonné au col; 2° d'un chapeau

144 LA M4.RaUISE DE CRAC.

masculin placé sur ses cheveux roulés en garçon ; 3^ d'une paire de favoris à moustaches postiches.

Elle se regarde dans une glace, puis s^ assied dans le fauteuil préparé^ en disant :)

J'ai l'air d'un clerc d'avoué.

{Elle prend une pose dans le fauteuil, assure son chapeau j caresse ses moustaches^ le tout en s* adressant à un photographe invisible pour le public et qui est censé se tenir sur une galerie extérieure,)

Là ! Je suis à votre disposition à pre'sent, monsieur le photographe. La pose est elle bonne comme cela? — Un peu plus de côte', dites- vous?... Bien ! je vous obéis... Y sommes-nous? Vous êtes prêt? Bon! alors, ne bougeons plus! Je me tais. (Moment de silence et d'immobilité.) {Elle se lève.) C'est fait!... Ah!... ça n'a pas été long cette fois. [Prenant une photographie sur la table.) Décidément cette épreuve-ci est très bonne. Je la garde... C'est entendu. Mais vous me ferez un autre... cliché... avec la seconde pose que je viens de prendre. C'est le même costume, mais l'allure est plus cavalière... Là! maintenant, mon cher artiste, emportez votre appareil au plus vite et que tout ceci reste entre nous... Moi, je vais ôter ces affreux favoris. {Elle passe derrière le paravent.) Comment les messieurs peuvent-ils garder cela sur les joues? J'ai hâte de dépouiller ces attributs du sexe fort. Ah! vous partez?... Eh bien! bonjour, monsieur, et à une autre fois... Bonjour, monsieur.

{Elle reparaît en costume féminin complet, et redonne à ses cheveux, d*un coup de main, une allure moins masculine.)

Voilà le tour joué. (Elle reprend sur le guéridon la photographie qu'elle tenait tout à l'heure.) Si jamais oa

devinerait que ce petit monsieur-là, c'est moi! — Que j

je voudrais voir la figure que va faire monsieur mon mari en recevant ce portrait-là ! — Ah ! c'est que mon- j

sieur mon mari en prend un peu trop à son aise avec moi, dans son voyage ! Parti depuis six semaines, sa lettre de ce matin ne m'annonce pas encore son retour ;

comme devant être prochain. Eh bien ! C'est pour que cet Ulysse se hâte un peu de finir d'errer çà et là, loin '

de sa Pénélope, que sa Pénélope (tapisserie à part) va ^

lui décocher cette photographie.. Cette photographie !

(Appuyant avec gaieté,) qu'un audacieux et criminel poursuivant a eu l'aplomb d'envoyer à sa femme... avec . l'offre de son cœur ! . . . Telle est, du moins, la fable gracieuse que monsieur mon mari aura à savourer dans quarante-huit heures... Je le vois d'ici, bouclant sa i

malle d'un air furieux, ou la faisant boucler, mais toujours d'un air furieux, et se disposant à revenir à tire d'ailes à Paris pour y pourfendre l'insolent I Pauvre Anatole!... Mais comme nous rirons ensuite, quand ce mystérieux insolent... lui tendra son front à embrasser! (Elle consulte la pendule.) Grand Dieu! Déjà trois heures et j'oubliais ma chère cousine qui doit venir me voir. . . Serrons tout cela bien vite, vite! Elodie est une charmante femme mais elle est si bavarde, si... C'est un cœur d'or, certainement, mais quelle terrible curieuse et quelle faiseuse d'histoires!... Tout prétexte lui est bon,». Il lui suffirait de trouver ici cette photographie pour inventer je ne sais quoi!... C'est à ce point, qu'au couvent nous l'avons surnommée la Marquise de Crac. Hâtons-nous de dérober ces portraits à son lorgnon indiscret... Ciel! du bruit! C'est la voixd'Élodie... Il est trop tard... je suis prise...

i^b LA MARQUISE DE CRAC.

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