LONGUEMAIN
Quel grand mal ai-je fait pour faire tant de bruit ?
ORO>TE
Qael grand mal ! trouvez-vous qu'il soit petit ?
LOXGCEMAIN.
Sans doute.
Ce n'est , au pis aller , que faire banqueroute. Combien d'autres l'ont fait , et qui n'ont pas péri !
ORO?iTE.
Et comptez-vous pour rien l'affront du pilori ?
• I.O^GCEMAIN.
L'affront du pilori me paraît quelque chose :
Je plains ceux qu'en spectacle en ce lieu l'on expose;
Mais combien en voit -on , banqueroutiers parfaits,
Vivre du revenu des crimes qu'ils ont faits !
Pour un à qui Ton fait ces injures atroces,
Plus de dix à Paris ont dciix ou trois carrosses.
Qu'un homme ait de bien clair jusqu'à cent mille écus,
Ou lui prête sans peine un million et plus.
Chacun , ouvrant sa bourse à sa moindre requête.
Lui jette avec plaisir son argent à la tête ;
Et quand ses créanciers redemandent leur bien,
L'emprunteur infidèle abandonnant le sien ,
A la face des lois fait un vol manifeste ,
Et pour cent mille écus un million lui reste
a4 LE MEKCLiRE GALAjNI.
ORO^TE
Les gens que vous citez, dont vous suivez le train ,
Sont Texecration de tout le genre humain.
Les afFronts qu''on leur fait ont de si justes causes...
LO>'GCEMAIN.
Trois carrosses roulans rajustent bien des choses^ Et sept cent mille francs pour trahir son devoir, C'est vendre son honneur tout ce qu'il peut valoir. Avec ce que j'ai pris comparez cette somme : Vous verrez que j'en use en bien plus galant hommr. Pour messieurs les fermiers qui font des gains si grands, Qu'est-ce , de bonne foi , que deux cent mille francs? Grosseigneurscommeilssont,ont-ilslieude se plaindre? A rien de plus modique ai-je pu me restjeiudre ? Et de vider ma caisse ayant fait un serment , Pouvais je en conscience en user autrement? Mettez-vous en ma place , et pesez bien...
OROXTE.
De grâce -, iy e me proposez point cette odieuse place. Quels secours de ce crime osez-vous espérer? Vous vous êtes fait riche, et n'osez vous montrer j De vos meilleurs amis vous craignez la présence. Vous étiez plus heureux avec plus d'indigence; Vous marchiez librement sans peur d'èt»ç arrêté , Et vous avez perdu jusqu'à la liberté.
LO>GCEMAI>'.
Je sais un sûr moyen de me la faire rendre.
OROîiïE.
Quel moyen ?
LO^GCEMAITr.
Ecoutez, et NOUS Tallcz apprendre ; C'est Tunique sujet qui m''amènc eu ce lieu. De deux extrémités j'ai choisi le milieu : De l'argent qu'on a pris fait de la peine à rendre. Mais on soutYre encor plus quand on se laisse ])eadre. Ainsi , soit par faiblesse ou par bonne amitié , Des deux cent mille fxancs je rendrai la moitié. Ce sont cent mille francs que je perds; mais ({uV faire '