THÉRÈSE, ÉLODIE
ELODIE
(Elle avance la tête avec précaution par la porte entrebâillée de la chambre oîi elle s'est cachée.) Eh bienl je n'entends rien. (Elle aperçoit Thérèse déguisée.) Ciel!... Il est là!... Seul!... Cest lui! Et Thérèse qui a oublié de m'avertir ! (Elle sort de la chambre les yeux rivés sur le mystérieux dormeur.) Il dort! (Elle tousse.) Il dort profondément!... Voilà qui est étrange! Qu'il est charmant même vu de dosl... Allons! il faut que je le réveille... Monsieur!... Que veut dire ceci? Il ne bouge pas!... Et pourquoi ce chaoeau sur la tète?...
LA MARQUISE DE CRAC. l6l
Mais c'est effrayant, ce silence, cette immobilité rigide... Monsieur!... Ah! mon Dieu!... Est-ce que l'anxie'té, rémotion, la douleur... la joie?... il est évanoui... sans doute. . . Oh ! . . . parlez-moi, monsieur 1 . . . j'ai peur!... On n'entend parler que de cœurs brisés soudain, dans les faits divers... Grand Dieu ! serait-il ?.,. Ah ! le pauvre enfant!... J'ai tué mon fiancé !
THERESE, feignant de rêver.
Élodie !
(Elle laisse tomber négligemment sa main sur le bras du fauteuil,)
ÉLODIE
Il n'est pas mort 1... merci, mon Dieu!.,. Il dort. . . Il dit mon nom en songe... Cher être! (Elle lui prend la main,) Monsieur remettez-vous. . . Revenez à la vie... Je vous en conjure !.,. Ne craignez plus rien, car vous êtes... aimé tendrement. . .
THERESE, se redressant sur ses pieds.
Est-ce bien vrai cette fois ? (Elle ôte ses favoris et jette son chapeau.)
ÉLODIE Ah I — Thérèse I
THÉRÈSE Pour vous servir, ma belle !
ÉLODIE, furieuse, et remettant en hâte son chapeau.
J'aurais dû m'en douter... Je ne vous reverrai jamais de ma vie. Adieu!... Vous êtes une méchante femme I {Elle se sauve.)
THERESE, la reconduisant.
Bon voyage ! . . . Madame }a marquise de Crac )