SCÈNE SIXIÈME
LES MKMES, plus ROSA CARMEN, entrant,
FRANÇOIS, saluant.
J'ai rhonneur de présenter mes très humbles respects à madame, et la prie de bien vouloir prendre connaissance, de ce billet. (// dépose un papier sur la table.)
ROSA CARMEN, prenant la lettre et examinant François.
Vous venez du bureau de placement... bien sûr?
FRANÇOIS, saluant.
Si madame veut bien.
ROSA CARMEN
Votre nom ?
FRANÇOIS
François Canivetd'Aurillac... (Cantal), à votre service. (// salue^ et lui donne un portefeuille.)
ROSA. CARMEN , à part.
Pas mal... son de'but, pas mal... il s'est composé un nom, un visage, un maintien, il parle un langage tout à fait en rapport avec Temploi. Le nom est d'un ridicule absolument de circonstance. Mais il ne peut, sous cet accoutrement, parvenir à dissimuler son origine, sa distinction ; il conserve, malgré lui, ce je ne sais quoi... ce cachet indélébile que donne la naissance. Front allier, œil intelligent et vif, extrémités fines et aristocratiques. Voilà bien le vrai gentilhomme , le gentil*
A l'essai. 237
homme de race, le gentilhomme dont la géne'alogic se perd dans la nuit des temps ! (Bas à Louisette : ) Que dis-tu de lui ?
LOUISETTE
Du Canivet?
ROSA CARMEN
Oui 1 La perle annoncée 1 (Elle r examine.)
LOUISETTE, dédaigneusement.
Ça, une perle?... ma foi, puisque la perle sort de l'huître!...
FRANÇOIS, continuant à inspecter ; il porte tour à tour ses regards sur Louisette et sur Carmen ; à part.
Elle vous a un air très bien, ma nouvelle patronne ; le placeur ne m'avait pas trompé...
ROSA CARMEN, à part.
Examinant les papiers.) Un passeport! au nom de François Canivet. (Elle rit.) Où diable a-t-il pu se le procurer?
FRANÇOIS, à part.
Je vois ce que c'est : pas beaucoup à faire... si ce n'est du côté de la petite femme de chambre... (// se tourne du côté de Louisette.)
ROSA CARMEN, à part.
Un livret 1... Celui de son domestique, sans doute.
FRANÇOIS
(// se tourne vers Rosa.) Oh ! mais comme madame
338 A l'essai.
me regarde !... J'en vaux un autre. Tiens! la situation ne me déplairait pas... Attendons, attendons!
ROSA CARMEN, s'adressant à François.
François, les renseignements du placeur sur votre compte sont satisfaisants. Je vous prends à Tessai.
FRANÇOIS, saluant.
Oh! madame...
ROSA CARMEN
Un essai loyal s'entend... Louisette vous mettra au courant.
LOUISETTE, à part.
Plus souvent! (Haut.) Certainement, madame...
FRANÇOIS
Si les renseignements ne suffisaient pas à madame, je pourrais... (// tire de sa poche un portefeuille.)
ROSA CARMEN, l'arrêtant du geste.
Inutile .. au surplus, je suis fixée sur la valeur des certificats. (A part.) Il n'a rien oublié. {A Louisette : ) Indique à François en quoi consisteront ses attributions, sois complaisante envers lui : tu peux toutefois ne pas l'être autant que tu Tétais avec son prédécesseur.
LOUISETTE
Madame! je suis une honnête fille et c'est pour le bon motif que Firmin me faisait la cour.
FRANÇOIS, à part.
Très gentille, la petite... Oh! mais! très gentille, (lllui lance des œillades.)
LOUISETTE, à part.
Voyez l'intrus 1 II veut remplacer Firmin... Qu'il se tienne bien, ou sinon...
ROSA CARMEN, riant
Monsieur... François, il me passe par Tesprit une idée, une fantaisie, un caprice. Je veux assister à votre installation. Commencez votre ouvrage, ici... devant moi... (Louisette lui jette les ustensiles de ménage,)
FRANÇOIS, ôtant son paletot sans hésitation.
