ACTE V, SCENE V. ii
Que l'hymen, sll se peut, redouble votre flamme...
( à Celle. ) Je fais des vœux au ciel pour cela... Vous, madame , Vous ne me direz plus que tous ces jeunes gens. Ces messieurs du bel air que je voyais cëans, Y viennent pour ma sœur , et non pour votre compte. J'en ai beaucoup souffert, je Ta voue à ma honte j J'ai balance' long-temps sans me de'terminer : Je craignais les brocards qu'on pourrait me donner ^ Mais je me rends enfin ^ et, quoi qu'on puisse dire,
{i'oyant rire Célie. ) Je de'fends de'sormais... Qu'avez-vous donc à rire ? En ve'rité , ce ris est rare et singulier ! . .. Cependant nous vivrons d'un air plus re'gulier. Je renonce à Paris et vais à la campagne. Choisissez seulement la Brie , ou la Champagne. J'ai là deux bons châteaux ; c'est à vous de choisir: Vous y vi\Tez tranquille, et pourrez à loisir Perdre le -train maudit d'une façon de vivre . Qu'à des gens vertueux l'on n'a jamais vu suivre. Mais quoi ! je vous vois rire encoie ?
CÉLIE
Oui , oui , monsieur j Et même j'avoûrai que je ris de bon cœur.
DORANTE
Mais tout le monde rit î Suis- je si ridicule?
On se moque de moi sans crainte et sans scrupule:
IVous verrons à la fin si l'on aura raison.
CÉLIE
]Vous VOUS avons , monsieur , fait une trahison j Contre vous tout le monde e'tait d'intelligence. Daignez me pardonner cette légère offense. Ma mère est du projet ; votre oncle contre vous M'a seul de'terminée , et s'est joint avec nous. 3Xous voulions vous re'soudre à marier Julie : Aujourd'hiii votre choix à Clitandre la lie j C'e'tait notre dessein 5 nos soins ont re'ussi: Calmez donc votre espi*it • vous êtes e'clairci. J'approuve le parti que vous me faites prendre. Canipistron. 10
Il 4 LE JALOUX DESABLSL.
Eraste va venir ^ et vous allez entendre ^
Quels sont mes sentimens. *
DORAXTE. '
Je ne sais où j'en suis.
JUSTICE , a Clitanclie.
Eh bien ! de mes conseils reconnaissez les fruits.
CLITAXDRE.
Nous te devons beaucoup.
BABET , a Julie.
Pour mon apprentissage Je n'ai pas mal tantôt joué mon personnage ? '
JULIE
Assurément.
DORAJfTE , h Dubois.
Dubois, que dire à tout ceci?
DUBOIS
Pardonnez-moi , monsieur , car j'en étais aussi.
DORAME.
Quoi ! toi-même es entré dans un tel artifice !
DtJBOlS.
Oui , sans doute ; et j'ai cru vous rendre un grand
service.
Dans la réflexion vous-même en conviendrez ; Et j'espère qu'un jour vous m'en remercierez.
cÉLiE , h Dorante.
Helas î si vous saviez , pour soutenir ma feinte , Ce qu'il m'en a coûté de peine et de contrainte ! Ah ! dans le moment même où vous venez d'entrer, Je courais vous chercher pour vous tout déclarer. IV on , je n'écoutais plus votre sœur , ni Clitandre ^ Mon cœur trop inquiet ne pouvait plus attendre : Je sacrifiais tout à votre seul repos... Mais Eraste paraît... 11 vient fort à propos.