SCÈNE QUATRIÈME
VICTORINE, seule.
Elle est étonnante, cette fille, avec ses grands airs!... Vit-on jamais.»*... Et quand on pense que je ne trouverai peut-être pas mieux! (Imitant la bonne.) c Je ne sais si je dois entrer dans une maison dont le maître est inoccupé : c'est trop dangereux. » — La sotte !... Sotte? Non, ce n'est pas le mot. Il y a bien du vrai dans ce qu'elle a dit là. Mais a-t-on idée?... Venir me dire ces choses-là en face, à moi!... (Baissant la voix.) Quand déjà, surtout, je me les étais dites moi-même. Je ne sais rien d'agaçant comme ces importuns dont les paroles viennent faire chorus avec une pensée irritante qui vous poursuit déjà. — Voyons! voyons! est-ce que j'en serais vraiment à regretter la liberté de mon pauvre Agénor ? Mon miri est la bonté même, et, comme dit cette fille, o il se détournerait de son chemin pour ne pas écraser une mouche ». Mais il est faible ; le désœuvrement et IV ju-âi
sont de mauvais conseillers. II va s'ennuyer, pour sûr ; car je le connais : il n'est pas homme à savoir se créer des occupations en dehors de celles qui lui sont toutes trace'es ; et voilà pourquoi ce bureau, dont ils disent tant de mal, leur est si utile à tous, si ne'cessaire même. Gomment lui faire comprendre?... Agénor est bon; mais il a ces faiblesses d'amour-propre qu'ont tous les hommes. Céder à l'avis de sa femme lui paraît... Comment dirai-je? une honte? Non, c'est trop : un amoindrissement. Si je pouvais, sans qu'il y parût... Eh! mon Dieu ! messieurs, vous nous accusez d'aimer les chemins tortueux. A qui la faute? Puisque vous ne nous permettez pas de vous donner de bons conseils, il faut bien que .nous nous arrangions pour vous les faire prendre.