A la bonne heure 1 Madame pourra juger du moins, par elle-même, de mon savoir-faire. (Mettant un tablier. A Louisette.) Il était temps qu'un homme vînt mettre un peu d'ordre ici... des toiles d'araignée partout.
LOUISETTE
Où donc ?
FRANÇOIS
D'abord là... au-dessus de la glace. (// les lui montre avec la tête de loup,) Tenez! tenez l (// secoue la tête de loup et fait mine d^écraser une araignée.) Êtes-vous coavaincue maintenant ?
ROSA CARMEN, à part, en riant.
Très fort 1 Monsieur le vicomte, vous vous en acquittez, ma foi, fort bien. Parole d'honneur, on jurerait que vous n'avez pas fait autre chose de votre vie. [Appelant.) Louisette 1
LOUISETTE
Madame !
"~F 1 «"li-
240 A l'essai
ROSA CARMEN
Je déjeunerai sur cette table... {Elle indique le guéridon,) Tu mettras deux couverts..
LOUISETTE
Deux couverts?... Madame attend quelq'un ?
ROSA CARMEN
Pas de réflexions, quand je commande 1
LOUISETTE
Bien, madame... on y va... on y va...
FRANÇOIS, B'élançant vers la cuisine.
On y va 1
ROSA CARMEN
Où allez-vous, François?
FRANÇOIS
Je vais prêter la main à Louisette.
ROSA CARMEN
Non, pas vous aujourd'hui. (A /7ar^) Quel sang-froid! quelle présence d'esprit ! {Haut.) J'ai l'habitude de traiter mes domestiques, le jour de leur entrée dans ma maison.
LOUISETTE, à part.
Peut-on mentir de la sorte!
FRANÇOIS, s'inclinaot.
Que de bontés l
A l'essai. 241
kOSA CARMEN
J'entends, en proce'dant ainsi, leur prouver que bien qu'ils deviennent mes serviteurs, je n'oublie pas qu'ils sont avant tout des hommes, et je mets en pratique la fameuse devise : fraternité'., égalité...
FRANÇOIS, l'interrompant.
Sauf le respect dû à madame, la devise est incomplète... et... liberté.
ROSA CARMEN
Liberté... une fois par semaine le lundi... encore quand je ne reçois pas.
FRANÇOIS
On se le tiendra pour diti
LOUISETTE, à part.
J'enrage... elle rit avec cet escrogriffe et elle traitait Firmin comme un chien 1
ROSA CARMEN
Eh bien , Louisette, que faites-vous ?
LOUISETTE
Vous voyez, je dresse le couvert.
FRANÇOIS, à part, voyant Louisette sortir.
Il faut que je l'aide, cette petite! (Louisette revient chargée de vaisselle. François s'élance à sa rencontre et lui prend des mains quelques assiettes^ en lui lançant des œillades^ auxquelles Louisette revend par des regards furieux, )
:!42 A l'essai.
LOUISETTE
Puisque madame trouve que je n'ai pas assez d'ouvrage, laissez î.., ne touchez à rien !...
FRANÇOIS
Du tout, ceci me regarde ! Je tiens à ce que madame voie que je ne suis pas embarrassé pour dresser une table. On a l'amour-propre de son métier ! (// met le couvert, essuie les assiettes, et en laisse tomber une)
LOUISETTE, à part.
Hypocrite !...
ROSA CARMEN, à part, souriante.
Vous êtes bien étonnant, monsieur le vicomte. Si votre oncle vous voyait!...
FRANÇOIS, remet rapidement son vêlement et ses gants, puis, grave,
la serviette sous le bras.
Madame est servie 1
ROSA CARMEN
Déjà!
FRANÇOIS, s'inclioaat.
Madame me flatte.
ROSA CARMEN
Ici les domestiques ne parlent pas à la troisième personne... Demandez plutôt à Lowisette. En voilà une qui ne pèche pas par excès de politesse !
LOUISETTE, à part.
Faudrait-il pas se mettre à ses genoux l
FRANÇOÎS, dignement. -
Je sâîs ce que je dois à mes maîtres... Dès mon jeune âge, mes ancêtres, les Canivet...
