ACTE II, SCÈNE VII
Du matin jusqu'au soir il ne voit qu'acheteurs. Vous n'êtes point mautUt, comme certains auteurs Qui feraient beaucoup mieux de ne jamais rien faire > Que de mettre à l'aumône un malheureux libraire. Un livre in-folio m'a mis à riiùpital.
OPONTE.
Pour vous dédommager d'un livre qui va mal , Que puis-je ?
BOMFACE,
Vous savez qu'il faut que chacun meure ; On le voit tous les jours , ou Téprouve à toute heui'e j Et jusques à ce jour on n'a pu découvrir D'infaillible moyen pour ne jamais mourir.
OROATE.
Et ce qu'on n'a point fait prétendez-vous le faire ?
M, DE BÔISLCISA>'T.
Le secret serait beau I
BONIFACE
IX on , monsieur ; au contraire , Je serais bien fâché que Ton ne mourût pas : Je ne puis être heureux qu'à force de tréjlas. Mais, monsieur , jusqu'ici les billets nécessaires, Pour inviter le mondo aux convois mortuaires. Ont été si mal faits qu'on souflrait à les voir; Et, pour le bien public, j'ai t^ché d'y pourvoir. J'ai fait graver exprès , avec des soins extrêmes. De petits orneraens de devises , d'emblèmes , Pour égayer la vue et servir d'agrémens Aux billets destinés pour les enterremens. Vous jugez bien , monsieur, qu'embellis delà sorte, Ils feront plus d'honneur à la personne morte, Et que les curieux , amateurs des beaux arts , Au convoi de son corps viendront de toutes parts. A l'égard des vivans , dont l'orgueil est si vaste Qu'en escortant le mort ils demandent du faste, Tout le long d'une rue ils seront trop heureux De traîner à leur suite un cortège nombreux;
CÉCILE
Ces avis est fort beau I
Boursault. 4
3o LE MERCURE GALAiNT.
OROrVTE,
Maissurto'it fox't utile.
BOXIFACE.
Je vendrai ces billets trois louis d'or le mille;
Et si Tannée est bonne et fertile en tre'pas,
Je crois gagner assez pour ne me plaindre pas.
La grâce que j'espère , et qui m'est importante ,
C'est un peu de secours d'une plume savante;
Et la votre aujourd'hui , par son invention ,
Met ce que bon lui semble en réputation.
Pour être dans le monde illustre à juste titre ,
Il faut daus le Mercure occii])er un chapitre :
Vous dispensez la gloire ; et si votre bonté
Voulait de mes billets montrer l'utilité ,
Il vaudrait mieux, monsieur , dan3lepremi*;r INTercure
Retrancher quelque fable , ou bien quelque aventure,
Et , dans un long article , avertir les défunts
De ne plus se servir de billets si communs ;
Leur bien représenter qu'il y va de leur gloiie ,
Qu'on revit dans les miens mieux que dans uue histoire;
Le prouver par raison , et leur faire espérer
Qu'ils auront du plaisir à se faire enterrer.
Vous voyez bien , monsieur, que rien n'est plus facile.