ACTE IV, SCENE IL
.T offre cette matière à votre heureux talent , Pour en faire un article au Mercure Galant. Je lui dois de mes feux cette marque fidèle.
OROÎfTE.
Pour un mari défunt c'est montrer bien du zèle.' Je ne m'ëtonne pas, après cette action , Qu'on brigue avec chaleur votre possession. A votre âge , madame , être quatre fois veuve,- C'est de votre mérite une assez grande preuve. Sur un si bel exemple on se doit e'crier.
MADAME DE CALVILLE
On me parle déjà de me remarier; IMais je tiens au défunt par de si fortes chaînes , Que je n'y veux penser déplus de trois semaines, 11 verra si pour lui mes feux étaient constaus !
OROJîXE.
Quoi! vous vous re'soudrez ? pâtir si long-temps, Madame ? Je vous plains : cet effort est pénible l
MADAME DE CALVIIXE.
J'aimais feu mon mari : l'amour rend tout possible.
OROîfTE.
Qui croirait qu'une dame, aussi jeune que vous. Eût eu le déplaisir deperdi'e quatre époux? Comment ont fait vos yeux pour conserver leurs
charmes, Après s'être occupes à verser tant de larmes ? Voir mourir ce qu'on aime est un sort si fatal !
MADAME DE CALVILLE
De tous'les maux du monde il n'en est point d'égal. Il faut, pour en parler . en avoir fait l'épreuve. J'avouerai cependant, moi qui suis souvent veuve , Qu'au lieu de quatre fois j'aime mieux l'être neuf, (^ue d'avoir le chagrin défaire un mari veuf. Je sais bien au surplus ce qu'il faut que je fasse. J'ai pleuré le défunt avec assez de grâce. Pendant qu'il se mourait , fidèle à mon devoir. J'apprenais à pleurer devant un grand miroir. Pour pleurer un mari d'une manière honnête. Il faut négligemment savoir pencher la tête,.
ôo LE MERCURE GALANT.
Avoir la gorge nue, et laisser à dessein Couler par-ci , par-là , des larmes sur son sein , Eviter les hauts cris que la canaille jette, Avoir un air stupide, une douleur muette , Regarder son malheur avec tranquillité : Voilà comme Ton pleure en gens de qualité ; Mais si quelque hourgeoise, ou simple demoiselle, Osait pleurer de même, on se moquerait d'elle-
OBONTE.
Pour avoir le plaisir d'être pleuré de von? ,
On va hriguer l'honneur de mourir votre époux.
Comment le nommait-on ?
MADAME DE CALVILLE
Le comte de Calville.
ORONTE
Je vais marquer sa mort du plus suhlirae style 5 Vous serez au Mercure avec distinction.
MADAME DE CALVILLE
Mai'quez-y bien l'excès de mon affliction. <]omme une tourterelle à tout moment je pleure. Si je me remarie , et que mon mari meure , Je viendrai vons l'aiîprendre et n'y manquerai pas.
ORONTE , seul.
Que l'auteur du Mercure a de fous sur les bras !... Mais pendant qu'en ce lieu je nietrouve tranquille, Mon cœur impatient de rejoindre Cécile... Ciel! on vient mettre obstacle à mon empressement.