ROSA CARMEN, Hâllt.
Les Canivet î
FRANÇOIS M'ont inculqué les bons... les vrais principes...
LOUISETTE
Ah!
FRANÇOÎS
Je ne saurais... Madame n'exigera pas que je lui manque de respect au point de...
ROSA CARMEN, à part.
Superbe, il est superbe ! {Haut.) François, je l'exige. [Elle se met à table.) Asseyez-vous là, en face de moi. Dois-je toujours vous rappeler que vous êtes mon invité?...
FRANÇOIS, hébété et restant debout.
Jamais... je n'oserai.
ROSA CARMEN, à part.
Il craint de se trahir ! {Haut et sévèrement,) De la désobéissance? c'est bien tôt... je veux qu'on m'obéisse sur l'heure, sans commenter mes ordres. {Se radoucissant.) Allons, prenez place ! {Elle lui indique une chaise.)
FRANÇOIS, hésitant eûcoré, à part.
Elle m'a pris à l'essai... c'est une épreuve. {Il s'assied.)
244 A l'essa|.
ROSA CARMEN
Mon idée de déjeuner en tête-à-tête avec vous semble vous surprendre. Elle n*a rien d'extraordinaire. Je vous en ai expliqué le motif tout à l'heure, et puis, je n'aime pas manger seule; certaines gens prétendent que l'appétit vient en mangeant, moi je soutiens qu'il m*arrive en voyant manger les autres. ( A François,) Vous devez jouir d'un excellent appétit?
FRANÇOIS, à part.
L'épreuve commence!... Je mange comme un ogre, mais ne l'efifrayons pas! On m'a déjà renvoyé de plusieurs maisons, parce que j'avais un trop bon coup de fourchette. (Haut à Carmen : ) Madame ne me croira peut-être pas... Je mange à peine...
ROSA CARMEN, à part.
Il mange à peine ! nature délicate. Le grand seigneur se révèle ! (Haut,) Ce n'est pas comme ce drôle de Firmin : il mangeait comme quatre et buvait comme douze.
LOUISETTE
ïl travaillait en conséquence. (Elle sort pour chercher un poulet,)
FRANÇOIS
Moi ! madame, je suis d'une sobriété qui n'a d'égale que celle du chameau ! sauf votre respect ! (Louisette rapporte le poulet et le pose sur la table,)
ROSA CARMEN
Voyons, un peu de cette volaille ! Que préférez-vous, une cuisse ? une aile? un peu de blanc ?...
A l'essai. 245
FRANÇOIS
Puisque madame le permet... le croupion me suffira. (// le coupe et le met sur son assiette.)
LOUISETTE, à part.
On raconterait ce^ choses-là... personne n'y voudrait croire.
ROSA CARMEN, à part.
De mieux en mieux!... (A Louisette.) Il manque un verre... Donne-moi un de ceux qui se trouvent sur la cheminée.
FRANÇOIS se lève, et rapporte le verre en l'essuyant
Voilà, madame 1
ROSA CARMEN, à part.
Il jouera son personnage jusqu'au bout ! {Haut.) C'était à Louisette que je m'étais adressée. Pour la quatrième fois, vous oubliez que vous êtes mon hôte. (Elle lui verse à boire.)
FRANÇOIS, l'arrêtant.
Assez, Madame... assez, je ne bois que de l'eau rougie. (Louisette lui verse de l'eau.) Assez ! assez i assez !
LOUISETTE, bas.
Tartufe ! il n'y a pas de danger qu'on m'offrirait h boire à moi! Aussi, je me passe de la permission. (Elle vide un verre,)
ROSA CARMEN, se levant.
Louisette..; Desservez, puisque monsieur François ne mange ni ne boit.
246» A l'essai.
LOUISETTE, à François.
Enlevez la table, vous... (Elle la lui indique; François prend la table et fait un pas.)
ROSA CARMEN, l'arrêtant du geste.
Encore 1... C'est de la re'bellion 1 {François dépose la table.)
FRANÇOIS, à Louisctte.
Allons, à vous !
LOUISETTE, essayant de prendre la table.
