‹ Théâtre de campagneChapitre 90 sur 97 · MADAME MMM^AY · texte numérisé non relu

MADAME MMM^AY

repentir. . . Ça lui fournira Toccasion de me faire de la morale

STÉPHANIE, à part.

Serait-il dur d'une oreille ?

LUCIEN, à part.

Et les femmes aiment assez faire de la morale aux hommes pour que les hommes n'en tiennent pas compte.

STÉPHANIE, récapitulant ce qu'elle vient d'écrire.

Hypocrite, menteur, égoïste, il jure, et il est sourd.

LUCIEN, à part.

Parfaitement. {Stéphanie lui frappe sur le bras. Haut,) Vous me faites Thonneur de me parler, madame ?

STEPHANIE, parlant très haut.

Depuis cinq minutes environ

LUCIEN, riant.

Oh ! c'est étrange, tout à fait étrange I... (A part,) Pourquoi crie-t-elle comme ça?

STÉPHANIE, à part.

Et imbécile !... Cest le bouquet. (Toujours très haut.) Veuillez m'écouter.

LUCIEN, à part.

Pourquoi donc crie-t-elle comme ça ?

STÉPHANIE, à part.

Veuillez...

3aO MADAME LIMARAT?

LUCIEN

J'ai entendu. . • Je ne suis pas sourd. {Un temps.) Ahl madame, vous vous êtes montrée pour moi d'une se'vérité excessive, ( Vivement,) que vous regretterez^ lorsque vous m'aurez entendu, je n'en doute pas.

STÉPHANIE, à pari

Il veut m'influencer, mais. . .

LUCIEN

Vous arrivez ici pour voir une amie malheureuse et vous trouvez un mari... coupable, moins cependant que vous ne le pensez, car si j'ai eu des torts envers Mathilde. .

STÉPHANIE

Mathilde?

LUCIEN, se méprenant sur l'interruption.

Elle me permet encore de l'appeler de ce nom que j'aime tant.

STÉPHANIE

Elle est si bonne Clotilde ! {Elle appuie sur le nom.)

LUCIEN, s'apercevant de sa méprise

{A part,)C\o},.. (Haut.) En effet... je... elle.,. {A part.) Je n'ai qu'un moyen de m'en tirer, plaidons! {Haut.) Je n'entends point m'absoudre; ce n'est pas un acquittement que je réclame, messieurs... {Se reprenant.) madame; non, ce n'est pas un acquittement; je ne demande que des circonstances atténuantes... très atténuantes. Je sais que, trop souvent, j'ai pu manquer à ces devoirs

MADAME LIMARAY? 321

sacrés qui font de Thomme Tètre aimé, vénéré, sur qui s*appuie la faiblesse de la femme ! Je sais que je n'ai pas toujours été le pilier d'airain sur lequel repose le fronton du grand temple de Tamour ! Mais mess... madame, je... (A part.) Je m'embrouille... Mettons des larmes dans ma voix 1 {Haut, avec une émotion feinte.) Ah 1 madame, plus un cœur est coupable, plus il est aimant. Que fautil pour le ramener? Une parole amie, un sourire, un regard même de côté, comme cela... C'en est fissez : on revient, on se repent, et comme le repentir conduit à... (.4 part.) A quoi?... (Haut.) à... à la conversion et la conversion... au repentir... alors... vous comprenez... et vous pardonnez. [A part.) Oufl

STÉPHANIE, à part

Penserait-il vraiment ce qu'il dit?

LUCIEN, à i5art.

Je crois que j'ai produit quelque effet

STÉPHANIE

Mais, monsieur?...

LUCIEN

Madame ?

STÉPHANIE, à part.

Il parle fort bien.

LUCIEN

{A part,) Respeechpnsl (Haut,) Hélas! marie, jeune «ncore...

322 MADAME LIMARAY?

STÉPHANIE

Comment ? Vous aviez trente-huit ans quand vous avez épousé Clotilde.

LUCIEN

[A part.) Diable ?. . . {Haut,) Je voulais dire. . . jeune de caractère. D'ailleurs je ne crois pas paraître mon âge.

