LOUISETTE, ROSA CARMEN
ROSÂ CARMEN, sortant de sa chambre, attirée par le tapage.
Eh bien, mademoiselle Louisette, que signifie tout ce bruit, qu'y a-t-il ?
LOUISETTE
Il y a... il y a, madame, que je me révolte à la fin, que je ne suis pas entrée à votre service pour faire un métier d'esclave. Du reste, Firmin me l'a dit : Tesclavage est aboli.
ROSA CARMEN
Grâce, mademoiselle, de ce que vous a appris Firmin, un mauvais valet que j'ai chassé pour ses impertinences! J'ai peur qu'il ne vous ait déjà enseigiié trop de choses I
A l'essai. 229
LOUISETTE
Je vous quitte, et je vous prie de me régler mon compte tout de suite... Je vous fais cadeau de mes huit jours ! {Elle fait mine de dé/aire son tablier.)
ROSA CARMEN
Vraiment ? Et c'est sans doute monsieur Firmin qui vous a inspiré cette belle résolution?...
LOUISETTE
Possible, madame... possible.
ROSA CARMEN, à part.
Ménageons-la, j'en ai encore besoin. Habituée â mon service, à mes caprices, elle est un peu... un peu... beaucoup plus que je ne voudrais... au courant de mes petites affaires. Elle est, en outre, la seule de mes -raméristes qui soit parvenue à me coiffer à mon goût. (Haut^ à Louisette : ) J'excuse ton emportement, car je sais que tu as pour Tinstant un surcroît de besogne.
LOUISETTE
Cest heureux que madame en convienne l
ROSA CARMEN
Oui, aucun de mes domestiques ne consent à te rendre la tâche moins lourde. Le cocher prétend que sa position élevée ne lui permet de s'occuper que de ses chevaux et de sa voiture ; la cuisinière, je ne l'ignore pas, a refusé net toute collaboration en dehors de ses fourneaux; le palefrenier, seul, s'est montré disposé... mais tu l'as remercié en termes un peu vifs... tu lui as dit..
î3ô A L^SlAI.
L0UI8ETTE
Que je ne Tai pas en odeur... de sainteté, voilà tout!
ROSA CARMEN
Tu vois que rien de ce qui se passe ne m'échappe. Calme-toi... un peu de patience I... J'apprécie ton dévouement, et je saurai le récompenser.
LOUISETTE
Madame sait bien que je ne la sers pas par intérêt. {Elle fait sauter un porte-monnaie qu'elle trouve sur la table.)
ROSA CARMEN
Je connais ton désintéressement. Tiens, garde ce porte monnaie.
LOUISETTE
Merci... madame.
ROSA CARMEN
Ne me remercie pas ! Tes fatigues vont avoir un terme... tu pourras te reposer à ton aise. Je le répète, je no te demande qu'un peu de patience.
LOUISETTE
Ça n'est pas dommage que cette vie-là cesse, car voyez-vous, madame, bien sûr, je serais tombée malade... Mais alors, j'y pense, Firmin va revenir ? Vous lui pardonnez? -
ROSA CARMEN
Il ne s'agit pas de ce drôle : je suis allée hier, après midi, dans un bureau de placement ; on a promis de me trouver un valet de chambre modèle.
À l'essaî. 23 1
LOUTSETTE
Pas aussi parfait que Firmin.
ROSA CARMEN
Au foyer de TOpéra, j'ai raconté mes ennuis domestiques, et je me suis engagée à accorder une grande faveur à celui de mes nombreux adorateurs qui aura le premier déniché un valet accompli. Le sacrifice que j'exige de toi ne saurait être, désormais, ni long ni pénible. Demain, ce soir, tout à Theure, peut-être...
LOUISETTE
Ah ! dans mon trouble... (Elle fouille dans les poches de son tablier.) Une lettre qu'un commissionnaire a apportée il y a une heure... Je l'avais oubliée. [Elle fouille dans la poche gauche de son tablier.) Non, pas celle-là, elle est de Firmin. (Fouillant dans la poche droite.) Voici, madame 1
ROSA CARMEN
Donne... donne vite!... (Elle prend la lettre et Vexamine.) Tiens 1 du marquis de Riverey, un vieil habitué des coulisses de l'Opéra. Que peut-il me vouloir? (Lisant.) « Chère belle, vous avez commis la faute « grande, hier, au foyer de la danse, de confier à vos « bonnes petites camarades l'embarras que vous éprou- « viez à trouver un domestique. C'est ainsi que mon « neveu, Gaston de Riverey, jeune sous-préfet que je € devais vous présenter, Ta appris. Vous ne connaissez « pas ce polisson de neveu, mais lui, qui vous a aperçue € à travers le feu de la rampe, brûle du désir de vous € voir de plus près. Il est, — Hélas ! Qui ne le serait? € éperdument amoureux de vous; aussi a-t-il conçu l'idée
23a A l'essai.
a folle de se présenter à votre hôtel, se disant envoyé « par le bureau de placement. {Elle rit aux éclats») « L'écervelé mérite une bonne leçon, donnez-la lui, en <c le contraignant aux ouvrages les plus répugnants, puis « jetez-le à la porte, avec tous les égards dus à sa sotte « équipée. Je vous baise les mains.
a Marquis de Riverey. »
(Elle rit,)
LOUTSETTE
Si je lui parlais en faveur de Firmin ? Je crois que cette lettre Va mise de bonne humeur...
POSA. CARMEN
Comment me trouves-tu ce matin ?
LOUISETTE
Charmante : ne Têtes-vous pas toujours ? (A part.) Le moment est favorable... je me risque. (Haut.) Permettez-moi de vous parler du pauvre Firmin.
ROSA CARMEN
Non... non. Laisse-moi avec ton Firmin... {Elle lui montre la porte.)
LOUISETTE, sortant.
Je reviendrai à la charge...