A moi ? elle est trop lourde !
FRANÇOIS
Elle ne peut rien faire, celle-là ! {Il prend la table^ et va la déposer au fond^ à gauche.)
ROSA CARMEN , à François.
Vous avez peut-être Thabitude de fumer, après vos repas?... Ne vous gênez pas!... moi-même je fume la cigarette... Louisette va nous donner ce qu'il faut.
FRANÇOIS
Oh ! Madame... tous mes remerciements! Que mademoiselle ne se dérange pas!... Je suis muni des objets indispensables au fumeur. (// tire de sa poche un porte' cigares aux initiales G, R. et garni de cigares. Louisette lui présente une boîte.)
FRANÇOIS, ayant regardé dans la boîte.
(A Louisette.) Peuh ! des londrès ?... remporte!... Je ne fume que ce genre de cigares. (Il lui désigne les siens.)
A L'EsSai. 247
LOUISETTE
Oui, des soutados. .
FRANÇOIS, avêC emphase.
De purs Havane !
LOUISETTE, à François.
Tiens ! vous avez un porte-cigares à initiales î Q. U, i
ROSA CARMEN
LOUISETTE
Regardez donc, madame !
ROSA CARMEN, à François.
Vous permettez, monsieur François, que je Texamine? FRANÇOIS, allumant un cigare.
Certainement, madame, certainement.
ROSA CARMEN, à part.
G. R...! une couronne! Ah I monsieur le vicomte, voilà un oubli grave et compromettant! (Haut.) Oh! le délicieux porte-cigares! qu'il est joli !
FRANÇOIS, à part»
Un peu qu'il est joli ! Il a coûté deux louis à celui qui Ta acheté. Moi je Tai payé moins cher. (// fait avec la main un geste qui signifie qu'il l'a dérobé,)
LOUISETTE, lui rendant le porte-cigare;^.
(A François:) G. R. ! Dites donc, vous, vous vous appelez François Canivet, et votre porte-cigares est aux ini-
tiales G. R. ! Et les principes des Canivet, qu'en faisonsnous?
FRANÇOIS, à part.
Très intelligente la petite ! on pourra s'entendre ! (Haut^ à Rosa : ) Un cadeau de monsieur Georges de Rieux, un de mes anciens maîtres.
LOUISETTE, riant.
Un cadeau !
FRANÇOIS, fumant avec délices.
Oui, un cadeau. (A part.) Je ne me suis pas trop mal tiré de Tépreuve de la table tout à Theure... Qu'attendelle de moi?
ROSA CARMEN, jouant au piano.
Aimez- VOUS la musique ?
FRANÇOIS, à part.
Ça continue... (Haut.) La musique, madame... Je l'adore. (A part.) Si cette vie pouvait durer, ça mirait assez.
ROSA CARMEN
Je vais vous jouer un morceau de votre choix. Du Mozart, du Beethowen, de TAuber, du Wagner? (Elle joue quelques mesures . )
FRANÇOIS
Wagner? Wagner? J'ai un camarade dé ce nom-là maître d'hôtel dans le faubourg Saint-Germain, très fort sur le cor de chasse... ça doit être lui.
A l'essai. 249
ROSA CARMEN, à part.
Il persiste... je trouverai bien le moyen de le forcer à se de'masquer. {Haut, ironiquement») Votre opinion, monsieur François, sur le talent de votre ami Wagner ? (Elle joue.)
FRANÇOIS, essuyant le piano.
A parler franchemeijt, je le trouve un peu triste, un peu monotone, un peu fadasse... Madame, je vous en prie, soyez donc assez aimable pour me jouer quelque chose de gai, d'entraînant... dans le genre de : ah ! ah 1 ah ! (Rosa Carmen joue le morceau : Tout à la joie.) A la bonne heure ! voilà de la musique ! (Emporté par la musique^ il danse. S'arrêtant,) Ou bien alors, une valse... une bourrée...
ROSA CARMEN, quittant le piano, à part.
De mieux en mieux! [Haut.) Vous valsez?
FRANÇOIS, accent auvergnat.
