SCÈNE PREMIÈRE
AGÉNOP..''ful.
(// est paresseusement étendu sur le canapé, vêtu d'une robe de chambre et chaussé de pantoufles. Il fume une cigarette. On entend sonner dix heures dans une pièce voisine.)
ÂGÉNOR, sans se déranger.
Oui, sonne^ ma bonne amie ; va, sonne tant que tu voudras : ça m'est bien égal, aujourd'hui! Dix heures! C'est bien dix heures I Quand je pense qu'hier, hier encore, à pareille heure, je m'écriais, effaré : t Victorine I ma redingote ? Où as-tu mis ma redingote ? Tu verras que je serai encore en retard au bureau et manquerai la feuille de présence ! » (Riant.) Ah ! ah ! La feuille de présence 1 Elle peut m'attendre a présent I Je suis libre.
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libre comme Tair. Et encore!... TairL.. on le comprime. Non, il n'y a pas au monde de comparaison qui puisse exprimer combien je suis libre.
{A ce moment^ il se lève du canapé , et s'avance vers le public) Et tout cela, je le dois à ma tante Anastasie, -excellente parente, dont la perte m'est bien alle'gée pai cette circonstance qu'elle e'tait brouillée avec sa famille et que je ne Tai jamais vue. — Aussi, maintenant que j'ai liquidé ma tante, et que le notaire m'a assuré que J'étais à la tête de huit mille livres de rente, je ne fais ni une ni deux, j'envoie carrément ma démission au ministre des Travaux Forcés... {Se reprenant,) je veux dire : des Travaux Publics, chez qui j'émargeais de modestes appointements de deux mille sept cents francs. {Montrant une lettre placée sur la cheminée.) Voici la lettre que je vais faire porter aujourd'hui même.
Et voilà comment, ce mercredi quinze avril, jour de terme, au lieu de descendre cet escalier quatre à quatre, je flâne à cette fenêtre, (// s'approche de la fenêtre^ drapé dans ma robe de chambre, et les pieds bien à l'aise dans ces moelleuses pantoufles. {Regardant par la fenêtre et avisant quelqu'un qui passe au dehors.) Tiens! c'est Béquillard! Bonjour, BéquiUard ! ça va bien? — Moi aussi, merci!
Ah ! comme il court! C'est pour signer la feuille. Oh! cette feuille ! C'est humiliant, et rien qu'à cause d'elle, si j'avais un fils, je le détournerais bien de se faire employé* {Regardant toujours par la fenêtre,) Il est déjà loin. - Ce pauvre Béquillard I Que va-t-il devenir aujourd'hui, et qui lui fera son piquet ? Car^ enfin, c'était réglé comme du papier de musique; et, il faut bien le dire, cette régularité de la vie administrative a du bon. De 4ix heures à
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midi, lecture des journaux et discussions politiques; nous en avions beaucoup des journaux : Be'quillard avait le sien; Tournesol, de Rigneville, Fromageot, Laforêt, aussi; j'apportais le mien de mon côte'. Toutes les opinions étaient repre'sente'es, du blanc le plus pur au rouge vif. Enfin, de midi à deux heures, quelques cents de piquet avec Béquillard. A partir de deux heures, par exemple, le travail, le travail d'arrache-pied, entremêlé de quelques visites dans les bureaux voisins. A trois heures et demie, on serrait les plumes; on s'en allait à quarte. Mon Dieu, en somme, cette vie n'a rien de bien pénible ; seulement, on n'est pas libre, — voilà le mal : on n'est pas libre. — Mais, Victorine tarde bien 1 Ce pâté, qu'elle est allée chercher, on le lui confectionne donc sur place ? Ah 1 la voici, enfin 1