‹ Théâtre de CampistronChapitre 107 sur 302 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Cécile avait sa vue en te jetant cela 5 Avec autant d'esprit que j^en trouve à Ce'cile , Un objet si charmant ne tait rien d'inutile ; tt puisque son désir est de me rendre heureux.... Ah, Merlin.' je me trompe, ou ce quadruple est

creux.

Je ne me trompe point , il est creux • oui , sans doute, Et je crois qu'il renferme un billet... Tiens, écoute.

MERLIN

Oui, j'entends remuer quelque chose.

OROME. ,

Ah ! 3Ierîin , Qu'elle a d'esprit î

MERLIX.

D'accord ^ mais il est bien malin.

C'est «n savoir beaucoup à son âge.

OROIVTE.

Elle charme.

Son esprit me ravit, sa beauté' me de'sarme 5 Le ciel en la formant épuisa ses tre'sors • Elle a Tame , Merlin , belle comme le corps : Plus on la considère , et plus on y découvre...

MEKLI?|-.

Voyez, sans perdre temps, comment sa pièce s'ouvre ; La chose est curieuse à savoir,

ORO:,-TE

C'est par là.

Justement , j'aperçois son billet j le A^oilà. {Il lit.) a J'arrivai hier au soir à Paris avec mon père , qui j> est plus entêté que jamais de l'auteur du Mercure » Galant. 11 ne trouve point de mérite e'gal au sien. Si » vous avez fait ce que je vous ai mandé par ma der- « nière lettre , nos afi'aires sont dans le meilleur état ^> du monde. »

Jusqu'ici pour mes feux tout est de bon augure. Je suis cousin germain de l'auteur du 3Iercure : Et pour contribuer au succès de mes vœux , ïl en use sans doute en parent généreux.

Quel zèle plus ardent peut-on faire paraître ? De son logis entier il me laisse le maître. Déjà depuis trois jours , sans avoir son talent, Je passe pour l'auteur du 3Iercure Galant : Et selon Tapparence il me sera facile De plaire sous ce nom au père de Cécile. Jamais rien , à mon sens , ne fut mieux invente.

MERLl>-.

Oui , pour vous; mais pour moi, j'en suis fort dégoûté.

OROXTE.

La raison ?

MERLIN"

Croyez-vous ma cervelle assez bonne Pour résister long-temps à Temploi qu'on me donne ? Tant que dure le jour j'ai la plume à la main ; Je sers de secrétaire à tout le genre humain. Fable , histoire , aventure, énigme, idylle, églogue , Epigramme , sonnet , madrigal , dialogue , Noces, concerts, cadeaux, fêtes, bals, enjouemens , Soupirs, larmes, clameurs, trépas, enterremens ; Enfin , quoi que ce soit que Pon nomme nouvelle. Vous m'en faites garder un registre fidèle. Je me tue, en un mot, puisque vous le voulez.

ORO>TE

Crois-moi, cinq ou six jours sont bientôt écoulés

Tu sais que Licidas , pour me rendre service ,

Me fait de sa fortune un entier sacrifice :

A son propre intérêt il préfère le mien :

Et je serais ingrat de négliger le sien.

Je te l'ai déjà dit, une de mes surprises ,

C'est de voir tant de gens dire tant de sottises.

Licidas est le seul , délicat comme il est ,

Qui puisse avec tant d'art démêler ce qui plaît.

Depuis deux ou trois jours que je le représente,

Je ne vois que des fous d'espèce dififérente :

L'un , qui veut qu'on l'imprime, et n'a point d'autre

but, Croit que hors du Mercure il n'est point de salut j

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