Chi je valche ? Dan Jaurillac il n'y avait pas un dancheur capable de rrivaliger avecque moi pour la valche et la bourrée, bougrrri ! 1 J'étais la coqueluche de toutes les femmes, de toutes les filles... Oh ! la valche ! (En français.) Je vous demande pardon, madame, si je m'exprime en auvergnat, mais quand il est question de valse, de danse, [accent auvergnat.) cha me rappelle mon pays FOuvergne ! !
ROSA CARMEN
La valse est aussi ce que j'aime. {Elle le regarde,) Valsons !
250 A l'essai.
FRANÇOIS, après un momeiH d'hésitation.
Tant pis! je me laisse enlever. (// ôte son tablier y
ROSA CARMEN, à Louisettc.
Joue-moi ma valse favorite. (Louisette se met a:t piano.)
FRANÇOIS, à part.
Peste ! I ! une femme de chambre qui joue du piano ! {Ils valsent.)
FRANÇOIS
(!•' tour.) Une plume !
ROSA CARMEN
(2« tour.) Un sylphe! {3^ tour.) BraVo, monsieur François I
FRANÇOIS
(^« tour.) C'est réciproque ! (5® tour.) On n'a pas ide'e
de ça à Aurillac.
ROSA CARMEN
Assez, vous êtes infatigable, monsieur Gast... monsieur François, veux-je dire... Vous valsez dans la perfection ! [Elle s'éponge la figure avec son mouchoir.) Vous y avez mis tant de vigueur, que moi, une danseuse de profession, je suis hors d'haleine.
FRANÇOIS
On fait ce qu'on peut !
ROSA CARMEN, soupirant.
Reposons-nous, mon ami, par un peu de lecture Précisément, là, sur ce canapé, sont quelques-uns de
A l'essai. 25 l
mes auteurs, de mes poètes favoris... Soyez assez aimable pour me donner le Musset !
FRANÇOIS, cherchant.
Musset 1 Musset l connais pas... Je connais Paul de Kock... J'ai lu plus de dix fois son...
LOUISETTE
Oh ! madame, votre Musset, je Tai prdté ce matin à la concierge.
ROSA CARMEN
Comment! tu as prêté mon Musset à la concierge ?... Je te reconnais bien là. (A part ^ regardant François.) Quel sang-froid imperturbable !... Me voilà contramte à provoquer ses aveiix...
FRANÇOIS, cherchant toujours.
Musset... Musset... Paul de Kock.
LOUISETTE, à Carmen.
Si VOUS lisiez ces vers, qu'un de vos amis vous a de'diés ? C'est intitulé : Sous un petit toit.
ROSA CARMEN, à Louisette.
Oui, lis-nous ça, Louisette 1 (François s'assied sur le canapé.)
LOUISETTE « Sous un petit toit ».
FRANÇOIS, à part.
Elle va lire des vers! ! ! Décidément, c'est une femme de chambre pour tout faire !
LOUISETTE
Quand je t'ai quitté, petit toit qui fumes
Là-bas, dans les brumes... Sous un édredon de neige enfoui, On était en mai, tout me semblait sombre...
On est en hiver, je te vois dans l'ombre,
Je suis ébloui.
(François bâille.) Sous ce petit toit, accroupi dans Tâtre,
Railleur et folâtre,
J'écoutais l'aïeul dire ses exploits
Que savaient par cœur mon père et ma mère,
Et qu'il m'a contés, sans que j'exagère,
Un millier de fois.
{François s'endort.)
Sous ce petit toit, je devins un homme.
C'est ainsi qu'on nomme L'éternel enfant, quand il a grandi.
Alors, inquiet, pris de folles craintes, J'ai senti des feux, et, sous leurs étreintes.
Mon cœur a bondi !
(François s'est endormi aux deux derniers vers.)
LOUISETTE, bas.
Voyez donc, madame !
ROSA CARMEN
Évanoui!... il est évanoui! L'effort qu'il aura tenté pour soutenir son rôle l'aura brisé... Nature essentiellement poétique!...
LOUISETTE, i part.
Je vais t'en donner de la poésie ! (Elle lui frappe dans la main et sort.)