STÉPHANIE

C'est vrai. (A part,) Sa figure est moins mauvaise qu'il ne m'avait semblé d'abord.

LUCIEN

Ainsi, madame, marié à une femme charmante dont la délicatesse...

STÉPHANIE A été bien méconnue par vous.

LUCIEN, à part.

Des larmes! Des larmes! (Haut.) Pouvait-il en être

nutrement?

STÉPHANIE

Certainement, monsieur.

LUCIE

Non, madame ; les femmes nous seront toujours supérieures par le cœur, par le dévouement, l'abnégation de leur amour. Que de fois j'ai dû froisser cette âme de sensitive qui ne demandait qu'à s'ouvrir au bonheur comme la fleur aux premiers feux du jour!... (A part,) Est-ce assez Lamartine ce que je dis là ! {Haut,) £t la

^ MADAME LIMARAY? 323

blessure une fois faite, (// tire son mouchoir et s'essuie les yeux,) je n'ai pas su la guérir; au contraire, y portant une main maladroite, je Tai ravive'e... agrandie.., (// s'arrête comme suffoqué de douleur. Profondément,) Vous n'avez jamais été garçon, madame?...

STÉPHANIE

Comment, monsieur?

LUCIEN

Ce n'est pas une interrogation ; c'est une affirmation. Je dis : Vous n'avez jamais été garçon. Alors vous ne pouvez pas savoir. . . non, vous ne le pouvez pas !

STÉPHANIE

On devrait faire ces belles réflexions avant de demander à une femme de vous consacrer sa vie entière.

LUCIEN

Eh 1 sans doute, madame, mais on est entraîné, on ne réfléchit pas...

STÉPHANIE C'est aimable pour nous.

LUCIEN On ne réfléchit pas à la vertu qu'il faut déployer en ménage... non !... {Apart.) Je n'en sortirai pas. {Haut,) Puis il y a les mauvais conseils, les plaisanteries de jeunesse qui vous reviennent à l'esprit. On se rappelle cette définition : épouse — le revers de la femme.

Pardon... Le revers de la femme, c'est le mari*

324 MADAME LIMARAY ?

LUCIEN

Cest un autre point de vue.

STÉPHANIE

Et pourtant, quand on s'aime. . .

LUCIEN, appuyant.

Quand on s'aime.

STÉPHANIE

Eh bien 1 N'était-ce pas un mariage d'amour que vous aviez fait ?

LUCIEN, après un moment de surprise*

Je crois bien !

STÉPHANIE

Vous n'avez donc pas d'excuse. Il faut si peu de chose pour être heureux en ménage î En de'finitive, le mariage n'est qu'une concession...

LUCIEN, à paru

A perpétuité.

STÉPHANIE

Que les deux époux doivent se faire à tout moment. C'est au mari à prévenir les désirs de sa femme, comme à celle-ci à deviner les volontés de son mari. Quoi de plus simple? Monsieur veut sortir, madame veut rester; chacun cède : monsieur reste et madame sort...

LUCIEN

Ah! ah 1... Et le lendemain?

MADAME LIMARAY? 325

STEPHANIE

Madame reste, monsieur sort.

LUCIEN Et ne rentre pas?

STÉPHANIE

Plaît-il?

LUCIEN

Rien. {A part.) Elle est adorable. (Haut.) Vous venez de faire de moi un autre homme, madame ; je vois quel temps prc'cicux j'ai perdu pour le bonheur; il me tarde de le réparer. Que dois-je faire pour vous prouver ma reconnaissance?

STÉPHANIE

Aimer votre femme. Est-ce trop?

LUCIEN

Ce n'est pas assez. C'est vous personnellement que je tiens à remercier. Ne puis-je rien pour vous?

STÉPHANIE, souriant.

Si, monsieur ; vous pouvez... me faire donner un verre d'eau.

Un verre d'eau.? Jamais, madaiDc. '..ini lis! J'ai là tout un assortiment de sirops. . . cerise, orgeat, citron, frambroise... mieux que cela même, du café glacé... Oh! ne refusez pas, madame!... je suis si heureux!..» Je reviens à l'instant... à l'instant. (// son.)

326 MADAME LIMARAY?

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