ACTE III, SCÈNE 1\. 4t
Qui semble m'annoncer que c^ëtait pour ma tête : <c Vous en aurez menti, malheureux animaux! » Je rendrai maigre vous tous vos présages faux, -" M'ëcriai-je^ et soudain je gagnai ma chaumière , Sans vouloir regarder ni devant ni derrière. Ainsi, vous avez beau menacer ou prier. Qui diable après cela voudrait se marier?
ORONTE
Eh monsieur ! donnez-nous des raisons plus honnêtes :
Ma cousine est croyable un peu plus que vos bétes ;
Et c'est de sa vertu faire trop peu de cas
Que de les vouloir croire , et ne la croire pas.
Je suis las de soufirir un si eruel outrage.
M. DE LAMOTTE
Je vous ai déjà dit que je la crois fort sage 5 Mais si Tastre s"'en mêle et veut me voir cocu , Pensez-vous que par elle il puisse être vaincu? Ce qu'avec un autre homme elle aurait d'innocence Deviendra contre moi fidèle à Tinfluence ; Et,moins par mon penchant que pour remplir mon sort, Je me verrai cocu sans qu'elle ait aucun tort. Je veux de ce malheur sauver mademoiselle ^ Elle me touche assez pour ne vouloir point d'elle : S'il faut être cocu , c'est par un autre choix Que je veux ressembler à tous ceux que je vois. Pour l'honneur de mon front et de votre mérite, Rendez-moi mon argent, et sortons quitte à quitte,
ORONTE
Puisque par ces raisons monsieur est convaincu Qu'on lui rendra justice en le faisant cocu , La rupture qu'il cherche est une preuve insigne Que de remplir son sort il ne vous croit pas digne. Vous n'auriez pas l'esprit de lui manquer de foi. Einissez. Quel argent lui devez-vous ?
CLAIRE
Qui, moi?
Kien du tout.
^\. nE lamotte.
En trois mots , c'est me payer ma somme.
4a LE MERCURE GALANT.
Cr.AIRE.
Que me demandez-vous? Parlez en honnête hemme : Que vous dois-je?
M. DE LAMOTTE
L'argent que vous me retenez , Les deux mille louis que je vous ai donne's.
CLAIRE
A moi , monsieur ?
M. DE LAMOTTE
A vous. Pourquoi tant de grimaces ?
CLAIRE
Lorsque je les reçus je vous en rendis grâces ; Me les ayant donnes , ils ne sont plus à vous.
M. DE LAMOTTE
Je me flattais alors de me voir votre e'poux ; Jamais félicité ne me parut plus haute.
CLAIRE
Si vous ne Têtes pas , monsieur , est-ce ma faute ? Tousles dons qu'en m'aimant vous pouvez m'avoir faiti Me sont trop précieux pour les rendre jamais.
CÉCILE
Ce refus obligeant que fait mademoiselle Marque pour un volage une bonté nouvelle : Retenir vos prédens, c'est vous aimer encor.
M. DE LAMOTTE
Je renonce à Tamour qu'on vend au poids de l'or. Quand je fis ce présent elle m'était acquise j Je n'ai fait avec elle aucune autre sottise. Demandez-lui plutôt si jamais...
OROÎfTE.
Ecoutez 5 (Aussi-bien suis-je sûr que vous vous en doutez) C'est par mon ordre exprès qu'on n'a rien à vous rendre^; Et si vous l'ignorez je veux bien vous l'apprendre : Epousez ma cousine , ou ne prétendez pas....
M. DE LAMOTTE
Quand je serai cocu qu'il sera bien plus gras ! Sachez, petit cousin, qui, par votre menace. Prétendez m'ajouter aux cocus de ma race ,